Guerlain, Pierre-François

Parfumeur, fondateur de la maison Guerlain en 1828 (1798-1864)

Fondateur d’une dynastie de parfumeurs et d’une société de cosmétiques prestigieuse, Pierre-François Guerlain marie le savoir séculaire des herboristes avec la chimie fine et lance l’ère industrielle des flacons de luxe qui rayonne en Picardie. Il peut être considéré comme le précurseur de l’utilisation industrielle des agro-ressources !Sa devise était « La gloire est éphémère, seule la renommée dure ».


Pierre-François Guerlain Crédits : Guerlain

Jeunesse

Gamin à Abbeville où son père est marchand d’épices et potier d’étain, Pierre-François Guerlain apprend le respect de la nature et des produits simples. Il court la campagne chez sa grand-mère et apprend en prime l’exigence et la rigueur. « Ne rien céder sur la qualité », répète-t-il à ses employés. C’est une des clefs du succès durable de son entreprise.

C’est à Londres, chez le grand parfumeur Floris, que Guerlain se familiarise avec la chimie. Puis dans l’esprit des compagnons du Devoir, le jeune apothicaire circule en Europe pour vendre ses spécialités et poursuivre son apprentissage. Alors, suivant une méthode picarde bien connue, « faire en allant » et « tout est bon à prendre, tout fait panche », il associe dans ses formulations de produits les techniques nouvelles et les pratiques anciennes. Il retient toutes les idées de formules de soins efficaces, qu’il les ait découvertes chez une paysanne, un herboriste, un savant ou un mondain …
La « guerlinade » signifie ainsi créer à base de matières premières naturelles et oser des accords inédits.

L’esprit de nature

Pierre-François Guerlain révolutionne les habitudes de ces dames en inventant la première lotion pour blanchir la peau, une poudre à base de perles, une crème de rose qui garde un teint de lys, un fard à lèvres à base de tanin de vin de Bordeaux, une crème purifiante au concombre… D’autres utilisent l’escargot, la graisse d’oie ou même la graisse d’ours. Bizarre ? Pas du tout. Il a glané ces recettes dans les fermes, ici et là … jusqu’en Russie.

En 1828, il s’installe à Paris rue de Rivoli puis passe rue de la Paix, au début du Second Empire. C’est l’époque des parfums composés pour un soir, pour chaque cliente. Pierre-François Guerlain change les pratiques, personnalise les senteurs pour identifier une personnalité, une ambiance. Son succès est immédiat. Guerlain fait et défait les modes. Il crée pour l’impératrice Eugénie l’eau de Cologne impériale, en 1853. « Simple avec ses notes hespéridées qui flirtent avec le romarin, puis la magie du néroli vient adoucir ce bouquet d’agrumes. »
Guerlain reçoit alors le titre rare de « parfumeur breveté de sa majesté » et devient donc fournisseur officiel de la cour impériale. Il fournit bientôt toutes les cours européennes. Puis, en 1867, il invente le 1er bâton de rouge à lèvres avec étui poussette rechargeable. Encore un produit qui dure.

Ses descendants prennent la suite à la direction de l’entreprise, en restant fidèles à ses matières fétiches : bergamote, rose, jasmin, iris, ylang-ylang et vétiver. Ils créent des parfums légendaires dont le succès ne se dément pas : Jicky date de 1889, Shalimar de 1925, Habit rouge de 1965…

Développer la filière industrielle de la Bresle

Si la maison Guerlain n’a pas d’usine en Picardie, sa réputation est liée aux performances verrières de la vallée de la Bresle que Pierre-François Guerlain a contribué à lancer en imposant une innovation majeure dans la forme et le raffinement de la présentation des flacons. Au début du XIXe siècle, l’apothicaire servait les crèmes dans un pot de porcelaine et le parfum dans un flacon de cristal – un peu comme un bijou dans son écrin… Guerlain et le faïencier-verrier Pochet changent alors la donne.

Magasin de la rue de Rivoli Crédits : Service presse Guerlain

Magasin de la rue de Rivoli (Service Presse Guerlain)

Pochet possède une des 37 verreries qui jalonnent la Bresle, au Courval. En commandant une œuvre exceptionnelle pour l’eau impériale, Guerlain magnifie l’artisanat local. « En forme de ruche, rehaussé d’or, le flacon est constellé de 69 abeilles, peintes à la main. Il permettait de […] donner à ce produit un caractère rare, précieux et authentique. Réalisé à partir d’un moule en trois parties, ce qui constituait alors une véritable prouesse technique, le flacon est parachevé à la main par la peinture à l’or des abeilles et des reliefs de l’épaulement et du bouchon figurant les tuiles imbriquées de la ruche. Dans le contexte de l’époque, ce flacon est déjà un produit industriel. »** Le Courval continue à le fabriquer.

Depuis, la vallée industrielle de la Bresle s’est constituée autour des grandes griffes de parfum, avec la verrerie, les ateliers de moulage, le traitement de surface, le bouchonnage, le tri et le parachèvement, l’emballage… Pochet et du Courval est classée « entreprise du patrimoine vivant ». Avec Saint Gobain, Saverglass, Brosse et leurs fournisseurs, la filière emploie plus de 6 000 personnes dans la « Glass valley ». Dans le sillage de l’esprit de nature lancée par Guerlain, elle s’est engagée dans une démarche éco-responsable.

Désormais, chaque griffe veut son flacon original, qui tend vers une sculpture créée par un designer de renom, fermée d’un bouchon doré, plastifié. Le verre se colore et se joue des contrastes, brillant, mat et sablé, l’emballage devient décor et la sortie d’un parfum nécessite des mois de recherche. La collerette de baudruche tournée à la main autour du bouchon est une signature raffinée pour Shalimar.

Inventer la thalasso au Crotoy

Toujours à la pointe, Pierre-François Guerlain a tenté de mettre le Crotoy à la mode, en pariant sur l’amitié que lui porte l’impératrice. A côté de sa villa près des remparts, il fait construire en 1860 le premier hôtel doté d’une thalasso à base d’eau de mer chauffée. Hélas, Eugénie donne sa préférence à Biarritz, plus proche de son Espagne natale.

S’associer aux artistes

La dynastie Guerlain se distingue dans l’industrie du luxe, mais également dans les arts et l’élevage de chevaux. Le fils de Pierre-François Guerlain, Aimé, puis Jacques, puis Jean-Paul sont des nez exceptionnels, de véritables artistes, chefs d’orchestre des senteurs, qui ont assuré le prestige de la société.

Le goût des collections d’art se transmet aussi d’une génération à l’autre. Aujourd’hui Sylvie Guerlain envisage d’offrir ses pièces uniques au musée des traditions verrières de la ville d’Eu pour créer un musée au château … « Guerlain est devenu synonyme de parfum. Comme chez Hermès et Chanel. Dans la conception on est proche ; notre réputation s’est créée, petit à petit avec toujours cette rigueur dans la conception des produits ; ce sont des sociétés qui passent à travers toutes les modes, » résume Daniel, descendant du créateur. ***

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Gillion, Elisabeth

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