Grisel, Philippe

Peintre (1930 - 1998)

Toute l’œuvre de Philippe Grisel est traversée par la représentation du Christ. En 1994, il représente une dernière fois la Sainte Face puis s’excuse : « J’ai tout peint, je n’ai plus rien à peindre ».


A propos de Philippe Grisel

Toute l’œuvre de Philippe Grisel est traversée par la représentation du Christ qui apparaît à intervalle régulier comme l’est la monographie éponyme que Jean-Gabriel Mondié, ami du peintre, lui a consacrée en 2000 et qui s’ouvre avec le Christ en croix de 1957, année qui voit sa première exposition personnelle à Paris, dans la Galerie 55, pour s’achever avec la montée au calvaire dont les quatorze stations sont ramassées en quatre tableaux en 1994 : Passion, Golgotha, Crucifixion et Agonie.

Sa vie durant, le peintre natif du Havre, installé, en 1951, au lendemain de son service militaire, à Compiègne où sera peinte toute sa production, s’est attaché à représenter la Sainte Face dont l’ultime peinture de 1994 met un point final à sa carrière de peintre. « J’ai tout peint, je n’ai plus rien à peindre », s’excusera-t-il.

Il ferme son atelier, ne touche plus un pinceau et vit en reclus. La maladie, un cancer, le surprend au détour de l’année 1996. En dépit des injonctions de ses proches, il refuse de se soigner et se regarde mourir à petit feu. Sa fin sera sa rédemption. Philippe Grisel meurt le 11 mai 1998 dans son studio, rue des Veneurs.

Représenter le Christ

En 1957, il peint l’un de ses tout premiers Christ. Une œuvre de jeunesse qui de l’avis expert de Jean-Gabriel Mondié « rappelle de façon étonnante la crucifixion du Retable d’Issenheim de Grünewald (exposée au musée des Unterlinden à Colmar), par la position de la tête, la crispation des membres et des mains, le corps décharné et exsangue. Par ailleurs, elle est peinte dans un ciel d’orage comme Le Christ en croix adoré par deux donateurs du Gréco au Louvre ».

Les quatre toiles du chemin de croix, présentées à l’automne de 1994 au Prieuré à Noyon, seront les dernières qu’il aura peintes rue Saint-Lazare où il avait établi son atelier après avoir quitté en 1985 son repaire de la rue des Meuniers à Saint-Jean-aux-Bois, au cœur de la forêt domaniale de Compiègne, où il voisinait avec Jean Royer qui tenait alors l’auberge A la Bonne Idée où Emile Carrara qui y séjournait composa en 1942 la musique de la chanson Mon amant de la Saint-Jean.

Se retirer du monde

Alors que ses précédentes productions, notamment une série consacrée au carnaval de Venise, ne le satisfaisaient guère, Philippe Grisel avait en 1993 choisi de se retirer du monde, de ne plus répondre aux sollicitations et de vivre quasi monastiquement dans son atelier. « J’ai ressenti un besoin fou de peindre à nouveau le Christ, se justifie-t-il. Cette envie de peinture religieuse a été très subite. Comme une fulguration. Peut-être parce que j’étais mal foutu, angoissé. J’ai résumé son calvaire en quatre toiles uniquement par l’expression du visage et du regard. Ces quatre tableaux dans la même palette à dominante ocre ne peuvent être dissociés. »

Il met un an à réaliser son quadriptyque qui met un point final à son œuvre. L’envie de peindre ne s’imposant plus à lui comme l’acte vital qu’il avait été depuis toujours, l’envie de vivre prit le même chemin. Il était déjà ailleurs.

L’autoportrait

Pareille situation s’était produite à la fin des années 1980. Philippe Grisel s’était détourné de son art. La crise avait duré six mois. Jusqu’à ce que son grand ami Bernard Tirard lui intime la pressante recommandation d’affronter la toile blanche : « Prends une toile, gueule dessus, lâche toi, crie. » Il s’exécute et commet en 1988 un tableau majeur Le cri, vision d’angoisse « comparable au Cri d’Edvard Munch ». Grisel s’était repris et se donnait un sursis de six ans.

Au regard de Jean-Gabriel Mondié, il y a de « l’autoportrait » dans ces derniers tableaux. La Passion, le Golgotha, la Crucifixion et l’Agonie sont « le repentir, la réflexion sur les bassesses du monde, la souffrance et la solitude de l’artiste, la douleur rédemptrice » du peintre.

Entre l’alpha et l’omega, Philippe Grisel avait donné à voir diverses pièces dont pour mémoire une Pieta de 1960, vierge de pitié, Marie en mater dolorosa penchée sur le visage de son fils, trois Suaire de 1980, 1982 et 1986, un Calvaire à la rose de 1987, et un Christ aux outrages de 1988, autant de tableaux reproduits dans la monographie Philippe Grisel.

Une reconnaissance internationale

Cependant que le peintre sait sa fin proche, Jean-Gabriel Mondié en même temps qu’il le veille, prépare en ce printemps de 1998 la Rétrospective 40 ans de peinture qui lui est consacrée du 28 mai au 5 juin à Compiègne. Dix-sept jours après son décès. La dernière exposition après un chapelet de prestations qui l’avait conduit de Paris (galeries Boissière, Volmar, Drouand, Transposition, Galerie d’art de la place Beauvau) où en 1962 il avait obtenu le premier prix de peinture au Salon Populiste, en province (galeries Delerive et Schèmes à Lille ; Cité des arts à Vence ; Galerie d’Art à Amiens ; galerie Ariane à La Baule ; galerie Schmitt à Metz….), en Italie, Belgique et Suisse avec Boissière (1958-1962), à New-York et Houston avec Drouand (1962–63), à Tokyo (1964) et exposition itinérante au Japon organisée par la Société nationale des beaux-arts (1991), à Londres (1965), à Brême (1977, 1979, 1983)….

Avec au centre de ce périple en 1983 une première rétrospective de sa peinture au centre culturel qui n’était pas encore l’espace Jean-Legendre avec une prépondérance aux séries consacrés aux pantins, aux saisons et aux cartes. Il n’avait pas encore peint La parabole du temps, tableau clef de l’univers grisélien datant de 1985. Grisel évoquant devant Jean-Gabriel Mondié des personnages situés en attente à l’arrière de la toile, ce dernier l’interroge : « En attente de quoi ? » La réponse fuse : « En attente de ce que tu veux. » Quelques semaines avant que la grande faucheuse ne fasse son œuvre, Philippe Grisel lui confie : « Je n’ai aucun regret. Si c’était à refaire, je referais la même chose. J’ai eu une chouette vie. » Jean-Gabriel tient sa réponse. Le peintre est en situation d’attente que l’heure sonne. La boucle bouclée, le sablier grisélien n’en continue pas moins son œuvre en se rappelant à vie à notre mémoire.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Frantz Jacques

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