Givenchy, Hubert de

Styliste et designer (1927 - 2011)

Hubert de Givenchy a lancé des modes et modifié les règles de l’industrie du luxe parisienne. Fidèle à la Picardie, c’est à Beauvais, la ville de son enfance, qu’il a choisi d’installer son usine de parfums.


Hubert de Givenchy

Hubert de Givenchy marque son époque dans les différents domaines qu’il a abordés : haute couture, accessoires de mode, art du jardin, décoration intérieure, design automobile. Il a lancé des modes, modifié les règles de l’industrie du luxe parisienne. C’est à Beauvais, la ville de son enfance, qu’il a choisi d’installer son usine de parfums.

Hubert James Taffin de Givenchy est un géant. Il mesure 1m98, sa stature va de pair avec une créativité qui impressionne tout autant. Né à Beauvais en 1927 dans une famille aristocratique d’origine vénitienne, Hubert et son frère ainé Jean-Claude sont élevés par leur mère dans l’esprit artistique qui anime la famille. Le grand père Jules Badin était administrateur de la manufacture de tapisserie de Beauvais, l’autre grand-père Jules Dieterle était un designer et décorateur de renom, l’arrière-grand-père avait réalisé des décors à l’opéra de Paris …

Destiné à une carrière de juriste, Hubert prend une autre direction. Dès l’âge de 17 ans, il part à Paris étudier aux Beaux-Arts puis il se débrouille pour devenir apprenti chez le couturier Jacques Fath. C’est la révélation. Ensuite il passe chez Lelong, chez Elsa Schiaparelli. Enfin, il rencontre Balenciaga, à qui il estime TOUT devoir de sa carrière. « Balenciaga était ma religion : conception et simplicité, il avait le sens du détail toujours utile, » répète-t-il (interview citée par Vogue).

Dès 1952, il crée sa propre maison. Il a 25 ans. C’est le plus jeune couturier de Paris. Il va faire bouger le milieu. C’est pourquoi sa légende se répand de son vivant.

Sous un faux air de dandy, Hubert de Givenchy est un travailleur acharné. Toujours arrivé le premier à l’atelier, avenue Georges V, il porte une éternelle blouse blanche. Son regard bleu voit tout, surveille tous les détails, il est attentif, calme, concentré, il reste courtois au milieu de la ruche affairée qui l’entoure. « Je crois terriblement en mon métier. Aujourd’hui, malgré les difficultés, je pense aux étrangères qui viennent chercher les nouvelles créations à Paris. Pour elles je ferai encore plus beau. » (1).

Bientôt il s’impose. « Ce qui compte c’est l’allure. La vraie beauté naît du respect de la tradition, de l’admiration pour le classicisme. Mais classique n’a jamais voulu dire ennuyeux ! » répète-t-il (2). Chaque année il innove, bouleverse les habitudes du milieu, modernise l’allure des femmes. A l’instar de son égérie, l’actrice Audrey Hepburn, tonique, sportive, respirant la joie de vivre. « Le style de la femme qu’il aime est classique avec une fantaisie de bon goût, une silhouette qui a de la classe. » (3)

Givenchy habille les célébrités.
Biographie de Hubert de Givenchy

Hubert de Givenchy vogue à contre courant. Alors que la haute couture utilise des matières coûteuses, en 1953 il lance sa première collection avec un coton pas cher, porté par l’actrice Audrey Hepburn, qui joue la carte de la fraîcheur. Le succès est immédiat, le magazine de référence américain, Life, le met en couverture. Le sigle des 4G formant carré devient célèbre.

Givenchy aime les tons chauds, les coloris francs, qui vibrent entre eux. « Je crois aux tissus légers, souples, aux modèles simples, bien coupés et qui durent. Rien d’inutile. Je préfère les matières naturelles, lin, coton, soie, » dit-il (4). Il se rend lui-même chez les fabricants à Lyon choisir de belles soies, des mousselines à sculpter directement sur le mannequin. Le succès est au rendez-vous.

Il habille la princesse Grace Kelly, les stars Elizabeth Taylor, Lauren Bacall, Marlène Dietrich et l’épouse du président américain Jackie Kennedy.

Chaque saison une innovation, un marché supplémentaire.

« Je veux être responsable moi-même de mon nom, je prends tout au sérieux, je mets de la sincérité en tout."(5)

Chaque année il surprend. Dès sa première collection, il propose vestes et jupes séparées, à combiner alors que ses collègues jouent la carte du tailleur strict. Puis il lance la robe ballon qui effleure le corps, pour « entourer la femme d’un halo de mystère ». Il invente la collection masculine Gentleman Givenchy avec sa boutique dédiée et un parfum pour hommes aux senteurs de citron, vétiver, musc et bergamote.

A une époque où les couturiers se cantonnent sur le vêtement, Hubert de Givenchy diversifie les créations. Il dessine une gamme d’accessoires portant sa griffe : après les parfums en 1957, il crée bijoux, montres, lunettes, vêtements de sport, tenues pour enfants… En 1968, il ouvre la première boutique de prêt-à-porter chic, rue Victor Hugo à Paris.

La décoration étant sa seconde passion, à la demande de ses clients américains, il décore des hôtels Hilton, à Bruxelles, à Singapour, lance une série de tissus d’ameublement qui portent le nom des châteaux historiques d’Ile-de-France et de la Loire. L’année suivante, il s’inspire des villages de Provence. Puis sort une collection de tapis, du linge de maison, un service en porcelaine de Limoges. Rien ne l’arrête, il s’applique aussi bien sur les sièges d’une voiture (pour Ford et Nissan) que pour les robes du soir.

Retour à Beauvais pour la fabrication.

Hubert de Givenchy s’installe dans l’Oise, à Beauvais. Il ouvre une usine de parfums en 1959, suivie d’une unité de productions de soins et cosmétiques.« J’ai toujours été attiré par le Beauvaisis, tout d’abord une partie de ma famille s’y trouvait, j’y avais passé ma jeunesse [...] Il m’a semblé que je devais choisir la Picardie pour cette implantation car mon cœur y avait une place… Grâce à un parent, préfet de l’Oise, François Bernard, nous avons pu acquérir du terrain et construire notre première usine, devenue très vite trop étroite … » (6) Cette initiative sera imitée par une cohorte de marques prestigieuses : Unilever Fabergé, Yves Saint-Laurent, Colgate …

Son frère Jean-Claude devient président de la société de parfums ; il trouve dans la vallée de la Bresle les verreries dont il a besoin pour Ysatis, Amarige ou Organza. (7). Les flacons sont conçus, on peut dire sculptés par le « dessinateur de formes » Pierre Dinand, architecte arrivé dans le verre grâce à Hélène Rochas. « L’artisanat industriel pratiqué à l’époque contient tous les tours de main des maîtres verriers et fait éclater les potentiels exceptionnels du verre, tant pour les formes que pour les couleurs. » Sous sa direction les verriers donnent à la matière une forme souple (Amarige) et vont jusqu’à la plisser comme un tissu (Organza).Pierre Dinand signe une bonne part des flacons de l’époque et la créativité de ses oeuvres sert au mieux l’image de la marque. Fabriqués chez Pochet & du Courval, Brosse, Saint-Gobain Desjonquères, les flacons sont remplis de leur « eau », emballés à Beauvais et expédiés dans le monde entier via Roissy.

En 1988 l’ensemble des productions Givenchy est cédé au groupe LVMH présidé par Bernard Arnault. A 61 ans, Hubert de Givenchy entame une nouvelle vie, consacrée à son jardin du Jonchet et à ses collections d’art. Il devient l’ambassadeur de la société de ventes aux enchères Christie’s, jusqu’à son décès le 11 novembre 2011.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Gillion, Elisabeth

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom

Vous pouvez aussi laisser un commentaire sur cet article

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.