Géologie de la Picardie

Prolongement nord du bassin sédimentaire de Paris, la Picardie présente une géologie contrastée entre le nord et le sud de la région.


Image de Picardie

La Picardie appartient à la partie nord du Bassin sédimentaire de Paris, et comprend deux entités géologiques majeures :

  • l’affleurement de l’auréole du Crétacé supérieur, sous un faciès de craie largement développé sur les territoires de la Somme, du nord de l’Aisne et de l’ouest de l’Oise,
  • l’affleurement des sédiments du Tertiaire (sables et argiles de l’Eocène principalement) déposés sur le substrat crayeux au sud de l’Aisne et à l’est de l’Oise.

Plus localement, des terrains plus anciens d’âge jurassique affleurent en limite de région : dans la Thiérache en marge des massifs primaires des Ardennes et dans le Beauvaisis à la faveur de la « boutonnière » du Pays de Bray. Ces terrains sont formés par des argiles ou des marnes calcaires relativement imperméables.

Quelques exemples de lecture du paysage


Géologie de la Picardie

Chaumont-en-vexin, la cuesta du calcaire lutétien


Chaumont-en-Vexin Crédits : CRDP Amiens

La vue montre, bien visibles au premier plan, deux plateaux étagés séparés par un talus.

À gauche : le plateau supérieur, celui du Vexin, vers 130 m d’altitude, table modelée dans les calcaires durs du Lutétien (Tertiaire).

À droite, en contrebas : le plateau picard aux molles ondulations modelées dans la craie du Sénonien (Secondaire), vers 70 m.

Entre eux : le talus de la cuesta (ou côte) dont les deux tiers supérieurs taillés dans le calcaire, raides, sont couverts de forêt et le tiers inférieur, en pente douce, taillé dans les sables et argiles du Tertiaire inférieur, défriché, est couvert de prairies.

La voie ferrée suit la base de ce talus.

Au centre de la photo : une butte circulaire au sommet boisé forme un élément avancé du plateau du Vexin, isolé de lui par l’érosion : c’est une butte témoin de la cuesta.

La ville de Chaumont-en-Vexin se niche à son pied. Une rivière, la Troesne, suit l’escarpement.

La vue prise au printemps montre la grande extension des cultures céréalières dans un paysage d’openfield : vert sombre du blé d’hiver, vert clair de l’orge, beige verdissant des semis de maïs en début de levée. De puissants silos près de la voie ferrée stockent les céréales avant qu’elles ne soient exportées par le port tout proche de Rouen.
 

Le plateau du Valois, Mont Pagnotte aux environs de Creil


Mont Pagnotte Crédits : CRDP Amiens

Au premier plan s’étend le plateau du Valois couvert de limons, vers 120 m d’altitude, cultivé en céréales.

Au-dessus de lui, à l’arrière-plan, fermant l’horizon, s’élève à 220 m la butte boisée du Mont Pagnotte.

Dans le sud-est de la Picardie, la craie du Crétacé (Secondaire) a été recouverte par les sédiments argilo-sableux (peu résistants) et calcaires (résistants) du début de l’ère tertiaire (Éocène et Oligocène). Le niveau dur le plus ancien, ici celui des calcaires lutétiens (Éocène), a été modelé en un plateau tabulaire.

Les roches plus récentes, largement érodées, ne subsistent que dans des buttes comme celle-ci, située 10 km à l’est de Creil. Son sommet plat s’allonge d’ouest en est sur près de deux kilomètres. Constitué de meulières (calcaire silicifié) du Stampien (Oligocène), très résistant à l’érosion, il a protégé les roches sableuses, tendres, sous-jacentes formant ses flancs.

Parmi les nombreuses buttes de ce type la plus vaste, celle de Villers-Cotterêts dans l’Aisne dépasse 10 km de longueur et 240 m d’altitude, s’élevant de 140 m au-dessus de la surface du plateau du Valois.

Crézancy, vallée de la Marne


Crézancy Crédits : CRDP Amiens

À l’arrière-plan, à gauche et au centre, comme au second plan à gauche, s’étend, vers 200 m d’altitude, le plateau calcaire de Brie couvert d’une vaste forêt.

La Marne, second cours d’eau de Picardie par son débit, ne fait qu’écorner la région dans son extrême sud-est, n’y parcourant qu’une trentaine de kilomètres avant de rejoindre la Seine, en amont de Paris.

La Marne et ses affluents (le Surmelin, qui arrive de l’arrière-plan à droite) ont creusé dans les calcaires blanchâtres qu’on voit affleurer sur les chemins une vallée large de plus de 1 km, encaissée de 140 m.

La partie moyenne et basse des versants porte des vignobles, des cultures ou des pâtures. Lorsque la pente se fait trop raide le versant reste inculte.

Le fond de vallée, pour l’essentiel cultivé en vastes parcelles, accueille les villages qui s’allongent au pied des versants (Mont-Saint-Père au premier plan, en bas). Il est troué (à droite) par un plan d’eau : ancienne ballastière qui, après l’arrêt de l’extraction des granulats, a été aménagée en espace de loisirs.

Au centre, le village de Mézy, avec sa zone de dépôts, s’est développé auprès de la voie ferrée Paris-Strasbourg qui court parallèlement à la rivière.

Gouy-les-Groseillers, le plateau picard


Gouy Crédits : CRDP Amiens

Vue rapprochée des molles ondulations caractéristiques du modelé du plateau picard, rarement parfaitement plat.

Le village se niche au creux d’un vallon creusé de 15-20 m dans la surface du plateau située vers 150 m d’altitude.

Le raccord s’effectue par une pente modérée qu’exprime la descente de la route au premier plan comme la montée du chemin à l’arrière-plan.

La pente de l’arrière-plan apparaît, à droite, coupée par des talus que souligne une ligne d’arbustes. Ces talus sont ici nommés : « rideaux ».

Le paysage rural est un openfield à parcelles de grande taille (plus de 1 ha). Au vert sombre des champs de blé (semé avant l’hiver, il est déjà haut d’une vingtaine de centimètres) s’oppose le beige des parcelles semées au printemps (leurs plants commencent à lever, comme les betteraves au premier plan à gauche). 

Hangest, vallée sèche


Hangest Crédits : CRDP Amiens

Entre Abbeville et Amiens, dans la surface du plateau picard (à gauche et à droite de la vue), d’une altitude d’environ 60 m, s’encaisse de 30 m une vallée sèche (sans cours d’eau). Elle débouche sur la vallée verdoyante de la Somme, à l’arrière-plan.

Elle a pu être creusée lors d’une époque plus froide quand régnait ici un climat de type périglaciaire. Celui-ci maintenait l’eau à l’état de glace dans la partie supérieure du sous-sol formant ce qu’on nomme « pergélisol » (ou « permafrost »). Par suite, au printemps, l’eau de fonte des neiges hivernales ne pouvait s’infiltrer et ruisselait en abondance, creusant des vallées dans la surface du plateau. Le réchauffement du climat au cours des 15000 dernières années entraîna la fonte de ce pergélisol de sorte qu’aujourd’hui les eaux de pluie peuvent s’infiltrer dans le sol et le sous-sol redevenus perméables. Elles ne ruissellent plus : l’ancienne vallée drainée est devenue sèche.

Une autre hypothèse en attribue l’origine à un climat plus humide que l’actuel qui aurait beaucoup gonflé la nappe souterraine. Celle-ci ayant alors son sommet tout près de la surface topographique aurait alimenté des sources desquelles serait né un cours d’eau qui aurait creusé la vallée visible ici. L’assèchement récent du climat aurait fait baisser la nappe souterraine à son niveau actuel, sous le fond de vallée : les sources disparurent ainsi que le cours d’eau et la vallée devint sèche.

L’homme a aplani le fond de vallée pour le mettre en culture. Les versants à pente raide (30°), taillés dans la craie, portent une pelouse naturelle calcicole piquetée de rares arbustes (dont des genévriers) et de plantes rares, héliophiles (comme des orchidées). Les Picards nomment cet écotope : un larris.

Grès mamelonné dans la Somme


Picquigny Crédits : CRDP Amiens

À Picquigny, ce bloc de grès tertiaire en forme de stèle a été nommé Paix de Picquigny .
Les blocs de taille imposante prélevés sur les affleurements sableux, parfois cimentés en grès, sont déposés à l’ère tertiaire, ici et là, sur la surface de la craie (sédiment de l’ère secondaire).

Paysage rural près de Septmonts dans l’Aisne


Septmonts Crédits : CRDP Amiens

Le printemps à proximité de la vallée de la Crise (au sud de Soissons). Molles ondulations de la surface du plateau du Soissonnais.

Cultures de colza en fleurs (jaune), labours, bois.

Sissonnes (Aisne), le plateau


Sissonne Crédits : CRDP Amiens

À la différence de l’ouest et du centre de la Picardie où la craie est souvent recouverte de limons, à l’est elle affleure à nu donnant aux champs une couleur blanchâtre.

Ici débute la région naturelle de Champagne qui s’étend largement dans la région voisine de Champagne-Ardenne, en direction de Reims.

La quasi-absence de sol rendait ces campagnes infertiles : on parlait de « Champagne pouilleuse » où croissait une lande parcourue par des moutons. On a tenté de la boiser, en partie, en conifères. On en a concédé de vastes surfaces aux militaires, tel ce terrain de manoeuvres à l’est de Laon.

Son paysage naturel contraste fortement avec la campagne cultivée de l’arrière-plan.

Récemment, grâce aux engrais, on a transformé la Champagne en riche région céréalière. La surface du plateau se trouve vers 100 m d’altitude.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia

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