Gauchet, Claude

Aumônier et poète (environ 1540 - 1620)

Aumônier et proche de trois rois, Charles IX, Henri III et Henri IV. Poète, il fait de la forêt de Villers-Cotterêts son refuge au temps des guerres de Religion.


Le prieuré d’Autheuil en Valois Crédits : Eric Thierry

Un proche des rois Charles IX, Henri III et Henri IV

Claude Gauchet est né vers 1540 en Île-de-France, dans la petite ville de Dammartin-en-Goële. Il était le fils de Jean Gauchet et de Magdelaine de Corbie, qui appartenaient, tous les deux, à des familles d’officiers domestiques au service des enfants de Henri II et de Catherine de Médicis. Dans les comptes royaux, on retrouve une de ses tantes maternelles, qui a été la première nourrice de la princesse Marguerite de Valois, son grand-père paternel, qui a été barbier et valet de chambre de François II, et son père, qui a été valet de chambre de Charles IX.

 

Ce souverain a manifesté très tôt de l’affection pour le fils de son serviteur. Il l’a incité à terminer ses études et à accéder à la prêtrise, puis en a fait un de ses aumôniers. L’écrivain Guillaume Colletet, auteur au milieu du XVIIe siècle de plusieurs notices sur des poètes du passé, a écrit que même « fort jeune », Claude Gauchet était « déjà pourvu d’un esprit agréable et brillant » et, comme le roi Charles IX était « de la race des Valois, c’est-à-dire d’une race obligeante et passionnée pour les bons esprits », il appréciait sa compagnie.(1)

Après l’avènement de Henri III, Claude Gauchet est resté aumônier du roi. Des amis lui ont procuré, avant le 10 novembre 1576, la qualité de grand archidiacre de Bayeux, mais comme les évêques de cette ville résidaient le plus souvent à Paris, il a continué à habiter à Dammartin-en-Goële et à fréquenter la Cour.

Très vite rallié à Henri IV, Claude Gauchet est devenu un de ses aumôniers ordinaires. Puis, après la mort en 1600 de l’évêque René II de Daillon du Lude, il semble qu’il ait renoncé à être grand archidiacre de Bayeux. Il a alors obtenu une prébende à Senlis et c’est probablement dans cette ville qu’il a vécu jusqu’à sa mort, après 1620.

On lui doit plusieurs ouvrages. Il a fait paraître en 1609 des cantiques à la gloire de Henri IV, mais aussi, en 1596, Le Livre de l’Ecclésiastique, une traduction d’un des livres sapientiaux de l’Ancien Testament, et surtout Le Plaisir des champs, son œuvre la plus importante car elle a connu deux éditions de son vivant, l’une en 1583 et l’autre en 1604. Il s’agit d’un long poème divisé en quatre saisons, dans lequel Claude Gauchet décrit les travaux et les amusements des paysans, ainsi que les différents types de chasses et de pêches pratiqués par lui-même et d’autres gentilshommes campagnards.

 

Un habitué du prieuré d’Autheuil-en-Valois

Il évoque souvent un prieuré qu’il nomme Beaujour. C’est sa maison des champs, l’endroit à partir duquel il va chasser et pêcher. Il nous dit qu’il se trouve à trois lieues de Villers-Cotterêts, près d’Ivors, au sud de Boursonne, dans un vallon où coule un cours d’eau qui se jette dans la Marne et qu’à proximité, il y a un bois et un endroit appelé Les Tourelles. Claude Gauchet passe devant lorsqu’il se rend à Beaujour en venant de Dammartin-en-Goële, via Nanteuil-le-Haudouin.

On peut penser que Les Tourelles correspondent à la très ancienne ferme de La Tournelle, située près de Cuvergnon, que le bois en question est aujourd’hui le buisson de Walligny et que le prieuré de Beaujour est celui d’Autheuil-en-Valois, au sud-est d’Ivors et de Boursonne, à une douzaine de kilomètres de Villers-Cotterêts. Il est dans un fond de vallée, au bord du ru de Passe-Marne ou d’Autheuil qui se jette dans l’Ourcq, un affluent de la Marne.

C’est un prieuré clunisien dépendant de celui de Nanteuil-le-Haudouin. L’église construite aux environs de 1130 est sans transept et a un chevet plat. Au sud de celle-ci étaient placés les bâtiments prioraux, qui formaient un assez vaste rectangle entourant une cour, et à l’ouest se trouve encore aujourd’hui une ferme composée d’un bâtiment en équerre et d’un colombier datant du XVIe siècle.

Un poète de la forêt de Villers-Cotterêts

Autheuil-en-Valois se trouvant à la lisière de la forêt de Villers-Cotterêts, il n’est pas étonnant de lire dans Le Plaisir des champs un grand nombre d’évocations du massif cotterézien. Celui-ci semble être très familier à Claude Gauchet : il dit savoir « les tours et les destours/ Des bois, comme y hantant et tournant tous les jours ».(2)

Sous sa plume, le massif forestier cotterézien devient un espace pastoral du début de l’âge baroque. En s’inspirant de Théocrite et de Sannazaro, Claude Gauchet en fait un refuge pour des bergers et des bergères qui dansent et parlent d’amour. Il le promeut unique endroit où l’âge d’or survit, tandis que la France s’enfonce dans les affres des guerres de Religion.

 

Lieu de déploration des malheurs du royaume, la forêt de Villers-Cotterêts est aussi un lieu de critique de la monarchie de Henri III et d’exaltation de celle de Henri IV. Tandis qu’en 1583 Claude Gauchet déplore l’absence d’un roi chasseur qui oblige les gentilshommes à protéger eux-mêmes les paysans des ravages des animaux sauvages, il célèbre, en 1604, les exploits cynégétiques du souverain vainqueur du chaos des guerres de Religion. D’abord refuge pastoral, le massif forestier cotterézien devient, au fil des éditions des Plaisirs des champs, l’espace du renouveau.

 

(1) Guillaume Colletet, Notice sur la vie et les œuvres de Claude Gauchet, dans Claude Gauchet, Le Plaisir des champs, éd. Prosper Blanchemain, Paris : Librairie A. Franck, 1869, p. XV.
(2) Idem, p. 271.

■ Edition de Prosper Blanchemain du Plaisir des champs [1]
■ Edition d’Ernest Jullien du Plaisir des champs [2]

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Thierry Éric

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