Filatures et tissages d’Amiens

Qu’en reste-t-il depuis 1145 ?

La ville d’Amiens devient un important centre drapier dès le XIIe siècle qui exporte sa production et se développe, survivant aux guerres. Que reste-t-il des centaines de fabricants amiénois ? Un souvenir, depuis la fermeture définitive de l’usine Cosserat en 2012.


- Tissage à Amiens Crédits : CRDP d'Amiens

Les tissages à Amiens

L’introduction des métiers à tisser, à la fin du XIIe siècle, fait de la ville d’Amiens un important centre drapier, dont les exportations vers l’Italie sont attestées en 1182.

La fabrication des tissus à partir de laines anglaises importées est attestée avant 1145.

Se rattachant à la grande draperie, la production amiénoise est cependant de qualité courante. Les draperies légères n’y sont pas réalisées avant la deuxième moitié du XIVe siècle.

À partir de 1480, l’immigration des artisans exilés d’Arras permet l’introduction de la saieterie, qui devient la principale activité artisanale éclatée dans de nombreux ateliers domestiques et rassemblant 5 ou 6000 ouvriers au milieu du XVIe siècle.

Les houppiers apparaissent vers 1530.

La production se diversifie : ostades, camelots, serges façon d’Ascot, satins, tissus mêlés et burail de soie introduits par les immigrés flamands. Le système de la production et de la distribution des produits, très fractionné, rend les corps de métiers très dépendants les uns des autres.

Au milieu du XVIIe siècle on recense 2000 métiers à tisser à Amiens. Une enquête de 1692 dénombre encore 600 fabricants de tissus, dont 490 maîtres saytiers, qui possèdent 1500 métiers, et 110 hautelisseurs, qui en possèdent 500.

L’activité, réglementée par Colbert (1666), constitue un monopole urbain mais elle est cependant ruralisée. Un arrêt de 1762 autorisera la production des étoffes dans la campagne. On recense alors 20 000 métiers hors les murs pour 4595 métiers en activité intra-muros.

Les principales productions d’Amiens sont alors les serges, les camelots et les étamines.

D’après une enquête de 1708, les industries amiénoises n’ont pas souffert des guerres et ont maintenu leurs débouchés en France, comme à l’étranger (Suisse, Italie, Espagne).

L’almanach historique et géographique de Picardie (1754), signale le marché au fils, « en grande partie des laines qui s’emploient aux étoffes de la manufacture de cette ville, dont on fait un grand commerce dans toute l’Europe ».

A la fin du XVIIIe siècle, ces manufactures sont cependant en concurrence avec les fabriques rouennaises. Les tissus de haute qualité étaient fabriqués avec des laines importées d’Angleterre, les tissus courants avec les laines des régions voisines. La statistique de 1738 mentionne trois sortes de tissus : les camelots, les étamines (9 sortes en 1755) et les peluches (6 sortes en 1755).

Tissage Cosserat , Ville Haute, 2 rue Cardon 


- Tissage à Amiens Crédits : Ministère de la Culture/Région Picardie/ T. Lefébure (photographie),1989

Un tissage d´étoffes de laine et d´étoffes de laine et soie avait été créé à cet emplacement vers 1835 par Cosserat père.

L’usine était installée à la bordure ouest de la ville sur des terrains vastes et bon marché du fond de la vallée de la Somme. Le fleuve fournissait l’eau pour le travail des textiles et recevait les eaux usées.

À proximité immédiate passe la voie navigable bordée de jardins que travaillent des maraîchers.


- L'usine textile Cosserat à Amiens Crédits : CRDP d'Amiens

Les vastes bâtiments typiques de la fin du XIXe siècle témoignent de l’importance de l’usine, jusqu’à plus de 1 000 salariés.

Edouard Grand était dessinateur dans l´établissement, repris vers 1845, par M. Ponche-Bellet, qui y emploiyait M. Boyeldieu père comme contremaître.

Vers 1860, la fabrique est louée par M. Baril, qui y installe un tissage mécanique de velours d´Utrecht et de velours de coton. Il fait construire un atelier d´une contenance de 128 métiers mécaniques.

Les métiers à tisser le velours d´Utrecht sont vendus en 1866 à une société qui les transporte à Montières ; les bâtiments, le moteur et les métiers à tisser le velours de coton sont rachetés par M. Alphonse Larozière et la fabrication est placée sous la direction de M. Rousseau. Deux incendies survenus en 1869 et 1877 ont entraîné la reconstruction de la façade sur la rue des Augustins, puis celle des ateliers de tissage manuel. Les voûtes en briques reposaient alors sur des poutres et des colonnes de fer. En 1885, le nouveau propriétaire, M. Cocquel, a augmenté le nombre de métiers à tisser et agrandi la propriété par l´achat de deux maisons (2 et 4, rue de la Barette).

L’activité de l’usine s’effondre dans les années 1970.

Dans la décennie 1950, Une zone industrielle et d’activités fut implantée. Elle s’étend sur près de 3 km. 

 Montières, 219 rue d’Abbeville


- Ancien tissage à Amiens Crédits : (c) Ministère de la Culture/Région Picardie/ Phot'R (photographie), 1990

L’ancien tissage de velours Leroux Frères, mentionné en 1905, a été détruit par les bombardements en avril 1918. Sa reconstruction fut immédiate puisqu’en 1920 la production était relancée dans les ateliers actuels, sous la même raison sociale. Vers 1962, les locaux ont été repris pour abriter un centre de formation, puis diverses activités commerciales.

 Renancourt, 4 rue Edouard-Lucas


- Ancien tissage à Amiens Crédits : Ministère de la Culture/Région Picardie/ T. Lefébure (photographie),1989

L’ancien tissage de coton est attesté en 1890, date à laquelle il compte alors 300 métiers. En 1893, il est connu sous la raison sociale Esnault-Pelterie Aîné et Cie, puis Esnault-Pelterie, Barbet-Massin et Cie . Les ateliers de fabrication sud sont construits, avant 1897, sur des plans attribués à l’architecte Bidoire.

Ils contenaient alors 1056 métiers et deux machines Farcot de 300 CV. Les dépendances (conciergerie, logement patronal et un portail principal (détruit) ont été construites en même temps. Un deuxième bloc d’ateliers a été édifié dans les années 1940. En 1952, Barbet-Massin, Popelin et Cie produisaient encore des tissus de coton et de velours côtelé.

La cité Esnault-Pelterie était destinée à loger les ouvriers du tissage.

Rue Robert-Lecoq, l’usine textile La Cotonnière d’Amiens fut construite en 1929 pour les Éts Barbet Massin , sur les plans des ingénieurs lillois Sergent et Maury, afin de doubler leur usine de Renancourt. Elle était affectée à la retorderie et à la fileterie de coton.

Les deux usines ont été reprises par la S nouvelle auto-équipement Veglia (tableaux de bord), vers 1964, de nouveaux ateliers ont été construits au nord en 1978.

Faubourg de Hem, 200 rue Maberly


- Ancien tissage à Amiens Crédits : Ministère de la Culture/Région Picardie/ T. Lefébure (photographie),1989

L’ancienne filature de laine Dupont-Bacqueville, visible sur le cadastre de 1852, employait 25 enfants en 1842 et 200 ouvriers en 1852.

Les soubassements du bâtiment d’eau ont été construits vers 1865, date de la pose d’une roue Sagebien (en place lors de l’enquête).

En 1871, l’usine comptait 351 ouvriers, dont 51 de moins de 16 ans. L’atelier de tissage (devenu magasin d’expédition) est construit en 1886 (date portée), les bureaux, la salle des machines et l’atelier de fabrication adjacent le sont en 1891 (date portée), à l’initiative d’Oscar Cosserat.

L’usine emploie 1100 ouvriers en 1893.

L’activité est restée inchangée sous les diverses raisons sociales (consortium Générale Textile Agache Willot, en 1965, puis Boussac Saint Frères ). Modernisation et agrandissement se poursuivent jusque dans les années 1970. 


- Ancien tissage à Amiens Crédits : Ministère de la Culture/Région Picardie/ T. Lefébure (photographie),1989

Faubourg de Noyon, 44 rue Riolan


- Ancien tissage à Amiens Crédits : Ministère de la Culture/Région Picardie/ T. Lefébure (photographie),1989

L’ancien tissage de laine Laurent fils employait 490 ouvriers et comptait 400 métiers en 1850.

Il fut transformé en manufacture de peluches, soie, velours d’Utrecht et velours de lin par Louchet-Bernaud en 1902, qui succède à Bernaud Laurent et Gendre.

Le bâtiment conservé le plus ancien semble être le bureau, construit en 1889 (date portée).

Devenue Delaroière et Leclercq, l’usine a été presque complètement détruite en 1918, et à nouveau sérieusement bombardée en 1940. Tous les ateliers et magasins ont alors été reconstruits.

Reconstruite en 1920, l’usine a été convertie avant 1962 en centre de formation professionnelle appartenant à la Société Industrielle d’Amiens et réhabilitée en 1987 après démolition partielle.

Petit Saint-Jean, 288 rue du Petit Saint-Jean


- Ancien tissage à Amiens Crédits : (c) Ministère de la Culture/Région Picardie/ Phot'R (photographie), 1990

La filature aménagée dans l’ancien établissement thermal des eaux minérales du Petit-Saint-Jean a été agrandie d’un atelier de tissage en 1945.

 Longpré-lès-Amiens, rue Pierre-Corneille . L’atelier de fabrication et la conciergerie de l’ancien tissage de coton de Longpré-lès-Amiens paraissent antérieurs à la seconde guerre mondiale, l’atelier ouest étant plus récent. De 1952 à 1962, le tissage dépendait des Éts Dewas (rue Jules-Barni).

Son activité a définitivement cessé avant 1983.

Tissages détruits depuis l’enquête ou subsistant à l’état de vestiges :

Les plus anciens étaient le tissage mécanique de velours Mouret Demoncheaux (122 rue Valentin-Haüy), construit entre 1893 et 1900 et réduit au logement patronal et le tissage mécanique Gamounet, Dehollande et fils (47-51 rue de la Vallée) également attesté en 1893. La maison F. Dupetit et la société Le Chevalier et Cie paraissent lui avoir succédé avant 1921. Les bâtiments dataient du milieu du XXe siècle, comme ceux ce l’ancien tissage de velours Dewas (267 rue Jules-Barni) construit au lendemain de la seconde guerre mondiale et agrandi avant 1962, et l’ancien tissage de coton, dit Tissages de Picardie (16 rue Riolan) société fondée en 1935.

On peut également signaler les édifices transformés, comme l’ancien tissage Briaux (25 rue Bruno-d’Agay), sans doute construit peu avant 1893 (ateliers de fabrication). Connue en 1897 comme manufacture de sacs, couture mécanique, Briaux David, l’usine a ensuite été transformée en usine de bonneterie par Maurice Lepage. Elle était encore en activité ralentie en 1962.

Les filatures à Amiens

Comme le montre sa représentation sur le cadastre de 1852, la plus importante usine textile d’Amiens au milieu du XIXe siècle était la filature de lin du faubourg de Hem , fondée en 1838, sous le nom de S. A. pour la fabrication des fils et tissus de lin et de chanvre. Son directeur est M. Desportes (1842).

Les bâtiments de style gothique Revival avaient été construits sur les plans de l’architecte Cheussey, entre 1838 et 1842 et les ateliers équipés de machines l’année suivante. Le nombre d’ouvriers employés dans l’usine, qui atteint déjà 633 en 1850, passe 980 en 1852 (dont 195 enfants). 

Ville Basse, 25 rue de la Dodane


- Ancienne filature à Amiens Crédits : Ministère de la Culture/Région Picardie/ T. Lefébure (photographie),1989

Cette ancienne usine textile (filature et peignage de laine), dont l’atelier principal porte la date 1869, était connue en 1871 sous la raison sociale Chailly et Cie.

Faubourg de Hem, 101 rue du Faubourg de Hem . L’ancienne filature de laine, dite Filature des Cours, est mentionnée en 1883. Ses directeurs David et Huot sont à l’origine de la construction de l’essentiel des bâtiments de 1885 à 1895. La transformation d’une partie de l’usine en laiterie industrielle avant 1962 (Les Fermiers Réunis) ne parait pas avoir entraîné de modifications des ateliers aujourd’hui ruinés ; le reste de l’usine, utilisé par une entreprise de transports, a été en partie reconstruit au milieu du XXe siècle.

Filatures détruites depuis l’enquête ou subsistant à l’état de vestiges :

Dans la Ville Basse (22 rue des Déportés et impasse des Saintes Claires). Etablie sur un site hydraulique antérieur à 1566, la filature, dite usine des Poulies, entre 1844 et 1859, est alors connue sous la raison sociale Thuillier-Lequien. Au moment de l’enquête, il en subsistait deux corps de bâtiment, dont l’un daté de 1866 sert de conciergerie, atelier de fabrication et local technique. Le site fut ultérieurement divisé et doublé de l’importante teinturerie Lavallart, puis diversifié dans la bonneterie (Barbier et Legendre). Les destructions de la Seconde Guerre mondiale ont lourdement endommagé les trois usines. L’activité bonnetière relancée après 1945 a cessé en 1989.

Au Petit Saint-Jean , 288 rue du Petit Saint-Jean, il ne subsiste actuellement que l’ancien établissement thermal des eaux ferrugineuses, attesté vers 1870 et converti en filature et retorderie de laine par la société Gamand Frères, puis Gamand et Fils (1893), et Gamand Caziez et Cie (1914). En 1922, les ateliers de fabrication ont été remaniés et une salle des machines construite (date portée). En 1945 le site est agrandi d’un atelier de tissage sur la commune de Pont-de-Metz. L’ensemble industriel a cessé toute activité en 1979.

À Montières , 116 rue de Sully


- Ancienne filature à Amiens Crédits : Ministère de la Culture/Région Picardie/ T. Lefébure (photographie),1989

une distillerie d’alcool de grain est construite au milieu du XIXe siècle, comme en témoignent des éléments subsistant à l’est. Reprise en 1902 par la Cie Française de Levure Alcool et Drêchure de Grains, elle est ensuite transformée en usine textile par la Cie La Soie Artificielle d’Amiens. Cette société fait bâtir par étapes, entre 1920 et 1930, ses ateliers en shed pour la filature, l’organsinage, le moulinage et la dénitratation et le bâtiment des filtres (daté 1922). Vers 1941, l’usine est convertie en brasserie laiterie par Debouverie Père. Diverses activités s’y sont ensuite succédées.

On peut également signaler les édifices transformés, situés dans la ville basse comme l’ancienne filature de coton Cornet (2 rue des Archers), transformée en usine de teinturerie de coton puis en usine de confection, l’ancienne filature de lin Dufetel (5 rue de Mai), également reconvertie en teinturerie de velours par les frères Benoist de Roubaix, l’ancienne filature de jute Saint Frères (4 rue Colbert), aménagée dans une usine textile et devenue usine liée au travail du bois, enfin l’ancienne filature Burgeat-Chevaux (45-51 rue Vascosan), devenue tissage.

Place Parmentier, la célèbre usine de chaussures Hunebelle succède, vers 1898, à la filature de laine Ponche-Bellet , installée rue des Hautes-Cornes (1844) et qui emploie 80 ouvriers en 1852. Elle avait été reconstruite en 1862 (date portée au pignon ouest d’un atelier de fabrication).

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Service Régional de l’Inventaire

Vos commentaires

  • Le 16 octobre 2015 à 16:08, par RUSSO En réponse à : Filatures et tissages d’Amiens

    Madame, Monsieur,
    Ayant travaillé à la filature delebart mallet hellemmes, je souhaite connaitre si des anciens membre ayant eux aussi connus l’entreprise peuvent me joindre mon portable es le suivant
    RUSSO Yvon
    0662906364, je suis le fils de l’ancien chauffeur de bus et concierge de l’entreprise D.M.F. Jacques RUSSO EN VOUS REMERCIANT

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  • Le 27 février 2016 à 08:31, par MINARD-PLACIARD En réponse à : Filatures et tissages d’Amiens

    mes grands parents et leurs frères on travaillé toute leur vie à l’usine DELAROYERE -LECLERC située rue Rioland à Amiens
    Lui GEORGES MINARD était gaufreur, elle était nopeuse (elle coupait les noeux des pièces de velours. Ils habitaient une courée rue Jules Barny, puis 71 rue Gabriel de Mortillet
    ses frères Louis et Albert, ainsi que leur beau frère Louis FRAYER travaillaient aussi dans cette usine
    Il semblerait que toutes les archives de cette usine et le matériel de cette usine aient été détruits pas un racheteur des locaux. Il y avait notamment de magnifiques rouleaux de bronze sculptés en creux pour gaufrer le velours de coton et le velours de soie (gaufrage par des rampes à gaz)
    Bien entendu, il n’existe plus d’ouvriers de l’époque. mais peut être leurs enfants et petits enfants
    Le fils DELAROYER que j’ai essayé de joindre (il serait président du golf club d’Amiens ne veut pas répondre, je lui ai laissé un SMS (j’ai maintenant égarré son n° de tel
    Les ouvriers avaient l’esprit « maison » ils travaillaient de très longues journées en fonction des commandes (velours de luxe)
    Si quel<qu’un a la moindre information à se sujet merci de me contacter

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  • Le 25 avril 2016 à 10:28, par Fouré Jocelyne En réponse à : Filatures et tissages d’Amiens

    Mes parents ont travaillé dans les années 1945 jusqu’à 1954 dans l’usine LEGENDRE du quartier Saint Leu (je pense car ils habitaient ce quartier). Je ne vois jamais cette usine citée dans les articles sur les anciennes usines textiles d’Amiens. Je crois que c’était une fabrique de bonneterie, bas... J’aimerais avoir des précisions.
    Merci.

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