Fermes picardes

Quelques fermes types

Les fermes sont à l’image de l’évolution du secteur agricole. De vastes hangars abritent un matériel performant et de grands gabarits, typique de la production céréalière moderne. Parfois, elles reflètent les activités de polyculture-élevage, destinées à diversifier les productions.


Paysage rural près de Septmonts, à proximité de la vallée de la Crise. Cultures de colza en fleurs - Paysage rural près de Septmonts, à proximité de la vallée de la Crise. Cultures de colza en fleurs Crédits : CRDP d'Amiens

La Picardie est une des grandes régions agricoles françaises.

La production agricole picarde génère un chiffre d’affaires d’environ 3 milliards d’euros, soit 5 % de la production nationale pour seulement 3% de la surface et de la population.

L’orientation agricole dominante est la grande culture, soit celles des « céréales et oléoprotéagineux », soit celle des « pomme de terre, betterave ».

En 2007 ces deux types de cultures représentaient plus de 60 % des O.T.E.X, ou Orientation technico-économique de l’exploitation.

Les surfaces plantée de pommes de terre de consommation représentent 23 % de la S.A.U. française (ou surface agricole utile).

Les surfaces plantées de betteraves industrielles représentent 35 % de la SAU.

L’Aisne est le premier département français producteur de betterave.

Soutenues par un puissant et précoce mouvement coopératif, par la P.A.C.(Politique agricole commune) mise en place en 1962, et par un efficace remembrement, les exploitations se sont modernisées.

Leur nombre a considérablement diminué, passant de 20506 en 1979 à 10198 en 2007.

Une exploitation sur deux a survécu au « grand chambardement des campagnes » (selon l’expression de Fernand Braudel).

Cette évolution n’est pas terminée.

La surface moyenne des exploitation a considérablement augmenté (123 ha en 2007). 53 % d’entre-elles ont plus de 100 ha de surface.


Paysage d’openfield - Paysage d'openfield Crédits : CRDP d'Amiens

Ces exploitations sont marquées par la platitude du relief, l’absence d’habitations. Openfield dénudé, aux vastes parcelles couvertes de blé (vert) ou tout juste semées en cultures de printemps (beige). 

Cette agriculture performante a permis l’implantation d’une industrie agro-alimentaire puissante.

Ferme dans le Vermandois


Ferme dans le Vermandois - Ferme dans le Vermandois Crédits : CRDP d'Amiens

Sur cette grande exploitation, près de Bohain, dans le Vermandois, de vastes hangars abritent un matériel performant de grands gabarits, typique de la production céréalière moderne.

À proximité, d’autres constructions de tôle, closes celles-ci, sont occupées par un élevage – bovin, porcin ou de volailles – qu’alimentent les silos à grains placés à l’extérieur.

Ici les activités de polyculture-élevage ont pour but de diversifier les productions, donc les sources de revenu et, éventuellement, de faire face à une éventuelle baisse des cours internationaux pour certaines d’entre-elles.

À coté de la ferme proprement dite, une vaste habitation de construction récente est le signe de cette réussite professionnelle.

Ferme dans le Vermandois


Ferme du Vermandois - Ferme du Vermandois Crédits : CRDP d'Amiens

L’immense cour carrée de près de 200 m de côté, pavée de blocs de grès, l’ampleur des bâtiments de brique témoignent de la puissance d’une telle ferme.

Cette infrastructure est un héritage de la fin du siècle dernier où le fonctionnement d’une exploitation de plus de 200 ha exigeait l’énergie de nombreux chevaux, où l’on pratiquait une polyculture associant céréales et animaux.

Les bâtiments d’élevage ont été aménagés : portes agrandies pour permettre le passage des tracteurs et des remorques. Le parc à fumier a été mis aux normes (fond et parois bétonnés pour empêcher l’écoulement du purin).

Le véhicule personnel de l’agriculteur témoigne de la participation de ce type d’exploitant agricole au mode de vie contemporain.

Ferme du Santerre


Ferme du Santerre - Ferme du Santerre Crédits : CRDP d'Amiens

Bouchoir se situe entre Amiens et Roye, au sud-est de la Somme, dans le Santerre, riche région agricole depuis le néolithique.

La maison traditionnelle picarde est peut-être un héritage de cette époque. Très fréquente de la Normandie à la Flandre, la maison longue modulaire pourrait trouver son origine dans la grande maison danubienne dont les vestiges sont si fréquents en Picardie.

Construite en bois et en torchis, parfois en pierre ou en brique, elle est disposée tout en longueur. C’est une maison constituée de plusieurs modules de 2 à 4 m de large et de 5 à 6 m de long qui se juxtaposent à volonté. Le logement initial faisait en général deux travées, mais il pouvait s’agrandir si la famille augmentait.
Certaines maisons accueillaient souvent plusieurs familles.

Elles étaient en général très étroites ne permettant pas l’existence d’un couloir, sauf latéral, le seul du logis qui mettait en relation la cour et le jardin.

Au coeur de la maison, la cheminée parfois double, peu profonde mais très large permet d’accueillir plusieurs personnes. Elle est dépourvue de linteau, les habitants utilisent des tablettes de bois pour poser des objets décoratifs.
Les fermes du Santerre ont un plan typique des fermes picardes : un ensemble de bâtiments disposés autour d’une vaste cour carrée.
Après la guerre de 1914-1918, les fermes, détruites, ont été reconstruites en brique, mais le plan est resté le même.
Les granges sont disposées sur la rue, de part et d’autre d’une grande porte cochère à deux battants. Une ouverture percée à mi-hauteur permet de rentrer le foin depuis l’extérieur.
Les étables, écuries, poulailler, buanderie sont disposés sur les côtés. Au fond s’étend la maison d’habitation, basse, sans étage, à deux chambres.

Ferme de Ribeaufontaine


Ferme à Ribeaufontaine - Ferme à Ribeaufontaine Crédits : CRDP d'Amiens

Si la date de création de la ferme de Ribeaufontaine est inconnue, les documents d’archives prouvent qu’elle existait déjà au milieu du XVIIe siècle.

Complètement détruite par un incendie accidentel en 1731, elle est rebâtie entre les années 1740 (date incomplète portée sur la grange) et la décennie 1780 (date sculptée sur la porte du pigeonnier-porche). Contrairement à d’autres fermes de ce type, elle nous est parvenue presque intacte, à l’exception de la reconstruction de la façade du logis en 1961 et de l’adjonction de hangars indispensables à son fonctionnement actuel.
Cette ferme, édifiée en brique et couverte autrefois en ardoise, adopte un plan à cour fermée, presque régulier, où tous les bâtiments, unis les uns aux autres, délimitent une vaste cour centrale rectangulaire.

Cette cour, accessible par un haut pigeonnier-porche, est bordée d’étables sur deux côtés adjacents, tandis que le troisième est entièrement occupé par une immense grange de 70 m de long.

Au fond de la cour, s’élève le logis qu’accompagnent des bâtiments d’exploitation secondaires.
Plusieurs caractères de cette ferme tranchent sur l’architecture agricole thiérachienne traditionnelle - son implantation isolée au milieu des terres, son plan à cour fermée et ses vastes mesures - et permettent de la rattacher au groupe des fermes d’abbayes, édifiées depuis le Moyen Âge par les ordres religieux sur leurs domaines.

Avant la Révolution cette ferme appartenait à l’abbaye de Prémontré, comme le confirment les armes de l’abbé Jean-Baptiste L’Ecuy sculptées sur le pigeonnier-porche.

Ferme du Laonnois


Ferme du Laonnois - Ferme du Laonnois Crédits : CRDP d'Amiens

L’Aisne est un grand département agricole. Avec 82 hectares en moyenne, ses exploitations ont une surface utile supérieure à la moyenne nationale. Dans le Laonnois cette moyenne monte à 130 hectares.

Le système de production s’y est orienté vers les cultures générales (céréales, betterave et oléo-protéagineux) pour lesquelles le département figure dans les premières places nationales.
Cette spécialisation régionale est visible sur la photo de cette ferme. Ici ni stabulations, ni salles de traite, ni prairies herbagères mais uniquement la production végétale.

Face au logis des agriculteurs, une maison de maître, les bâtiments d’exploitation les plus anciens, des granges en pierres de taille bâtis autour d’une cour carrée avec, au centre, un pigeonnier.

En cercles concentriques, des hangars aux toits de tôle donnent à ces lieux un caractère industriel. Mécanisation oblige. Il faut bien les loger ces moissonneuses batteuses, charrues à multiples socs et autres remorques. On aperçoit deux de ces engins – 25 tonnes de P.T.A.C., deux ponts – garés devant un des bâtiments d’exploitation.
La rentabilité est le maître-mot dans cette vaste exploitation. Les parcelles aérées qui l’entourent et le paysage d’openfield en témoignent.

Les occupants n’en ont pas pour autant délaissé l’habitabilité. Une pelouse d’agrément - de modestes dimensions, il est vrai – rappelle l’existence des loisirs de plein air à la campagne.

La ferme est protégée des vents dominants par des haies qui en jalonnent l’un des flancs. L’entrée des lieux arrive au terme d’une voie rectiligne que bordent des arbustes taillés à mi hauteur.

Grosse ferme du Laonnois


Ferme du Laonnois - Ferme du Laonnois Crédits : CRDP d'Amiens

Grosse ferme isolée à la limite du Laonnois et du Soissonnais, vue aérienne (02)
Bâtiment imposants en pierres, couverts de tuiles, disposés autour d’une cour fermée. Extensions puissantes : hangars pour la stabulation du bétail, silos de stockage des aliments pour les animaux. A l’écart : habitations du personnel. Vastes parcelles. Contraste entre le paysage rural du Soissonnais (premier plan) et du Laonnois (arrière-plan séparés par une vallée plantée de peupliers. 

Ferme et openfield près de Noyon


Ferme et openfield près de Noyon - Ferme et openfield près de Noyon Crédits : CRDP d'Amiens

La vue montre la platitude du relief et le paysage rural d’openfield où coexistent d’immenses parcelles de plusieurs hectares et de petites, en lames de parquet. Le vert sombre du blé semé avant l’hiver contraste avec les terres de couleur beige qui vont porter les semis tardifs de printemps (légumes pour les conserveries voisines).

La ferme présente un plan rectangulaire avec une vaste cour fermée au milieu de laquelle l’ancien parc à fumier a été remplacé par un espace engazonné. Face à nous se dresse la maison d’habitation à étage, bâtie en briques. Perpendiculairement s’allongent les anciennes écuries, étables, bergeries et remises en partie réutilisées pour le stockage des grains et du petit matériel. Face à l’habitation s’élève un immense bâtiment qui abrite les puissantes machines nécessaires à cette grande exploitation de 250 ha. À l’extérieur de la cour, sur le côté gauche, pour s’affranchir des contraintes posées par les bâtiments anciens inadaptés aux techniques modernes, deux nouveaux hangars accueillent des ateliers d’élevage bovin en stabulation.

Ferme moderne près de Noyon


Une ferme « moderne » en Picardie - Une ferme moderne en Picardie Crédits : CRDP d'Amiens

L’agriculteur, récemment installé, s’est totalement affranchi des contraintes imposées par d’anciens bâtiments d’exploitation mal commodes car bâtis à une autre époque et pour d’autres techniques de production.

Cette exploitation céréalière se contente de quelques hangars pour abriter les machines, l’atelier, les stocks de semences, d’engrais, de produits phytosanitaires.

La maison d’habitation, à distance, neuve, pimpante, apparaît comme un pavillon classique avec sa pelouse entourée d’une haie de conifères et ne traduit nullement la profession de celui qui l’habite.

Ferme à proximité de Saint-Quentin


Ferme près de Sain-Quentin - Une ferme près de Sain-Quentin Crédits : CRDP d'Amiens

Le village juxtapose sans ordre apparent ses maisons de briques qui laissent entre elles beaucoup d’espace. L’altération chimique de la craie, soubassement de cette région, a permis la formation d’un dépôt superficiel d’argile à silex, matière propice à la fabrication de la brique, le matériau régional.

Au centre : une puissante ferme autour de son immense cour fermée dont la taille est proportionnelle au nombre d’attelages et de machines qui jadis y manoeuvraient.

L’espace engazonné remplace l’ancien parc à fumier, sa surface exprime le nombre d’animaux d’alors (une trentaine de chevaux, une centaine de bovins, plusieurs centaines de moutons... contre zéro aujourd’hui).

Les vastes bâtiments qui entourent la cour servaient jadis à loger bêtes, matériel et récoltes. Ils sont inadaptés aux méthodes modernes de culture.

L’agriculteur a préféré construire (à droite) un hangar où il stocke ses machines. La ferme située en haut à gauche montre des faits voisins : création d’un hangar à machines au fond de la cour, d’un autre hangar en arrière abritant des bovins en stabulation.

Outre ces grosses fermes, les villages picards sont constitués principalement d’anciennes maisons rurales rénovées : maisons de petits exploitants agricoles qui ont quitté la terre (en Picardie le nombre d’exploitations est tombé de 50000 à 20000 en 40 ans !) et de pavillons récemment construits, habités par des personnes qui travaillent dans la grande ville voisine.

Ferme soissonnaise


Ferme près de Soissons - Ferme près de Soissons Crédits : CRDP d'Amiens

Situé entre Villers-Cotterêts et Compiègne, le village de Taillefontaine offre de multiples exemples d’édifices d’architecture dite « soissonnaise » parmi lesquels figure cette ferme massive, édifiée dans la première moitié du XVIIe siècle, mais dont les bâtiments agricoles adjacents sont postérieurs. Le logis principal est en pierre de taille et moellons de calcaire.

Le toit à deux pans est recouvert de tuiles plates. Le pignon découvert à redents est le signe le plus caractéristique de ce type de constructions. L’ensemble a fait l’objet d’une restauration récente.

Bâtiments agricoles dans la cour fermée d’une grande ferme du Valois à Rully


Ferme à Rully - Ferme à Rully Crédits : CRDP d'Amiens

Thiérache : puissante ferme abandonnée près de Malzy


Ferme abandonnée près de Malzy - Ferme abandonnée près de Malzy Crédits : CRDP d'Amiens

Avec le XIXe siècle, les structures agraires qui s’étaient lentement fixées au cours des siècles dans la région de la Thiérache sont bouleversées. Traditionnellement, dominent en effet l’élevage, la petite exploitation et le paysage de bocage. Ce modèle économique, social et écologique s’est partout imposé dans le Nord du département de l’Aisne. Puis la spécialisation se met progressivement en place.

Entre 1800 et 1840, l’embouche ou l’engraissement des bovins pour la viande se généralise, des grandes aux petites exploitations, ces dernières abandonnant la polyculture. Les plantes fourragères sont de plus en plus cultivées.

Ces productions se développent avec l’apparition plus au Sud, dans l’Oise et l’Aisne, de grands centres industriel et donc l’augmentation de la demande dans ces marchés urbains en expansion.
Le lait petit à petit supplante la viande et les herbages sont replantés. La morphologie des fermes évolue.

Celles-ci s’agrandissent, tandis que sont construits de nouveaux bâtiments d’exploitation, les laiteries, dans le dernier tiers du siècle. C’est l’âge d‘or des campagnes de la Thiérache et peut être de la construction de cette puissante ferme près de Malzy, dans le canton de Guise.

Ce bâtiment de briques rouges, couvert d’ardoises, des matériaux typiques de la région, est bâti sur fond de la vallée de l’Oise, le plateau se laissant deviner au second plan.
Dans la seconde moitié du XIXe siècle déjà, la population de l’ouest de la région se réduit. Le mouvement continue dans l’entre-deux-guerres, pour s’amplifier dans les années 1960 à 1970, au rythme des trois grandes crises économiques de l’époque contemporaine.

On parle alors de déprise rurale et d’exode, avant que ne vienne plus récemment la crise des vocations chez les agriculteurs-éleveurs.

À Malzy, la grande ferme est aujourd’hui abandonnée.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Boulnois Alain ; Désiré Emmanuel (CRDP d’Amiens) ; Sahaguian Franck ; Riboulleau Christiane ; Plouvier, Martine

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