Églises reconstruites

Exemples de reconstructions d’après guerre

Longtemps ignorée par les historiens, la période de la reconstruction, qui suit la Première Guerre mondiale, fait aujourd’hui l’objet de leur attention. Les bâtiments, reconstruits dans l’urgence et l’économie sont la plupart du temps sans intérêt architectural...à part quelques exceptions, surtout parmi les églises.


Eglise de Chamouilles - Église de Chamouilles Crédits : CRDP d'Amiens

Les historiens redécouvrent, après les premiers touristes arpentant les sites, munis de leur guide Michelin, les ruines de ces régions du Nord dévastées par les bombardements des armées en lutte.

Au total, 381 communes sont déclarées sinistrées par les combats et bombardements de la Première Guerre mondiale.

On estime à un million le nombre d’édifices détruits pendant la Première Guerre mondiale. La seule Picardie détient un triste record, celui de plus du quart des démolitions.

Parmi les 270 000 à 280 000 immeubles détruits ou gravement endommagés, on dénombre 700 à 800 églises : 300 dans l’Aisne, 300 dans la Somme, plus d’une centaine dans l’Oise.

Les villages, reconstruits tardivement, ont vu leurs maisons relevées, en briques ou en pierres de pays - c’est selon - avec l’absence d’originalité et de caractère imposée par l’urgence et l’économie. D’où la monotonie des paysages et l’absence d’intérêt architectural ou artistique des bâtiments reconstruits.

De ci delà, émergent quelques lieux remarquables, mairies ou églises notamment, élevées en fonction du style dominant dans ces années 1920-1930, l’Art déco. 

Avec le retour des réfugiés, des chapelles provisoires s’élèvent dans la région du Santerre et ailleurs afin de permettre l’organisation du culte pour les populations croyantes. 

Dans le cas des églises, les populations se sont associées au sein de coopératives de reconstruction et ont cotisé pour la reconstruction de leur bâtiment de culte...Loi de la séparation des églises et de l’état de 1905 oblige.

La coopérative diocésaine de reconstruction est fondée au mois de décembre 1921. Son œuvre est immense. En 1930, 211 monuments ont été reconstruits, une cinquantaine d’autres quasiment-achevés. Depuis la collecte des fonds, le choix de l’architecte, la validation des plans et la maîtrise d’œuvre des travaux, cet organisme associatif contrôle toutes les étapes de la ré-élévation des bâtiments du culte.

Pour les édifices religieux reconstruits plus lentement, des constructions provisoires furent parfois bâties en attendant des financements et surtout parce qu’il fallait parer au plus pressé (églises provisoires à Roye, Albert, à Arvillers). La primeur fut accordée à la reconstitution du patrimoine économique et des bâtiments publics et civils.
Toutes les églises ne furent pas reconstruites à l’identique ou dans un parti innovant.

Certaines d’entre-elles sont classées « monument historique », comme l’église de Roye dans le département de la Somme.

D’autres attendent encore le coup de pouce venant des institutions de la République pour une mise en valeur.

Somme

L’église de Roye


Eglise de Roye - Église de Roye Crédits : CRDP d'Amiens

L’église de Roye est rebâtie selon un parti mixte, de restauration pour le choeur et de reconstruction pour la nef et le clocher. L’architecte Moreau a conservé le choeur ; Duval et Gonse ont donné, en 1924, les plans de la nef dont les travaux se sont étendus de 1928 à 1932.

Le coût s’est élevé de 6 à 7 millions de francs. Le modèle retenu pour Roye était celui de Notre-Dame de Consolation du Raincy élevée par Auguste Perret, modèle qui a également servi pour l’église de Moreuil.

Plan, forme, structure, résolument contemporains, empruntent la modernité de leur vocabulaire architectonique au béton, un matériau économique.

Le décor intérieur particulièrement soigné mérite qu’on y prête attention : les céramiques sont de Maurice Dhomme, les ferronneries de Subes et les vitraux de Hébert-Stevens. 

L’église de Lamotte-Warfusée


Eglise de Lamotte-Warfusée - Lamotte-Warfusée, église Crédits : CRDP d'Amiens

Dès 1923, un plan de la future élévation de l’église de Lamotte-Warfusée est élaboré. Les travaux ne commenceront qu’en 1929 et seront achevés en 1931.

Comme beaucoup d’autres, l’église de Lamotte-Warfusée se distingue ainsi de part le style adopté par l’architecte parisien Godefroy Teisseire.

La structure en béton armé est revêtue de brique avec des pignons à redents dans la tradition picarde ; la flèche ajourée est en béton armé.


Flèche de l’église de Lamotte-Warfusée - Lamotte-Warfusée, église Crédits : CRDP d'Amiens

Le Christ orne sa façade.


Façade de l’église de Lamotte-Warfusée - Lamotte-Warfusée, église Crédits : CRDP d'Amiens

La décoration intérieure est réalisée dans des tons bruns et ocres par le fresquiste italien Dominique Aldighieri.

Les vitraux sont de Jacques Gruber.

Elle a été protégée au titre des Monuments historiques lors d’une campagne régionale sur les églises de la Reconstruction.


Eglise de Lamotte-Warfusée - Lamotte-Warfusée, église Crédits : CRDP d'Amiens

L’église de Moreuil


Eglise de Moreuil - Moreuil, église Crédits : CRDP d'Amiens

L’église de Moreuil dans la Somme, construite au Moyen Âge, reconstruite dans la seconde moitié du XVIe siècle, détruite en 1636 par les Espagnols, reconstruite en 1874, fut très endommagée en 1918.

Lors de la reconstruction, les deux architectes mandatés par la commune, Charles Duval et Emmanuel Gonse conseillent de reconstruire à neuf la façade du bâtiment et son clocher.

En 1931, les travaux sont enfin achevés.

Plutôt que de reconstruire l’ancienne partie de l’édifice à l’identique, d’adjoindre à la nef et au chœur une construction nouvelle, dans le même style néo-gothique, Duval et Gonse font le choix de l’architecture Art nouveau.

La brique est employée comme matériau de remplissage, des contreforts sont aménagés sur les cotés du nouvel ensemble architectural surmonté de flèches.

Église Notre-Dame de Moyenpont à Marquais-Hamelet


Eglise de Marquais-Hamelais - Marquais-Hamelet, Notre Dame de Moyenpont Crédits : CRDP d'Amiens

Depuis le début du XVIIe siècle, la chapelle Notre Dame de Moyenpont, à Marquais-Hamelet près de Roisel est un lieu de culte très fréquenté par les populations des environs.
Détruite pendant la Première Guerre mondiale, en 1917, elle doit son salut au mécénat de la Baronne Perthuis de Laillevault.

Le « sociétés coopératives de reconstruction » organisent les travaux de réhabilitation des églises de village, grâce aux dons des paroissiens mais les petits monuments (croix de chemin, oratoires et chapelles), liés aux dévotions traditionnelles, restent délaissés.

Utilisant sa fortune personnelle, la baronne entreprend de relever la chapelle Notre Dame de Moyenpont à l’identique, en 1925.

Le monument est béni le 13 mai 1926 par monseigneur Lecomte, évêque d’Amiens.

La haute façade de style néoclassique, surmontée par un clocher, est construite en pierres et le corps du bâtiment en briques.
Fresque de l’église de Marquais-Hamelet - Marquais-Hamelet, Notre Dame de Moyenpont Crédits : CRDP d'Amiens

À l’intérieur des fresques représentent la vie des Poilus.

Un autel de marbre blanc est orné d’une statue de la Vierge à l’enfant enveloppée dans un manteau cousu de fils d’or.

Le vitrail de l’église de Domart-sur-la-Luce


Vitrail de l’église de Domart-sur-la-Luce - Le vitrail de l'église de Domart-su-la-Luce Crédits : CRDP d'Amiens

Redécouvert et célébré par l’Art nouveau autant que par l’Art déco, le vitrail va servir de support à la commémoration religieuse de la Première Guerre mondiale. Les récents travaux de l’historien J.-P. Blin permettent de mieux en saisir l’importance.
Ce vitrail figure dans l’église de Domart-sur-la-Luce, petit village de la Somme, situé à une quinzaine de kilomètres à l’est d’Amiens.

Il est l’oeuvre du maître verrier beauvaisien René Houille qui, au lendemain de la Première Guerre mondiale, signa plusieurs réalisations de la même veine.

Celle-ci figure la Passion d’un soldat français agonisant dans les bras du Christ venu le consoler. La mort, la souffrance sont sublimées, idéalisées. Seul ici compte le sacrifice du soldat, auquel l’inscription du dessus confère un caractère divin « Seigneur, j’ai combattu le bon combat » peut-on lire entre le portrait en médaillon d’un autre soldat. En arrière-plan, on aperçoit la cathédrale de Reims en proie aux flammes.

J.-P. Blin souligne le décalage flagrant entre ce que fut la réalité quotidienne des soldats et l’interprétation postérieure figurant sur un vitrail comme celui-ci. D’autres thèmes ou personnages interviennent en d’autres endroits : la Sainte Vierge, Jeanne d’Arc, saint Louis ou bien encore Clovis, lors de sa victoire contre les Alamans à Tolbiac.

Outre René Houille, d’autres grands maîtres verriers s’initièrent à cette forme originale de commémoration religieuse : Maurice Denis, Georges Desvallières, Charles Champigneulle, Jacques Gruber ou Paul Louzier.

Si l’on fait abstraction du thème de la Résurrection, du recours au Christ ou à la Vierge, ce type d’approche commémorative n’est guère éloigné de celle de la République qui, elle aussi invite au souvenir et valorise le sacrifice des soldats. La présence, sur certains vitraux, de la cocarde ou du drapeau tricolore montre que l’attachement des catholiques à la France est grand et que la guerre a scellé la réconciliation entre tous les Français.

Aisne

L’église de Chamouilles


Eglise de Chamouilles - Église de Chamouilles Crédits : CRDP d'Amiens

Chamouilles, dans l’Aisne, possède une belle et grande église, construite entre 1928 et 1933, un des plus beaux exemples d’architecture et d’ornementation Art déco.

Ce village, du canton de Craonne, d’abord situé à l’arrière du front et occupé par l’ennemi, voit les combats se rapprocher, après le repli allemand sur l’Ailette au mois de novembre 1917...

C’est sur cette commune qu’est implanté Center Parcs.

L’église d’Estrées-Deniecourt


Eglise d’Estrées-Deniecourt - L'église d'Estrées-Deniecourt Crédits : CRDP d'Amiens

Ancien combattant lui-même, l’historien Jacques Meyer raconte l’attaque du village d’Estrées-Deniecourt par le 329e régiment d’Infanterie, au mois de juillet 1916 : « Notre bombardement, qui avait cessé depuis hier à 3 heures, se déchaîne à nouveau sur les lisières du village et fait penser à l’écrasement d’une gigantesque boîte de pastels. Les éclatements des gros 155 et 220 soulèvent des tourbillons noirs, gris de cendre, bruns rougeâtres, roses surtout à cause des briques dont les maisons sont faites … Maintenant, tout le village s’offre à nous d’un seul coup d’œil : c’est un Pompéi, où les briques, les ardoises, les tuiles et les fragments de poutres remplacent la lave et les scories. Le sol, jonché de débris, est surélevé à hauteur des fenêtres ; des toits effondrés se continuent directement dans la rue ».

L’église est détruite.
Comme dans la plupart des villages de l’est de la Somme, l’église d’Estrées-Deniecourt sera relevée une dizaine d’années après la fin du conflit.

L’église de Roupy


Eglise de Roupy - Église de Roupy dans l'Aisne Crédits : CRDP d'Amiens

Roupy est un petit village au Nord-Est du département de l’Aisne. Cette région du Vermandois, autour de Saint-Quentin, est fortement touchée par les combats de la Première Guerre mondiale.

Placé à l’arrière du front, au cours de la bataille de la Somme, du mois de juillet au mois de septembre 1916, Roupy cependant est situé sur la ligne Hindenburg, un système de fortifications et de défenses. Un blockhaus, particulièrement impressionnant, est construit sur le territoire de la commune. Après le repli des armées allemandes, le 16 mars 1917, celle-ci est bientôt ravagée par les combats. « Un nouvel exemple du vandalisme allemand », titre le journal L’Illustration , en décrivant les destructions que connaît le village picard.
Après avoir longtemps vécu dans des baraquements en bois, « provisoires », les habitants de Roupy voient la reconstruction de leur village commencer en 1920, la procédure de « Dommages de guerre » aboutissant.

Les travaux de la nouvelle église, suivant les plans des architectes Charavel, Melendès et Esnault, sont entamés en 1922. Celle-ci, en forme de T, est élevée essentiellement en briques. Un vaste porche, doté d’une solide colonnade de béton, en marque l’entrée. Mais l’originalité de l’édifice repose essentiellement sur son clocher en béton.


Flèche de l’église de Roupy - Église de Roupy dans l'Aisne Crédits : CRDP d'Amiens

Celui-ci, ainsi que la flèche qui le surmonte, est marqué par les lignes verticales et les cercles qui le dessinent.

Quatre anges, placés aux quatre angles d’une balustrade ajourée, semblent bénir le village de Roupy et ses habitations. Ces sculptures sont l’œuvre de Raoul Josset, élève d’Antoine Bourdelle.


Eglise de Roupy - Église de Roupy dans l'Aisne Crédits : CRDP d'Amiens  

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Plouvier, Martine ; Sahaguian Franck

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