Églises fortifiées de la Thiérache

XVe et XVIe siècles

Érigées pour la plupart aux XVIe et XVIIe siècles, les églises fortifiées de Thiérache sont le fruit d’une architecture pensée sous la double contrainte du religieux et de la guerre, oeuvre « d’un peuple acharné à ne pas mourir ».


Eglise fortifiée de Burelles - L'église fortifiée Saint-Martin de Burelles

Érigées pour la plupart aux XVIe et XVIIe siècles, les quelques soixante-et-onze églises fortifiées que compte aujourd’hui la Thiérache composent un ensemble patrimonial unique, fruit d’une architecture pensée progressivement sous la double contrainte de l’édification religieuse et de la défense militaire. Véritables documents de pierre, oeuvres « d’un peuple acharné à ne pas mourir » ( Marc Blancpain ), ces églises restituent, dans leur épaisseur même, la mémoire d’un territoire violenté qui a vu se succéder des conflits dévastateurs.

En milieu rural où les habitations en pan de bois et torchis offraient une résistance dérisoire, seule l’église édifiée en maçonnerie possédait assez d’étendue et de solidité pour recueillir la communauté villageoise menacée.
On peut distinguer deux formes de défense : la première, la plus spectaculaire, consiste en un donjon de brique et pierre rajoutée à l’espace liturgique. La seconde, l’église, percée de meurtrières, cantonnée de tours ou d’échauguettes, est conçue comme un système défensif à part entière. 

Terre de passages, d’églises et d’invasions

L’histoire de la Thiérache, depuis le Haut Moyen Âge et jusqu’à la fin de la Renaissance, pourrait pour partie se confondre avec l’histoire des invasions dont elle fut le théâtre. En raison de sa situation géographique (au nord-est de l’actuel département de l’Aisne), elle fit d’abord office de frontière stratégique lors des guerres mérovingiennes qui opposèrent, au VIe et VIIe siècles principalement, les deux royaumes de Neustrie et d’Austrasie.

Pillée puis en partie dévastée pendant les invasions normandes de la seconde moitié du IXe siècle, la Thiérache fut à nouveau la victime collatérale du déchirement de l’empire carolingien au Xe siècle.

Durant toute la guerre de Cent ans, et après trois siècles de prospérité et de paix relative, Anglais et Bourguignons n’eurent de cesse de ravager abbayes et églises paroissiales, laissant la population à ses propres conditions de survivance, la famine s’ajoutant à la misère et à la peste.

Depuis 843 et le traité de Verdun qui partage l’empire de Charlemagne, jusqu’en 1659 et le traité des Pyrénées qui entame l’installation de la monarchie absolue, la Thiérache demeure la frontière historique fondamentale entre la France et le Hainaut, soit le point de passage obligé sur la route d’invasion qui ouvre la voie vers Paris, entre Sambre et Meuse.

Cette trame guerrière de l’histoire de la Thiérache doit être doublée d’un fil qui lie malgré tout autrement le territoire thiérachien à son identité. Si la Thiérache est de longue date une terre de batailles et d’invasions, elle est également une terre de foi et d’églises.

Il faut probablement remonter au VIIe siècle pour retrouver, à travers les missions irlandaises menées par Saint-Adalgis autour de l’actuel canton de Vervins, les premières traces de l’évangélisation de la Thiérache. Mais c’est sans doute au XIIe siècle que l’élan monastique prend son essor le plus décisif, après la décision de l’évêque Barthélémy d’installer les ordres Cisterciens, Chartreux et Prémontrés en bordure de la voie romaine Reims-Bavay. Des communautés de moines défricheurs s’installent alors à Boheries, Bucilly, Clairfontaine, Fesmy, Foigny, Saint-Michel, Thenailles ou Val-Saint-Pierre. De cette seconde période d’évangélisation (XIIe-XIIIe siècles), considérée comme l’âge d’or des abbayes thiérachiennes, datent la plupart des soubassements des églises fortifiées.

Le temps des fortifications

Contrairement à une idée tenace, les fortifications des églises de Thiérache n’ont sans doute pas commencé pendant la guerre de Cent ans. S’il semble attesté que l’église de Chaourse fut bien fortifiée en l’an 1370, il s’agit probablement là d’un cas isolé, relatif à la décision du roi Charles V d’assurer la protection du village comme dépendance de l’Abbaye Royale de Saint-Denis, dont il était le suzerain.

Les fortifications ont plus vraisemblablement commencé au XVIe siècle et se sont encore prolongées sur tout le XVIIe. Dans son ouvrage de référence sur la question, Jean-Paul Meuret a proposé de subdiviser en cinq phases chronologiques ce vaste mouvement de fortifications, étalé sur plus d’un siècle et demi : la pertinence de son découpage nous permet aujourd’hui d’appréhender les origines, les conditions et les ressorts d’une entreprise qui a vu des communautés rurales d’habitants s’employer à fortifier leurs églises pour se protéger, se défendre et survivre.

1521-1559. La période est marquée par les guerres ouvertes entre l’empereur Charles Quint et le roi François Ier , auquel succède son fils Henri II en 1547.

Le passage des armées en Thiérache, les « courses » en campagne des partis adverses et les assauts des troupes de garnison stationnées dans les places fortes déciment la population rurale. Pillages, incendies et dévastations des biens immobiliers (fermes, censes, églises, domaines, petites maisons...) sont les conséquences courantes des affrontements qui opposent sur la frontière du Hainaut la Maison de France et la Maison d’Autriche.


Eglise fortifiée Notre-Dame, la Bouteille - L'église fortifiée Notre-Dame de La Bouteille

Sur le modèle des places fortes que représentent alors Guise, La Capelle ou Le Catelet, la population, aidée çà et là financièrement du clergé ou des seigneurs laïques, s’ingénie à construire à partir d’églises ou de bâtiments communaux préexistants de véritables refuges fortifiés.

De cette période datent notamment les églises fortifiées de La Bouteille et de Montcornet (1546-1547). Son choeur, son transept et sa nef, en pierre blanche, sont de style ogival et datent du XIIIe siècle.

La fortification résulte de deux campagnes de travaux : la première vers 1550 mettant en place un donjon de pierre à partir des contreforts de la façade, puis après une destruction partielle (incendie en 1574), la partie supérieure de ce fort est rebâti en brique et pierre au début du XVIIe siècle tandis que des échauguettes de brique sont installées aux extrémités du chevet et des bras du transept.

Le fort de l’église est l’un des plus remarquables de Thiérache par sa parfaite symétrie et son décor en bas relief, caractéristique de la Première Renaissance.


Eglise fortifiée Saint-Martin, Montcornet - L'église fortifiée Saint-Martin de Montcornet

1559-1598. Suite à la paix du Cateau-Cambrésis (1559), la seconde moitié du XVIe siècle est largement traversée par les guerres civiles et religieuses nées des aspirations de la Réforme. Les affrontements entre ligueurs et calvinistes se multiplient dans les campagnes à partir de 1570, les troupes des deux partis occupant villes et châteaux, la soldatesque sacrifiant à ses habituels exercices de pillages, de rançonnages et de représailles.

Aussi les travaux de fortifications d’églises s’intensifient-ils dans le dernier quart du XVIe siècle : à Agnicourt-et-Séchelles, Esquéhéries, Sorbais, Landouzy-la-Cour, Englancourt, Behaines, les villageois transforment l’église en lieu de sûreté.


Eglise fortifiée d’Englancourt - L'église fortifiée d'Englancourt (02) Crédits : Patrick Clenet (Creative Commons)

1598-1635. La politique de pacification du royaume que conduit la fin du règne d’Henri IV est propice aux réparations.

En 1607, l’archidiacre de Thiérache Nicolas Desains apporte au bailliage de Vermandois un état des églises saccagées « afin d’aviser à leur rétablissement ».

Une campagne de travaux est menée dans la région, dont les traces nous sont restées à Landouzy-la-Ville (1600), La Bouteille (1601), Origny-en-Thiérache (1607) ou Montcornet (1609-1612).

Cette période de calme et de restauration laisse rapidement place à une période de constructions nouvelles, mue par la nécessité de se protéger des coursiers espagnols qui continuent de passer la frontière (la fortification de l’église de Hary est lancée en 1619).

Alors qu’au début des années 1630 le cardinal de Richelieu prépare de nouveau la guerre et fait passer en revue les habitants en état de porter les armes, les paysans thiérachiens remettent en état les églises anciennes et les pourvoient d’un système défensif.

Entre 1631 et 1634 les églises d’Autreppes, Lerzy, Fontaine, Marly et Saint-Algis sont ainsi fortifiées.

1635-1659. La déclaration de guerre à l’Espagne le 19 mai 1635 entame une séquence qui répète le scénario sanglant des guerres de François Ier et de Charles Quint.

La Thiérache est continuellement dévastée par les campagnes militaires, les passages de troupes irrégulières, les invasions espagnoles, les sièges, marches et contre-marches qui font le cycle coutumier des batailles.

La Fronde commencée à Paris en 1648 n’épargne pas les milieux ruraux, où les scènes de désolation se multiplient, identiques : meurtres, réquisitions violentes, incendies des granges et des fermes, destructions partielles ou totales des récoltes, pillages des grains et des bestiaux, vols des chevaux, rançonnages.

L’église apparaît souvent comme le dernier lieu de retranchement pour les paysans pauvres et les habitants laissés à la merci des pillards. Tant bien que mal, des fortifications continuent d’être entreprises : le donjon de Rogny est construit en 1643, la tour-refuge de Cilly montée en 1644.

1659-1715. Le traité des Pyrénées signé en 1659 achève quarante années de guerre avec l’ennemi espagnol. La monarchie absolue, en repoussant les frontières du royaume plus au nord, met provisoirement la Thiérache à l’abri des opérations militaires. Les années 1670-1680 sont l’occasion pour les communautés rurales d’habitants d’entamer des réparations sur un paysage architectural largement mutilé.


Eglise fortifiée Saint-Martin, Laigny - Donjon de l'église fortifiée Saint-Martin de Laigny

Les églises fortifiées d’Esquéhéries (1670), Laigny (1673), Saint-Pierre (1676), Faty (1676), Malzy (1680) et Saint-Algis (1685) sont partiellement restaurées. Il faudra attendre la fin du siècle pour assister aux dernières fortifications des églises de Froidestrées (1696) et Archon (1699), motivées par la perpétuation des « courses » ennemies à travers la campagne.

Composantes architecturales

La singularité des églises fortifiées de la Thiérache repose donc pour une grande part sur l’évolution contrainte de leurs propriétés architecturales, assujetties à l’irruption de nécessités extra-liturgiques (se réfugier, provisionner, se défendre) dans l’espace sacré. Contrairement aux vieilles églises fortifiées du Midi de la France, dont la double destination religieuse et militaire était confiée d’un bloc à des architectes confirmés, les églises fortifiées de Thiérache l’ont été dans le temps, après coup, par les seules Communautés d’Habitants qui en avaient la charge administrative.

Il convient donc chaque fois de distinguer la partie spécifiquement religieuse de l’église (le choeur et la nef), dont l’époque de construction remonte aux XIIe, XIIIe ou XIVe siècles, de la partie défensive des édifices, érigée pour la plupart d’entre eux au XVIe ou au XVIIe siècle.

La plupart des églises thiérachiennes ont des bases du XIIe siècle, vestiges de la seconde évangélisation et des travaux de défrichement qui ont permis l’extension du paysage religieux.


Eglise fortifiée Saint-Médard, Prisces - L'église fortifiée Saint-Médard de Prisces

Bien que rares soient les édifices qui nous sont parvenus munis de leurs choeur et nef d’origine, il est possible, en suivant l’exemple de l’église de Prisces (remarquablement conservée), d’en imaginer malgré tout certaines des composantes. Le choeur et la nef sont construits en pierres blanches, dont la provenance reste aujourd’hui encore difficile à déterminer.

Par opposition aux églises du Laonnois et du Soissonnais, l’ornementation est pauvre et l’enceinte ne comprend ni colonnes, ni chapiteaux. Un bas-côté unique est séparée de la nef par une arcade en tiers-point à Prisces, Hary, Fontaine-lès-Vervins, Laigny, Macquigny, Haution, Voulpaix ou Wimy.

La plupart des autres églises ont subi des modifications de leur partie religieuse lors des campagnes de fortifications menées à la fin du XVIe puis au début du XVIIe siècles.

La partie proprement fortifiée des églises de Thiérache repose quant à elle sur une construction en briques vernissées, cuites au bois et fabriquées le plus souvent sur les lieux mêmes de l’édification.

D’un point de vue strictement architectural, il apparaît possible de distinguer dans les églises thiérachiennes entre deux grandes catégories d’édifices fortifiés : les églises à donjon, d’une part, plus ou moins massifs et étagés selon les sites, et les églises qui en sont dépourvues, d’autre part, mais qui présentent dès lors d’autres éléments de fortification (tourelles, clochers-porche, mâchicoulis, bretèches, meurtrières, échauguettes ou autre).

Inventaire

On recense aujourd’hui quelques 33 églises à donjon en Thiérache picarde. Véritables forts communaux érigés contre l’église, ultimes réduits de la défense, ces donjons carrés comportent au moins un niveau inférieur (servant d’antichambre et assurant le passage du porche à la nef), un ou deux étages habitables munis de cheminées (dont certains laissent un accès aux combles de la nef et du choeur, comme à Prisces), ainsi que des aménagements de défense des accès à l’église (assommoir, escaliers, barricades, bretèches, meurtrières).

Ces donjons sont la plupart du temps suppléés par des postes de défense secondaire (tourelles abritant l’escalier menant aux salles de garde et de refuge, échauguettes) aux angles du transept ou du choeur.

On peut distinguer entre les églises à « gros » donjons :

Aubenton , Beaurain, Burelles , Dohis , Faty, Parfondeval , Plomion , Prisces , Saint-Algis et Wimy

et les églises à « petits » donjons , moins hauts ou plus étroits :

Autreppes , Bosmont-sur-Serre , Cilly, Englancourt , Gronard , Harcigny, Haution, Jeantes , La Hérie , Laigny, Lavaqueresse , Lerzy , Lugny, Macquigny , Malzy , Montcornet , Nampcelles-la-Cour , Noircourt , Origny-en-Thiérache , Rogny , Saint-Gobert, Sorbais et Vigneux-Hocquet ).

Les 38 autres églises fortifiées de Thiérache, dépourvues de donjon , présentent des dispositifs de fortification d’importance variable. Certaines disposent d’une tour-refuge, distincte du donjon en raison du nombre réduit de ses attributs défensifs (c’est le cas à Chatillon-les-Sons, Esquéhéries , Grandrieux , ou dans une moindre mesure à Froidestrées, Houry ou Logny-les-Aubenton ).

Comme dans le cas du donjon, la tour-refuge peut être bordée d’une ou deux tourelles. Certaines ont subi à partir du XVIe siècle un exhaussement du choeur (fortifié ou non), abritant une salle de refuge parfois surmontée d’un clocher ( Any-Martin-Rieux , Berlise, Chaourse , Franqueville, Gercy, Nouvion-et-Catillon, Ohis, Remies, Renneval , Saint-Pierre-lès-Franqueville ).

Mais la plupart des églises sans donjon se reconnaissent d’abord à leurs tourelles circulaires, placées à l’angle ou le long du bâtiment principal, portées par les contreforts ou construites en encorbellement. Abritant l’escalier qui donne accès aux étages, la tourelle est souvent constituée de petites pièces superposées contenant chambres de tir ou postes de guet ( Agnicourt , Archon , Bancigny , Cuiry-lès-Iviers , La Bouteille , La Flamengrie, Marly-Gomont , Monceau-les-Leups, Monceau-sur-Oise, Montloué, Morgny, Rozoy-sur-Serre , Voulpaix). D’autres églises enfin, ne possédant ni donjon, ni tour-refuge, ni tourelle, sont néanmoins fortifiées en cela qu’elles comptent sur leurs murs des éléments d’ouvrage défensif : meurtrières, archères, bretèches, hourds ou mâchicoulis (c’est le cas à Clermont-les-Fermes, Crupilly - où demeure un remarquable assommoir -, Froidmont-Cohartille, Leschelle, Rocquigny, Rouvroy-sur-Serre, Saint-Clément , Tavaux ou Watigny).

L’église comme système de défense

Ces différentes composantes architecturales, imposant à l’église l’évidement partiel ou total de ses fonctions cultuelles, viennent en un sens décrire la réappropriation par les communautés villageoises des possessions cléricales. En mettant la main jusque sur les parties religieuses de l’église pour les fortifier (nef, choeur, transept, clocher), les habitants et paysans thiérachiens convertissent trois fois le bâtiment originel : ils en font un lieu de refuge (où habiter, dormir, cuisiner, provisionner, stocker les grains ou le bétail), le transforment en appareil de défense passive (via contreforts, échauguettes et mâchicoulis), puis en véritable édifice de défense active (meurtrières, bretèches, assommoir).

Chacune des églises fortifiées de la Thiérache mériterait sans doute une analyse précise et détaillée de son système défensif, selon la position géo-stratégique de l’édifice, l’orientation de son donjon ou de ses tourelles, les moyens financiers réunis ou le nombre et la pertinence de ses attributs défensifs. Sans aller jusque-là, il est toutefois possible de recenser certains des appareils de défense utilisés en Thiérache pour augmenter la valeur défensive de l’église et parer au mieux les assauts venus des campagnes.

La plupart des églises ont été percées de meurtrières, dans le but d’offrir au défenseur un poste de tir à couvert. A la base des murailles de la nef, du transept ou du choeur, ces meurtrières, placées à hauteur d’homme, présentent généralement une fente étroite (5 à 10 cm) et haute (20 à 40 cm), élargie à la base pour aider à l’insertion puis à l’orientation de l’arme (arquebuse par exemple). Aux étages du donjon, des tours ou des tourelles, les meurtrières se font plongeantes et permettent de battre les entrées de l’église, l’inclinaison de chaque meurtrière dépendant toutefois de sa mission défensive (lire à ce titre le remarquable article de Jean-Paul Meuret sur le système défensif de l’église de Plomion).

Le guet a pu être amélioré par la construction d’échauguettes (en encorbellement ou au sommet des contreforts) et par la fortification (plus rare) du clocher. Des bretèches ont été installées au sommet de certaines ouvertures - portes ou fenêtres - pour en défendre l’accès par un flanquement vertical. Les églises pourvues de donjon fonctionnent alors comme de véritables forteresses : aménagées sur plusieurs étages en salles fortes et salles de refuge, elles sont souvent flanquées de tourelles d’angle abritant des chambres de tir et autorisant le séjour permanent de quelques sentinelles. La porte principale, probablement bardée de fer et renforcée par un gros madrier, est encore protégée de l’intérieur par l’aménagement d’assommoirs défendant l’accès aux salles de refuge (Plomion, Crupilly).

Le système défensif des églises fortifiées répond en somme aux règles traditionnelles du flanquement tel qu’il était pratiqué au Moyen-Âge, chaque face de l’édifice devant se trouver sous le couvert d’un tir croisé frontal et latéral (à Burelles par exemple, les tourelles flanquent le donjon, le donjon flanque le transept qui, à son tour, flanque le choeur). La persistance de ce modèle militaire en Thiérache - relativement archaïque pour la Renaissance -, nous rappelle l’origine populaire des constructions fortifiées : n’ayant pas eu accès aux techniques renaissantes de fortification et dépourvus du savoir de l’évolution des systèmes défensifs, les maçons et paysans thiérachiens ont probablement imité pour les églises les modèles régionaux hérités de la guerre de Cent ans (places fortes de La Capelle ou Guise, fermes ou maisons seigneuriales fortifiées du XIVe siècle).

Ce « retard » architectural explique sans doute aussi la difficulté qu’ont connu beaucoup d’historiens à dater les travaux de construction, les faisant remonter parfois - à tort - aux XIVe et XVe siècles.

Éléments d’iconographie

Bien que l’ornementation des édifices fortifiés soit particulièrement austère en regard des traditions romane et gothique de Picardie, on peut être frappé par les signes muraux qui décorent malgré tout les parements extérieurs des églises de Thiérache.

Composés à l’aide de briques noires (surcuites et vitrifiées) intégrées par les maçons à l’édifice, ces signes-motifs dispensent un corpus de formes limité, dont les similitudes de conception font exister à l’échelle de la Thiérache renaissante un puissant système iconographique. Losanges - simples ou croisés -, coeurs, chiffres, croix losangées, croix-calvaires, croix de Saint-André ou calices sont ainsi régulièrement incorporés aux fortifications. Pour autant, leurs fonction et signification restent opaques et répondent probablement d’un système de valeurs qui aujourd’hui encore échappe à l’analyse.

Une étude mériterait d’être menée qui prendrait en charge l’interprétation de ces motifs en regard des coutumes professionnelles maçonniques (érection d’un circuit symbolique, signature des bâtiments fortifiés, réflexe apotropaïque) et de l’éventuelle implantation de corporations (maçons, briquetiers, charpentiers) en Thiérache.

La répétition et la régularité de certains motifs sur les églises fortifiées permet en tout cas de supposer qu’un même groupe de maçons ait pu travailler à la fortification de plusieurs églises, validant alors l’hypothèse d’un savoir-faire mobile transporté de commune en commune. Au-delà de l’unité de facture qui caractérise les deux donjons de Prisces et de Hary, c’est encore à la répétition des mêmes motifs iconographiques (coeurs, losanges, croix-calvaires) que l’on pressent par exemple pour ces deux églises (distantes d’à peine 5 km) l’influence du même maître d’oeuvre. Il y a ainsi tout lieu de penser qu’une tradition figurative profane se soit substituée, lors des travaux de fortifications, au système d’ornementation et au répertoire classiques de l’iconographie chrétienne.

Histoire de l’église d’Aubenton


Eglise fortifiée d’Aubenton - Église d'Aubenton Crédits : CRDP d'Amiens

Pour se protéger des envahisseurs, les Picards ont souvent creusé des souterrains dans le sous-sol de leur village, des caches ou muches.

À Aubenton ces galeries, qui couvrent l’ensemble du territoire de l’agglomération, aboutissent à l’église.
Un prieuré est fondé à Aubenton à la fin du XIe siècle, dépendant de l’abbaye voisine de Saint Michel en Thiérache. L’église paroissiale n’est ouverte au culte qu’en 1176.

Les élévations les plus anciennes de l’édifice ne datent que du XIIIe siècle.


Portail gothique de l’église fortifiée d’Aubenton - Église d'Aubenton, portail Crédits : CRDP d'Amiens

Le portail gothique est une des parties remarquables du monument. Surmonté d’un pignon triangulaire et encadré par quatre voussures en tiers points, ce tympan trilobé est orné d’un haut relief. Deux cavaliers fantastiques à têtes humaines se font face et sont surmontés par l’Agneau de Dieu semblant tenir une croix.

Incendiée en 1521 lors de la prise de la ville par le duc de Nassau, l’église d’Aubenton est restaurée peu après, ses habitants fortifiant son clocher.

De nouveau dévasté en 1648, en 1650, le monument est restauré sous le règne de Louis XIV. Le plafond à caissons lambrissés de la nef, installé à l’initiative de Mademoiselle de Guise date de 1685, comme en témoignent les armoiries qui figurent en son centre.

Les XVIIIe et XIXe siècles siècle apportent leurs lots de reconstructions. Ainsi, le chœur, le transept et les bas-côtés datent des années 1883 à 1899.

L’église de Plomion


Eglise fortifiée de Plomion - Église fortifiée de Plomion Crédits : CRDP d'Amiens

Située dans la vallée de la Brune, l’église-forteresse de Plomion qui a conservé des éléments du XIIIe siècle est fortifiée dans son ensemble à la fin du XVIe siècle.

Le bâtiment n’est pas simplement défendu par quelques échauguettes et meurtrières. Il est précédé par un donjon monumental cantonné de deux tourelles percées de meurtrières.

Les grandes salles du donjon (la première avait une cheminée) permettaient d’accueillir toute la population du village. Les habitants pouvaient ainsi résister à un siège.

Église de Vervins


Eglise fortifiée de Vervins

L’histoire de France est aussi une chronique des événements passés qui fondent la mémoire nationale. Si celle-ci a retenu le nom de Vervins, c’est pour l’année 1598 et la paix signée en ces lieux, le 2 mai, entre Français et Espagnols, le Capétien Henri IV et le Habsbourg Philippe II d’Espagne.
C’est également la raison pour laquelle l’église de la ville est dominée par une tour aussi imposante. Le monument en effet est fortifié, et Vervins possède en ses murs une des églises fortifiées de Thiérache, au Nord-Ouest de l’Aisne. 


Ces édifices possèdent certains traits communs. La plupart d’entre-eux en effet surplombent la ville ou le village qui les entourent. La pente est alors une défense naturelle pour le site, celui-ci constituant un point d’observation pour ses habitants des environs de l’agglomération. Dans d’autres cas, l’habitat resserré qui enserre l’église peut constituer une première « enceinte » de défense.

Construites au XVIe siècle, ces églises sont édifiées le plus souvent en briques vernissés, un matériau disponible en abondance dans la région. 
A Vervins, une première chapelle est construite au Moyen Âge, au XIe siècle vraisemblablement, puis, comme souvent en ces temps de croissance démographique, agrandie au XIIIe siècle.

De cette première église médiévale, il ne reste que peu d’éléments d’architecture, les soubassements de l’élévation actuelle. En effet, le monument, comme la ville de Vervins, est incendiée par l’armée espagnole, les « Impériaux », en 1552. Par la suite, ses habitants ont soin de relever leur église Notre-Dame et ces travaux de reconstruction et d’embellissement, de la nef, du chœur et de la tour, dureront jusqu’à la fin du XVIe siècle.

Église de Marly-Gomont


Eglise fortifiée de Marly-Gomont - Égllise fortifiée de Marly-Gomont Crédits : CRDP d'Amiens

Construite sur un site surélevé, l’église de Marly-Gomont était également protégée par des haies plantées, l’entourant en cercles concentriques.
Le curieux panneau humoristique à l’entrée du village est censé attirer les touristes anglais.
Depuis 2006, le village est plus célèbre grâce au rappeur Kamini que grâce à son église.

Kamini, né près de là, a composé une chanson qui narre l’ennui de la jeunesse du village de Marly-Gomont et la difficulté pour une famille issue de l’immigration, le Congo dans son cas, à s’y intégrer.

Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine ; Lehingue, Simon ; Riboulleau Christiane ; Boulnois Alain

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