Églises et chapelles de la Somme

Églises romanes, gothiques et néo-gothiques

Moins renommées que les cathédrales, les églises de la Somme offrent quelques petits bijoux d’architecture romane et gothique...parfois revisitées par des rajouts néogothiques.

L’église de Bourdon


Eglise de Bourdon - Bourdon, église Crédits : CRDP d'Amiens

Les apparences de cette église sont bien trompeuses.

La nef du monument a été achevée en 1825, tandis que la tour-porche que surmonte un clocher coiffé d’une flèche en est la partie la plus ancienne, datée de 1719.

Les bâtisseurs du XIXe siècle ont respecté le style de l’édifice primitif et ont utilisé les mêmes matériaux de construction, à savoir la pierre de taille pour l’élévation des murs, le grès pour celle des soubassements.

On trouve encore, dans la vallée de la Somme, ces solides bâtisses, de facture simple, issues du XVIIIe siècle, intense période de construction des édifices religieux des campagnes.

L’intérêt de cette église réside dans sa partie haute.

Au XVIIe et au XVIIIe siècle, s’est perpétué un type particulier de clocher surmonté d’une flèche de type gothique.

Cet ensemble, que l’on ne rencontre que dans certaines églises de villages de la vallée de la Somme, consiste en une tour carrée et massive à contreforts d’angle le plus souvent, surmontée d’une tour octogonale en pierres d’un plus petit diamètre, ornée de crochets sur les arêtes, de lucarnes et d’autres motifs plus ou moins modernes, mêlés de gothique abâtardi.

Les plus anciennes de ces églises ne manquent pas d’élégance, celle de Fontaine-sur-Somme ou de Coquere ; d’autres sont massives et disgracieuses, les plus récentes en général.

Cette mode du gothique tardif se prolonge jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, à La Chaussée-Tirancourt, à Long, à Franqueville, à Bouchon, etc.

L’église de Coulonvillers


« Village des morts » de Coulonvilliers et sa chapelle Saint-Gervais - Coullonvillers, chapelle Crédits : CRDP d'Amiens

Nombre de cimetières, situés au dehors du village et de l’enceinte de ses habitations, sont occupés en leur centre par une chapelle, dédiée à un Saint.

Ici le « village des morts » de Coulonvillers, dans le département de la Somme dans l’ancien comté de Ponthieu, entre Ailly-le-Haut-Clocher et Abbeville, et sa chapelle Saint Gervais, à flanc de coteau et au bord de la Traverse.

Le plus souvent, il s’agit d’anciens cimetières, localisés au milieu des champs bien avant le mouvement de déplacements du XIXe siècle imposé par les autorités. La chapelle permet de réunir la communauté lors des funérailles pour une bénédiction, après la trajet effectué depuis l’église paroissiale.

Ces enceintes mortuaires ont parfois une histoire singulière.

En 1524 les troupes de Charles Quint, Empereur du Saint Empire Romain Germanique et roi d’Espagne, brûlèrent Coulonvillers ainsi que les campagnes et villages des alentours.

La chapelle Saint-Gervais et son cimetière marqueraient l’emplacement de l’ancien village. Une histoire semblable se raconte à propos de Bovelles, à l’Ouest d’Amiens.

L’église d’Eaucourt sur Somme


Eglise saint-Aubin - Eaucourt-sur-Somme, église Crédits : CRDP d'Amiens

Pourquoi le cimetière et l’église Saint-Aubin du village d’Eaucourt-sur-Somme sont-ils depuis toujours fort éloignés du centre de la commune 


Village d’Eaucourt-sur-Somme - Eaucourt-sur-Somme, église Crédits : CRDP d'Amiens

En 1931, le chanoine Achille Le Sueur apporte un élément de réponse dans le Bulletin trimestriel de la Société d’Emulation d’Abbeville.


Cimetière d’Eaucourt-sur-Somme - Eaucourt-sur-Somme, église Crédits : CRDP d'Amiens

Remarquant que les lieux sur lesquels ils sont implantés sont surélevés d’environ deux mètres par rapport aux terrains avoisinants, que le cimetière lui-même possède une forme circulaire originale et insolite, l’érudit en déduit que les défunts du village sont inhumés sur un ancien tumulus celtique.

Une hypothèse difficile à vérifier, mais qui renforce l’intérêt des historiens pour le village. Ceux-ci ont également remarqué qu’une inscription, datée de 1789, une des plus anciennes du département, protégée par un verre de plexiglas, orne les murs de son église moderne.


Eglise d’Eaucourt-sur-Somme - Eaucourt-sur-Somme, église Crédits : CRDP d'Amiens

Une église de village


Configuration traditionnelle d’un village de la Somme - Église de village dans la Somme Crédits : CRDP d'Amiens

Dans la Somme, 53 églises, soit 1 sur 3 ou 4, datent du XIXe siècle. Ces travaux de reconstruction permettent le plus souvent de recentrer l’édifice au milieu de l’activité économique du village.

En général la place du village regroupe l’ensemble des fonctions publiques (mairie et école communale), des fonctions économiques (commerces et artisanats), des fonctions sociales de vie de la population, autour des puits, de la mare communale...et de l’église.

Il existe des exceptions, ici, l’église, au centre d’un nœud de communications routières qui converge au village, est en quelque sorte devenue un rond-point automobile.

Église Saint-Croix à Caix


Vue aérienne de Caix - Le village de Caix dans la Somme Crédits : CRDP d'Amiens

Caix est une commune du Santerre. Sur le mur du fond du cimetière, alignés, reposent 140 soldats français. À proximité, on peut apercevoir un cimetière britannique et un cimetière allemand.
L’église, au centre du village, demeure debout alors que 90% des églises à l’est d’Amiens ont été détruites pendant les deux guerres mondiales. Elle a été classée monuments historique en 1906.


Eglise Sainte-Croix - Caix-, église Sainte-Croix Crédits : CRDP d'Amiens

Cet édifice gothique présente un exemple de l’influence italienne en Picardie avec son clocher Renaissance de 45 m de haut.

Le portais est orné d’une statue d’Ecce Homo. 

Une église primitive du XIe siècle est remplacée au XIVe siècle par un autre édifice dont demeurent aujourd’hui le choeur et le transept.

La nef, détruite au XVe siècle, est reconstruite au début du XVIe siècle. Le clocher est élevé juste après.

Le plan est simple : une nef à quatre travées, un choeur peu développé avec un chevet à trois pans. Le clocher paraît presque indépendant de l’église. Sa forme carrée, ses angles cantonnés d’échauguettes, ses caractères Renaissance, sa toiture en dôme, sa balustrade au premier niveau tranchent très nettement sur le reste de l’édifice. 

Église Saint-Martin à Harbonnières


Eglise Saint-Martin - Harbonnières, église Saint Martin Crédits : CRDP d'Amiens

Monseigneur de la Motte, évêque d’Amiens du XVIIIe siècle nommait cette église harmonieuse la « petite cathédrale du Santerre ».

Sa nef dépourvue d’éclairage direct.

Elle est fondée en 1104 et relève alors pour moitié du prieuré clunisien de Lihons-en-Santerre et pour l’autre de l’abbaye Saint-Fuscien et du prieuré de Méricourt-sur-Somme.

L’édifice actuel est construit au XVIe siècle grâce à la participation de la famille de Lorraine.

Il connaît plusieurs remaniements au XVIIe siècle. En 1693, la construction du clocher marque la fin des travaux de gros oeuvre. En 1782, la voûte de la nef est ravagée par un violent incendie qui détériore aussi les piles.

En 1840, le clocher doit être allégé.

Son plan est classique avec une nef à cinq travées, un transept peu saillant, un choeur à abside polygonale. De grandes arcades reposent sur des piles très creusées au-dessus desquelles un important mur opaque porte les voûtes de la nef. Cette structure est courante dans le Santerre.

Église Saint-Antoine à Mailly-Mallet


Eglise saint-Antoine - Mailly-Maillet, église Saint- Antoine Crédits : CRDP d'Amiens

La chapelle castrale primitive du XIIe siècle est détruite en même temps que le château par les Bourguignons en 1470.

Isabeau d’Ailly, fille du vidame d’Amiens Jean d’Ailly seigneur de Picquigny, épouse de Jean II seigneur de Mailly, décide sa reconstruction qui s’effectue de 1509 à 1516.


Façade de l’Eglise Saint-Antoine - Mailly-Maillet, église Saint- Antoine Crédits : CRDP d'Amiens

Malgré des destructions importantes en 1636, en 1663, puis 1916 suivies de reconstructions et transformations, l’édifice a conservé sa magnifique façade à décor sculpté, une des plus remarquables de la sculpture religieuse picarde.


Portail de l’église Saint-Antoine - Mailly-Maillet, église Saint- Antoine Crédits : CRDP d'Amiens

Le portail est orné de grandes statues. Il est divisé par un trumeau central en deux baies portant un magnifique Christ de Pitié inspiré sans doute de l’iconographie des Mystères (pièces de théâtre du Moyen Âge qui racontaient la Passion du Christ).


Détail du portail de l’Eglise saint-Antoine - Mailly-Maillet, église Saint- Antoine Crédits : CRDP d'Amiens
Les piédroits portent cinq statues de saints à droite et cinq de saintes à gauche :
Saint Pierre et sa clef, saint Antoine et son cochon, saint Adrien et son heaume d’arme du XIVe siècle. Saint Jean l’évangéliste (déposé), saint Jean-Baptiste, sainte Anne, sainte Marguerite avec pour attribut le dragon, sainte Catherine, sainte Jeanne, sainte Barbe.

Les écoinçons (ouvrages de maçonnerie formant des encoignures) sont ornés de deux petites statues de la Vierge et de l’Archange Gabriel (Annonciation).

En partie supérieure, une grande sculpture représente des scènes de la Genèse : Adam et Ève chassés du Paradis, Adam bêchant la terre, Ève tannant la peau, le meurtre d’Abel par Caïn, la Construction de la tour de Babel. Cette grande scène horizontale, telle une tapisserie, se déploie au-delà de l’espace traditionnellement réservé.

Au-dessus, un grand oculus éclaire la nef. À gauche Isabeau d’Ailly est représentée vêtue à la mode des grandes dames à l’époque de Louis XII, agenouillée, recueillie devant le Christ de Pitié, accompagnée par Élisabeth de Hongrie.

Cet ensemble fut sans doute réalisé par le sculpteur Antoine Morel qui résida à Mailly-Maillet de 1510 à 1523.

Toujours à mailly-Maillet, une chapelle funéraire


Chapelle funéraire - Mailly-Maillet, chapelle Madame Crédits : CRDP d'Amiens

Cette chapelle funéraire en pierre et brique du XVIIIe siècle et son allée plantée, fut érigée par le marquis de Mailly à la mémoire de son épouse.

Dans la crypte reposent Jean III de Mailly, ascendant de Sissi l’Impératrice.


Crypte de la chapelle funéraire - Mailly-Maillet, chapelle Madame Crédits : CRDP d'Amiens

On y voit aussi une statue rappellant l’Ange Pleureur de N.D. d’Amiens. La façade porte le blason des seigneurs de Mailly .

Église Notre-Dame de l’Assomption à Neuville les Corbie


Eglise Notre-Dame de l’Assomption - Neuville-les-corbie, église Notre Dame de l'Assomption Crédits : CRDP d'Amiens

Cette église en pierre calcaire de Vaux-sur-Somme présente l’une des façades les plus remarquables du gothique flamboyant picard.

Protégée par un auvent, elle offre un décor peuplé de personnages expressifs, d’animaux fantastiques, d’enfants. La scène principale figure l’Entrée du Christ à Jérusalem le jour des Rameaux. Le fourmillement et la précision des détails sont caractéristiques de la veine artistique des sculpteurs amiénois de l’époque.

Son plan présente une simple nef à trois travées avec un seul bas-côté au nord. Le choeur comprend deux travées droites et se termine par une abside polygonale à trois pans.

Église Saint-Denis à Paillard


Eglise Saint-Denis - Paillard, église Saint-Denis, vitrail Crédits : CRDP d'Amiens

L’église, du XVIe siècle, possède de grandes fenêtres aux remplages flamboyants.

Les trois vitraux du choeur ont été donnés en 1520 par Raoul de Lannoy et sont attribués au maître verrier Mathieu Bléville. Ils ont été restaurés en 1866-1867 par l’atelier Bazin.

La verrière sud représente divers saints et saintes autour d’une Vierge de pitié : les deux saints visibles sur ce détail sont le patron de l’église, Saint-Denis tenant sa tête dans ses mains, et le pape saint Grégoire le grand, l’un des docteurs de l’Église ; le décor architecturé autour des personnages et l’emploi de la grisaille et du jaune d’argent sont caractéristiques de la Renaissance.

Rue, chapelle du Saint-Esprit


Chapelle du Saint-Esprit - Rue, chapelle du Saint-Esprit Crédits : CRDP d'Amiens

En raison de sa position en bord de mer et surtout grâce à l’afflux des pèlerins depuis le XIIe siècle, Rue était une cité florissante au Moyen Âge.

En 1101, un crucifix miraculeux envoyé de Terre Sainte s’échoue sur ses rivages alors que la barque le transportant ne possédait ni rame, ni voile. Il appartenait à la maison de Nicodème (un des disciples du Christ). Deux autres crucifix, partis en même temps et par les mêmes voies, furent trouvés à Lucques en Toscane et à Dives en Normandie.

La ville devint une étape sur la route de Saint-Jacques de Compostelle.

Le pèlerinage acquit une si grande importance qu’il fallut construire une annexe à la petite église Saint-Wulphy (XIIe siècle) entre 1440 et 1514.

Isabeau du Portugal, troisième femme de Philippe le Bon, duc de Bourgogne lui accorda son attention.

En 1480, Louis XI rachète le Ponthieu et décide l’embellissement de l’édifice qui est complété par un porche d’entrée et deux salles où les pèlerins venaient déposer leurs offrandes.

Les parties les plus anciennes de la chapelle datent du XIVe siècle. La façade nord, composite, reflète les différentes étapes de construction : à gauche, la chapelle longue de trois travées ; au centre, le portail débouchant sur le vestibule ; à droite, la trésorerie à deux niveaux.

Elle illustre le style flamboyant de la Picardie maritime qui recouvre l’ensemble des surfaces de réseaux, de scènes religieuses et de décors végétaux.

Sept scènes illustrant l’histoire du crucifix miraculeux ont été détruites pendant la Révolution. Les frères Duthoit au XIXe siècle les remplacèrent par des scènes relatant les sept douleurs de la Vierge.

Les contreforts sont creusés de niches qui servaient d’abri à de multiples statues de saints et de saintes.

L’intérieur est très richement décoré.

Dans le narthex, une impressionnante clef pendante orne une voûte très élevée ; un réseau de fines colonnettes décore les portes qui donnent accès à l’escalier vers l’étage.

La chapelle, restaurée au XVe siècle, est couverte de voûtes étoilées au réseau complexe de liernes, tiercerons et clefs pendantes. 

La chapelle de Nampty


Chapelle de Notre-Dame des Vertus - Nampty, chapelle Crédits : CRDP d'Amiens

Au Sud d’Amiens, la petite commune de Nampty, dans le canton de Conty, possède un des hauts lieux de pèlerinage de la région picarde.
Chaque année, le 15 août, le parc voisin de la chapelle de Notre-Dame des Vertus est le théâtre d’un rassemblement de croyants qui assistent à une messe en plein air. Celle-ci est dite pour l’occasion et suivie par une procession vers les signes religieux du voisinage.
Une prière du rosaire a lieu premier vendredi de chaque mois.
On trouve trace de cette chapelle dès 1175.
Le monument actuel est d’une construction plus récente du XVIe siècle.
Il est élevé en briques et pierres, un appareillage qui obéit aux traditions locales. Son principal ornement extérieur est le clocher habilement charpenté, construit au XVIIIe siècle.


Chapelle de Notre-Dame des Vertus - Nampty, chapelle Crédits : CRDP d'Amiens

À l’intérieur de l’édifice, le visiteur peut apercevoir nombre d’ex-voto qui tapissent ses murs et sont autant de témoignages de la reconnaissance des dévots.
C’est au XIXe siècle que la chapelle de Nampty acquiert sa notoriété et que ce développe ce pélérinage local.
Le dogme de l’Immaculée Conception, proclamé par le Pape Pie IX en 1854, lance la vogue du culte marial.
La chapelle se voit baptisée du nom de Notre-Dame des Vertus.
Une association née en 1986, Foi et Pèlerinage , en assure aujourd’hui l’entretien, en organise la rénovation extérieure entre 2005 et 2010.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; CRDP Picardie ; Boulnois Alain

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