Echos des tranchées (3)

Chapitre 3

La vie quotidienne sur le front, racontée par les soldats, quelques anecdotes, les nouvelles techniques de combat, la vie à l’arrière ... Les « petites histoires » de la grande Histoire.

L’arbre, témoin de la guerre. Bois mitraillés, destructions, et reboisement.


Forêt de Craonne, reboisement Crédits : CRDP Amiens

Les bois mitraillés… Aujourd’hui encore, des arbres portent toujours des traces de la guerre, avec des fragments métalliques de toutes sortes, enchâssés dans les écorces. Mitraillé, le hêtre dépérit rapidement, le chêne et le frêne cicatrisent !

Après quatre années de combats acharnés, la forêt de Vauclair est ravagée… En 1918, le plateau du Chemin des Dames est classé zone rouge*, et le boisement paraît la seule solution d’avenir. Pins noirs, hêtres, épicéas forment aujourd’hui une forêt domaniale de 1 039 hectares (contre 317 avant 1914) : la surface de la forêt de Vauclair a été multipliée par 3, grâce au boisement de la zone rouge du plateau de Craonne.
* zone rouge : terres agricoles considérées comme irrécupérables après la Grande guerre, destinées à être rachetées par le gouvernement, et, éventuellement, reboisées.

Louis Aragon, écrivain et poète, écrit, sur le Chemin des Dames.


Louis Aragon en 1981 Crédits : Bernardo Le Challoux, Creative commons

« L’artillerie tapait dans le tas... On voyait dans ce qui avait été du barbelé un particulier qui n’avait pas pu se tirer les pieds... Personne ne songeait à aller le repêcher, je vous jure... Enfin, une chienne n’y aurait plus reconnu ses petits... ... Seulement il y avait deux Fridolins blessés... Pas mèche de les dégager, vous saisissez : on avait aussi peur d’un côté que de l’autre... et puis recommencer le bousin pour deux bonhommes... Seulement le soir tombait, et ils ne se décidaient pas à clamser... Ils gueulaient encore... Ça devait leur faire mal quelque part... Une guibolle... Enfin, quoi ! Ils gueulaient... Dans le secteur on ne bougeait plus... chacun le doigt sur la gâchette, terré... Alors, quand ils se remettaient à gueuler, les mitrailleurs à tout hasard envoyaient une volée... Tac tac tac tac tac... et ça ricochait... tac tac... On ne savait plus où se mettre... D’autres répondaient... Ni les Boches ni nous ne savions sur qui on tirait... Avec la nuit ça devenait inte¬nable..  ».

Blaise Cendrars, poète, écrivain et journaliste, fait son baptême du feu dans la Somme, en novembre 1914.


Blaise Cendrars par Modigliani Crédits : Wikicommons

Il écrit : « Me voici les nerfs tendus, les muscles bandés, prêt à bondir dans la réalité. J’ai bravé la torpille, le canon, les mines, le feu, les gaz, les mitrailleuses, toute la machinerie anonyme, démoniaque, systématique, aveugle. Je vais braver l’homme. Mon semblable... Œil pour œil, dent pour dent. À nous deux maintenant. À coups de poing, à coups de couteau. Sans merci. Je saute sur mon antagoniste. Je lui porte un coup terrible. La tête est presque décollée. J’ai tué le Boche. J’étais plus vif et plus rapide que lui. Plus direct. J’ai frappé le premier. J’ai le sens de la réalité, moi, poète. J’ai agi. J’ai tué. Comme celui qui veut vivre. ».

En septembre 1915, il est gravement blessé au bras droit. Amputé au-dessus du coude, il est cité à l’ordre de l’armée, décoré de la médaille militaire, et réformé. Une année lui suffit pour apprendre à écrire de la main gauche… Une année terrible. Picasso disait « Cendrars est revenu de la guerre avec un bras en plus  ».

Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine

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