Duhamel, Georges

Ecrivain, chirurgien de guerre et témoin

Georges Duhamel, écrivain et médecin sur le front, échange une correspondance suivie avec Blanche, sa fiancée.

 

 
Georges Duhamel, Vie des martyrs et autres récits des temps de guerre Crédits : lagrandeguerre.cultureforum.net

 Georges Duhamel (1884-1966) vécut parallèlement et pleinement ses deux vocations de médecin et d’écrivain.

Tout en poursuivant ses études de médecine, Georges Duhamel crée avec ses amis, notamment Jules Romains, un atelier d’écriture, ’l’Abbaye’ : c’est d’abord la poésie qu’il choisit d’explorer. Lorsque la guerre de 14 éclate, Duhamel est médecin depuis quatre ans. Il choisit de s’engager, et exerce, quatre années durant, les fonctions de chirurgien militaire : sur les champs de bataille de Verdun, de Champagne et de Picardie. C’est durant l’été 1916 qu’il opère dans un hôpital militaire temporaire samarien « La cote 80, c’est là ! Vous y verrez plus de blessés que vous n’avez de cheveux sur la tête et couler plus de sang qu’il n’y a d’eau dans le canal. Tout ce qui tombe entre Combles et Bouchavennes rapplique ici. » (Georges Duhamel, Civilisation). La Cote 80 est aujourd’hui un immense cimetière militaire, où reposent français, australiens, britanniques et un canadien (Etinehen, Méricourt sur Somme).

La guerre lui inspire deux oeuvres de fiction, dont ’Civilisation’, prix Goncourt en 1918. Poésie, romans, théâtre, récits de voyages, essais philosophiques, Duhamel ne cessera d’écrire son temps et ses rêves jusqu’à son dernier souffle.

 
Georges Duhamel en 1930 Crédits : Czech Academy of Sciences, Wiki commons

Un témoin précieux ‘mis en scène’ dans « Les moissons de fer », documentaire réalisé en 1991.

La correspondance entre le chirurgien-écrivain Duhamel et sa fiancée Blanche constitue le fil rouge de la seconde partie Des Moissons de fer, le Théâtre des opérations. La première partie, Vert de gris, relate la quête de l’écrivain allemand, Ludwig Harig, sur les traces de son père : défaite de la France, arrivée tout d’abord des « hordes de réfugiés », puis des ‘uhlans’, étranges envahisseurs avec leurs uniformes gris et leurs casques à pointe, rapports complexes entre l’armée d’occupation et les habitants à Péronne, notamment.
La troisième partie, Zone rouge, raconte les ‘années folles’.

 

Le Théâtre des opérations, c’est le quotidien, en un mot « la petite histoire » de la grande histoire, de la première guerre mondiale et de l’immédiat après-guerre. Dans ce récit, l’homme est au centre du travail des auteurs, et non la description des grandes batailles, ni les considérations géo-politiques.

L’arrière .

A partir d’octobre 1914, le front se stabilise à environ 30 kilomètres d’Amiens. Bien que le ravitaillement soit difficile à assurer, pour les commerces et pour les industries, la vie reprend à Amiens, base arrière du front : la population s’installe dans la guerre, et la présence des soldats qui partent au front ou viennent en permission favorise le commerce local. Blanche écrira, dans l’une de ses lettres, « Je découvre Amiens, une ville très animée, avec ses cafés toujours pleins. Les soldats et les infirmières viennent y prendre quelque bon temps  ». Duhamel, lorsqu’il est en permission, décrit le travail des femmes, les munitionnettes, qu’il trouve courageuses, bonnes travailleuses, et « fort délurées ». Il évoque également le centre de fabrication des leurres (sur le site de l’ancienne Ecole des Beaux-Arts, rue des Jacobins) : faux arbres, faux murs, fausses meules de foin, faux canons, faux soldats …

 

Le front.

Dans le chassé-croisé de la correspondance entre Georges et Blanche, le chirurgien Duhamel est le témoin du quotidien sur le front, et des conditions précaires dans lesquelles il doit exercer son métier « Nous tenons la moyenne de 2,3 opérés par heure  » explique-t-il amèrement à sa fiancée… Un soir d’août, il est affecté au triage des blessés : « J’en ai reçu 200 cette nuit ».
Le quotidien sur le front, c’est, comme on l’a bien souvent décrit, la boue, le froid, « I l fait froid, ( nous sommes en juillet…) et je suis habillé comme en hiver  », la camaraderie, mais aussi les rixes devant un tonneau de « gnole » « Ce jour-là, j’ai eu plus de blessés par gnole que par schrapnell  »…
Duhamel décrit aussi les incohérences du commandement : « Ce matin au réveil, j’ai été affecté au triage des blessés, mais le directeur a demandé au médecin chef que je m’occupe de l’organisation des jardins, il veut ‘embellir’ les lieux… Il y tient  ».
Et puis, il y a les visites incongrues des « hauts personnages » : « Chaque jour amène des visiteurs. Ils arrivent d’Amiens dans de somptueuses automobiles … Il y a des politiques, des comédiennes, des millionnaires, des écrivains. Ils jettent quelques mots aux blessés, avant d’accepter d’aller souper à la table des officiers. Ceux qui recherchent des sensations fortes sont parfois admis en salle d’opération… »

 

Les courriers que s’échangent les deux témoins sont illustrés d’images d’archives exceptionnelles, concernant à la fois le front, et l’arrière. Femmes en pause dans la cour de l’usine d’armement, échangeant gaillardement une « chopine », passage en revue et maniement des leurres, images des lieux de fête dans la ville, va et vient incessants des chevaux, montés ou trainant des canons, empilement des blessés et des morts, « ronde des gueules cassées ».

 

La guerre terminée, Georges et Blanche se retrouvèrent, fondèrent une famille avec leurs trois garçons, et vécurent, bien entendu, le second conflit mondial.

 

 

Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine

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