Duché de Guise

Du duché à la coopérative agricole

Du XIIe siècle à nos jours, l’évolution mouvementée de ce vaste domaine s’est souvent confondue avec l’histoire.


Claude 1er de Lorraine Crédits : Thierry Lefébure/Région Picardie

Une branche cadette des comtes de Vermandois détache au XIIe siècle à son bénéfice les seigneuries de Guise, d’Aubenton et de Lesquielles, que la fille de Bouchard de Guise, Adelvie, apporte en dot vers 1170 à Jacques d’Avesnes, seigneur du Nouvion, d’Hirson, de Condé, de Leuze et de Landrecies.

 

Du XIIIe ou XVe siècle

Au XIIIe siècle, les biens d’Avesnes et de Guise passent à la maison de Châtillon. Charles de Châtillon, comte de Blois, devient duc de Bretagne par son mariage avec Jeanne de Penthièvre en 1338. Lorsque sa fille Marie épouse en 1360 Louis de France, duc d’Anjou et frère du roi Charles V, Guise est élevée en comté à son bénéfice. La sœur de Charles, Marie de Châtillon, apporte les seigneuries d’Aubenton, de Rumigny, de Martigny, d’Any et de Watefal au duché de Lorraine. Les seigneuries du Nouvion et d’Hirson, détachées de la terre d’Avesnes, commencent vers cette époque à se confondre avec celle de Guise, dont elles relèvent effectivement en 1443.

Dévastée durant la guerre qui oppose les Bourguignons et les Armagnacs, Guise est attribuée en 1421 à Jean de Luxembourg, issu des Châtillon par les femmes, avant de passer par alliance aux familles d’Anjou puis d’Armagnac.

 

Au XVIe siècle

En 1505, le comté revient à René II, duc de Lorraine, héritier des ducs d’Anjou. Son cinquième fils Claude s’établit en 1512 en France où il reprend les biens de son père (marquisats de Mayenne et d’Elbeuf, comtés d’Aumale et de Guise, baronnie de Joinville et terres de Thiérache) après avoir obtenu les charges de grand veneur et de gouverneur de Champagne et de Brie. Après sa victoire contre les Protestants à la bataille de Saverne en 1525, le roi François Ier érige en 1528 par lettres patentes son domaine de Guise en duché-pairie, comprenant le comté de Guise, la baronnie de Rumigny, les châtellenies du Nouvion, d’Oisy, d’Hirson, de Martigny et de Watefal, et les seigneuries d’Aubenton, d’Any et de Condé. Guise est alors le premier duché-pairie moderne créé hors apanage de prince du sang. Claude Ier entreprend la reconstruction du château de son chef-lieu, qui devient l’une des plus modernes forteresses d’Europe.

Ses successeurs immédiats sont restés fameux pour leur action politique et militaire dans la France de la seconde moitié du XVIe siècle. François Ier de Lorraine, duc et pair de Guise, prince et pair de Joinville, représente le type du prince français de la Renaissance, renommé par les armes (il est surnommé « conservateur de la Patrie ») et les arts (il fait travailler Primatice à Joinville et à Paris).
Henri, dit Le balafré Crédits : Irwin Leullier / Région Picardie

Son fils Henri Ier dit « le Balafré », également comte et pair d’Eu par son mariage avec Catherine de Clèves, devient chef de la Sainte Ligue et l’un des instigateurs des massacres de la Saint-Barthélemy le 24 août 1572, avant d’être assassiné à Blois en 1588 sur ordre de Henri III. Il hérite en 1574 de son oncle Charles, cardinal de Lorraine, la seigneurie de Marchais et de Liesse que les ducs de Guise conservent jusqu’en 1723.

 
Charles de Lorraine Crédits : Thierry Lefébure/Région Picardie

 
Du XVIIe à la Révolution Française

Au XVIIe siècle, les ducs s’intéressent davantage à leur domaine. En 1610, Charles Ier installe des Minimes à Guise et fait construire le « manoir » d’Aubenton. Dernière de sa lignée, Marie de Lorraine, dite Mademoiselle de Guise, duchesse de Guise et de Joyeuse, princesse de Joinville, transfère en 1680 l’hôpital de Guise dans le faubourg de Landrecies, fonde celui de Liesse, et crée à Guise, Aubenton, Hirson, Le Nouvion et Rumigny des écoles pour l’instruction des enfants pauvres. Le plafond lambrissé et peint de l’église d’Aubenton, daté de 1685, porte ses armes.


Henri II de Lorraine Crédits : Thierry Lefébure/Région Picardie

Après une longue et difficile succession, Guise est à nouveau érigée en duché-pairie en 1704 en faveur de Henri Jules de Bourbon, prince de Condé et époux d’Anne, princesse palatine de Bavière, descendante des princes de Lorraine. L’élection de Guise est créée en 1614 par démembrement de celle de Laon, avec les subdélégations de Guise et d’Hirson, et recouvre environ cent paroisses. Le comté de Ribemont étant réuni au duché de Guise depuis 1678 par échange avec le roi, le siège du bailliage royal est transféré en 1766 de Ribemont à Guise.
 

Le duché quant à lui s’étend sur une bonne partie de la haute Thiérache et compte plus de soixante-dix fiefs, trente-cinq paroisses et des dizaines de domaines, fermes et censes. Le bailliage ducal de Guise se décline dans les bailliages d’Aubenton et de Rumigny et la prévôté d’Hirson. Une quarantaine de forêts et de bois, formant jusqu’en 1766 le « bailliage des Bois », sont regroupés en six grueries (Guise, Le Nouvion, Aubenton, Rumigny, Hirson et Saint-Michel) que remplacent en 1779 deux maîtrises des eaux et forêts (Guise et Aubenton) qui gèrent près de 13 000 hectares représentant, avec la centaine d’hectares de prairies et de terres cultivées, un revenu d’un million de livres en 1789.

De la Révolution à nos jours

Louis Joseph de Bourbon ayant émigré dès 1789, ses biens sont séquestrés et en partie aliénés durant la Révolution. Les terres que lui-même puis son fils Louis Henri Joseph, dernier prince de Condé, parviennent à recouvrer sous la Restauration passent en 1830 au neveu et légataire universel de celui-ci, le prince Henri d’Orléans, duc d’Aumale, cinquième fils du roi Louis-Philippe. Le domaine formant l’ancien duché de Guise s’étend encore à cette époque sur plus de 10 000 hectares essentiellement répartis entre les forêts du Nouvion, d’Hirson, d’Aubenton et du Regnaval.

Durant l’exil du prince sous le Second Empire, la société Seillière et Cie acquiert de façon fictive le domaine de Guise dont le siège administratif est transféré au château du Nouvion, édifié entre 1853 et 1856. La forêt de l’Arrouaise est défrichée et mise en culture, et plusieurs fermes modèles sont bâties. Petit-neveu du duc d’Aumale, le prince Jean d’Orléans hérite le domaine en 1897 et relève le titre de duc de Guise qu’il sera le dernier à porter.

Malgré la vente des fermes, du grand et du petit château du Nouvion et de la forêt d’Hirson depuis les années 1970, ses descendants sont toujours propriétaires d’une partie de l’ancien domaine de Guise, au sein de la Société coopérative agricole et forestière du Nouvion qui exploite depuis 1984 les quelque 5 600 hectares des forêts du Nouvion, du Regnaval et d’Hirson, témoignages préservés d’un vaste domaine séculaire qui s’est si souvent confondu avec l’histoire.

Contributeur(s) initial(ux)

Fournis Frédéric ; Service Régional de l’Inventaire

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