Driant, Émile, dit Capitaine Danrit

Écrivain, militaire et politique (1855 - 1916)

Émile Driant, militaire, politique et écrivain, s’attache à la carrière du général Boulanger. Après la chute de ce dernier, il devient un auteur de romans prolixe sous le nom de Capitaine Danrit. Au début de la première guerre mondiale, malgré son âge (59 ans), Emile Driant obtient un commandement .


Emile Driant, dit Capitaine Danrit - Wiki Commons

Né à Neufchâtel-sur-Aisne en 1855, et mort au Bois des Caures en 1916, lors de l’offensive contre Verdun, Émile Driant mena des études de lettres et de droit, puis entra à Saint-Cyr et fit carrière dans l’infanterie. Il fut officier d’ordonnance du général Boulanger en Tunisie puis le suivit lors de sa nomination en tant que ministre de la guerre (1886). Il se retira à la chute de ce dernier, et se consacra, dès lors, à la politique et à la littérature.

Emile Driant devient le capitaine Danrit !


L’aviateur de Pacifique, du capitaine Danrit, publication dans le Journal des voyages - Wiki commons

Pourquoi « capitaine Danrit » ? Il s’agit d’un anagramme de son nom pour échapper à la censure de la hiérarchie...
Le capitaine Danrit s’illustre dans le genre nouveau du roman d’anticipation dont la voie avait été ouverte par Jules Verne, et qui s’alimente des progrès que connaît l’époque (électricité, moteur à explosion, débuts de l’aviation…).

Driant aborde également les thèmes militaires les plus divers, en écrivant près de trente romans en vingt-cinq ans. Le succès est rapidement au rendez-vous.

Ses récits se sont inspirés du modèle vernien du roman d’aventures, mais relu au filtre de l’expansionnisme colonial français. La découverte du monde et de ses merveilles devient l’évocation de richesses à puiser, ou de menaces à circonscrire ; les machines extraordinaires, qui permettaient, chez Verne, de voyager à travers les airs et les mers, sont désormais avant tout des engins de guerre, pour détruire l’adversaire. Dans ses écrits, une vaste place est accordée à l’armée. Il affirme son goût des grands hommes et sa méfiance à l’égard des parlementaires. Ses romans sont le reflet d’une opinion publique obsédée par la menace d’une guerre. .

Son premier livre, La Guerre de forteresse, paraît en 1892, il met en avant la valeur stratégique des forts construits sur la frontière est de la France, forts qui préservent le pays d’une attaque surprise et qui permettent aux armées françaises de se mobiliser et de rejoindre les frontières. Le fort de Liouville qu’il décrit dans son livre connaîtra effectivement le feu en septembre 1914.

Son deuxième roman s’intitule La Guerre en rase campagne, et donne un exemple de mobilisation, de transport des troupes par mer et par voie ferrée.

Son troisième roman, La Guerre en ballon apporte un peu d’apaisement à sa préoccupation majeure qui est la prochaine guerre. Cette trilogie porte un nom générique : La Guerre de demain.

Dans une trilogie romanesque, La Guerre de demain, Driant exalte le service de la France, l’exemple de l’officier, et de la mission à accomplir.

Histoire d’une famille de soldats est une oeuvre plus didactique. Encore une trilogie, qui balaye la période allant de la Révolution à la fin du XIXe siècle. Ces romans sont axés sur l’importance de l’instruction, et soulignent le rôle majeur de la hiérachie militaire, de l’officier dans l’éducation des jeunes.

En 1898, il écrit La guerre fatale, qui se déroule d’abord sur les mers contre la perfide Albion (sans-doute influencé par la grave crise diplomatique franco-anglaise liée à l’affaire de Fachoda et à la Seconde Guerre des Boers), avec le rôle prédominant du sous-marin.

En 1905, très fortement impressionné par la victoire japonaise sur la flotte russe lors de la bataille des îles Tsoushima, Driant conçoit L’Invasion jaune où les Japonais soulèvent la masse humaine chinoise et indienne contre l’Europe.

Paru en 1910, La Révolution de demain décrit la populace parisienne déchaînée attaquer une caserne et massacrer les soldats désarmés à coups de pavés lancés du haut des toits...

Emile Driant et la première guerre mondiale


Driant s’adressant à ses hommes Crédits : Les amis du musée Driant

Député au début de la guerre, il a 59 ans. Son mandat de député et son âge l’auraient facilement écarté de toute obligation militaire. Cet anglophobe (La Guerre Fatale) demande pourtant à reprendre du service contre l’Allemagne, et obtient le 14 août 1914 le commandement des 56e et 59e bataillons de chasseurs. C’est à l’automne 1915 qu’il prend en charge le secteur du bois des Caures, devant Verdun.

Fin 1915, sans préjuger encore d’une attaque sur Verdun qu’on n’imaginait pas, Driant avait alarmé les élus, et même le président de la République, sur la très grande insuffisance des moyens de défense de la zone. Le 1er décembre, il en faisait état auprès de la Commission de l’Armée de la Chambre.

Le 20 février 1916, à la veille du déclenchement de la bataille de Verdun, le lieutenant-colonel Driant adresse ce dernier courrier à sa femme.
« je ne t’écris que quelques lignes hâtives, car je monte là-haut, encourager tout mon monde, voir les derniers préparatifs ; l’ordre du général Bapst que je t’envoie, la visite de Joffre, hier, prouvent que l’heure est proche et au fond, j’éprouve une satisfaction à voir que je ne me suis pas trompé en annonçant il y a un mois ce qui arrive, par l’ordre du bataillon que je t’ai envoyé. À la grâce de Dieu ! Vois-tu, je ferai de mon mieux et je me sens très calme. J’ai toujours eu une telle chance que j’y crois encore pour cette fois. Leur assaut peut avoir lieu cette nuit comme il peut encore reculer de plusieurs jours. Mais il est certain. Notre bois aura ses premières tranchées prises dès les premières minutes, car ils y emploieront flammes et gaz. Nous le savons, par un prisonnier de ce matin. Mes pauvres bataillons si épargnés jusqu’ici ! Enfin, eux aussi ont eu de la chance jusqu’à présent… Qui sait ! Mais comme on se sent peu de choses à ces heures là. »

Le 21 février 1916, à 7h15, la Ve armée allemande déclenche un orage d’acier d’une puissance inouïe. Le 59e bataillon est en première ligne, au bois des Caures.Vers 16 heures, Driant décide le repli. Driant part dans les derniers, accompagné de deux sergents, sautant de trous d’obus en trou d’obus. Driant s’arrête pour faire un pansement provisoire à l’un de ses hommes, blessé au fond d’un entonnoir. Alors qu’il repart, une balle de mitrailleuse le frappe à la tempe. « Oh, là, là, mon Dieu  » entendent les deux sergents !

Le bois des Caures a été pris par les Allemands avec deux divisions contre les deux bataillons de chasseurs. Il ne reste pas le tiers des effectifs de ces unités, mais leur sacrifice est sans prix pour l’armée française : le 56e et le 59e bataillons de chasseurs ont suffisamment ralenti l’ennemi, dès son premier assaut, pour permettre aux troupes envoyées en renfort de contenir peu à peu la poussée allemande et de protéger Verdun.

À lire

■ Plus de trente romans : « L’Invasion noire » (1896), « L’Invasion jaune » (1905), « Evasion de l’empereur » (1905), « Ordre du Tsar » (1907), « Robinsons de l’air » (1907), « Robinsons sous-marins » (1908), …

Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom

Vous pouvez aussi laisser un commentaire sur cet article

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.