Danquin, Jean-François

Peintre et écrivain

Jean-François Danquin est d’abord portraitiste. Il s’affirme comme un peintre littéraire : « Reproduire la tête des gens, c’est les raconter ». Il est aussi universitaire : « J’ai toujours fait de la peinture en même temps que mes études de lettres à manipuler le texte. »


Jean-François Danquin Crédits : Jean-François Danquin

Dans son fascicule poético-touristique Bienvenue en Picardie paru en 1982, Jacques Darras, ancien doyen de la faculté d’anglais à l’université de Picardie Jules-Verne mais surtout poète et littérateur, dépeint Jean-François Danquin, résident de la rue du Hocquet, dans le quartier de Saint-Leu à Amiens en ces termes : « C’est un portraitiste de talent, qui travaille des toiles rapides à grands traits satiriques, écrasant les visages dans la pâte, scalpant les têtes avec la sauvagerie des membres de la tribu Dubuffet. » Darras est informé à bonne source. Il sait que Danquin avait accroché dans sa chambre d’adolescent à Albert où il est né le 21 juillet 1947 une reproduction parmi d’autres d’un portrait de Paulhan par Dubuffet. Littérature et peinture faisaient déjà cause commune chez le jeune homme.

Rien d’étonnant que le portraitiste en ait collé des centaines depuis les « 30 figures » vues dans sa première exposition en 1981 à la Macu (maison de la culture d’Amiens) sur les cimaises picardes.

Pur produit de l’université française, docteur es lettres de la Sorbonne en 1974 après avoir soutenu sa thèse La vision des réalités américaines dans l’œuvre de Paul Morand – le diplomate, écrivain et académicien le recevra longuement pour un entretien en 1973 dans son appartement parisien « très heureux de voir qu’un petit jeune s’intéressait à son œuvre » -, Jean-François Danquin est un écrivain de la peinture qui raconte les gens, picards connus ou anonymes, avec des exceptions Warhol et Dubuffet, acrylique sur papier de 1983, par leurs portraits sur carton, papier ou toile, en couleurs ou noir et blanc. Au début, il les peint de mémoire. Puis il les mémorise en photographie. Argentique avant-hier, numérique depuis hier.

« Dubuffet disait : pour qu’un tableau fonctionne, il faut raconter des histoires. Reproduire la tête des gens, c’est les raconter », proclame Danquin.

Evoquant ces « Marilyn picardes » dans un entretien avec Max Queenan paru dans Ave Picardia Nutrix, Jean-François Danquin peintures 1966 – 1999, le catalogue de son exposition d’avril 1999 à la Macu, il rappelle leur genèse : « On était à l’été 1992 et je suis tombé sur un article dans Libération où on parlait de ce qui se faisait à Nizon près de Pont-Aven. Yves Quentel y avait ouvert une école de Pop-Art rural où un agriculteur, une bouchère ou un retraité avaient retravaillé la mémoire du village à partir de photos de famille en utilisant la technique d’Andy Warhol. Je me suis dit : mais bon sang mais c’est bien sûr ! » Que cent fleurs s’épanouissent… Des centaines de Marylin picardes fleurissent dès lors en Picardie terre nourricière. Ave Picardia Nutrix, cette citation latine, référence à une peinture de Puvis de Chavannes sur le mur de l’escalier d’honneur du musée de Picardie, est présente sur chaque tableau de la série. « Au moment où les régionalismes s’exacerbent, j’ai voulu souligner la richesse de l’apport de chaque individu à la collectivité. J’ai rappelé l’image de gens qui ont choisi de venir vivre ici ou d’autres qui sont nés ici, qui y ont créé ou qui y sont morts », explique-t-il.

Danquin s’affirme sans détour comme un peintre littéraire. « J’ai toujours fait de la peinture en même temps que mes études de lettres à manipuler le texte. », dit-il. Et le texte apparaît quand il peint en 1886 la couverture du dossier Allemagne d’Art Press de 1980 avec Beuys et Nina Hagen, une Allemagne avant-gardiste rentrée dans le rang avec un artiste devenu officiel et une rockeuse inscrite au hit-parade. Ce décalage, il le reprend dix ans plus tard avec la série Vu à la télé présentée à la galerie de la Dodane à Amiens et ramassée dans un prospectus sur lequel était écrit en gros caractères Vu à la télé. « La télé comme preuve de tout, persifle-t-il. Alors je me suis mis à estampiller toutes sortes d’images privées du logo Vu à la télé, comme si je voulais leur donner un surcoût de réel. Le texte Vu à la télé est la parodie d’une sur-réalité, le vrai plus vrai que le vrai. » Mais à son tour, voilà Danquin peintre officiel. Répondant à une commande du conseil général de la Somme qui entend rendre hommage aux personnes qui ont œuvré à la renommée de Saint-Riquier, devenu centre culturel et musée départemental de l’abbaye de Saint-Riquier en 1970, année de son acquisition par le dit conseil général, il présente en septembre 2010 Ces têtes qui nous reviennent 1970 – 2010. Dans la galerie de ces 114 portraits figurent aussi bien des élus de la Somme (Max Lejeune, président du conseil général de 1945 à 1988, qui a fait acquérir l’abbaye ; Alain Jacques, conseiller général de 1967 à 1998, président du centre culturel de l’abbaye de 1972 à 1990 ; Christian Manable, président du conseil général depuis 2008) que des fonctionnaires (Pierre-Marcel Wiltzer, préfet de Picardie et de la Somme qui a contribué à l’acquisition de l’abbaye ; Christian de la Simone, chargé de mission à la culture au conseil général et fondateur du festival de Saint-Riquier en 1985), des artistes (Pierre Perret et Marie-Paule Belle, chanteurs de variétés ; Françoise Pollet, Barbara Hendricks, soprano ; Jordi Savall, Michel Plasson, Louis Langrée, chefs d’orchestre ; Mstislav Rostropovitch, violoncelliste), des peintres (Alain Mongrenier), ou encore des festivaliers (Monique Engamarre de l’association Les amis de Saint-Riquier ; Colette Finet par ailleurs maire de Longueau ; et quelques et quelques dames du café de l’Abbaye, patronne, cliente et festivalières).

Peu lui chaut ce quart d’heure de gloire officielle, Danquin demeure avant tout un portraitiste des puissants et des humbles de Picardie, des illustres et des inconnus aux visages desquels il offre l’éternité de l’icône. Les projecteurs mettent en lumière ses Marylin cependant que lui demeure dans l’ombre. « Je ne suis qu’un modeste rouage », dit-il. Toutefois, il ne dédaigne pas à l’occasion de se représenter encadré en auto-portrait, en rang d’oignons à l’occasion avec des connaissances ou de pied en cape au cimetière britannique de Nolette à Noyelles-sur-Mer où sont inhumés des Chinois victimes de la grippe espagnole de 1918. Ave Picardia Nutrix.

En parallèle, il mène de front une carrière professionnelle exclusivement consacrée à la culture. Administrateur du Carquois dans les années 1970, la compagnie de théâtre créée en 1952 à Amiens par Jacques Debary, puis directeur des affaires culturelles au conseil régional de Picardie de 1981 à 1985 sous les présidences de René Dosière et Walter Amsallem, Jean-François Danquin rejoint en 1986 le maire Beauvais qui le charge du projet de création du centre culturel dans l’ancien bureau des pauvres et hôpital Buzanval devenu depuis Espace Mitterrand. En 1990, il crée l’ESAD (école supérieure d’art et de design) qui remplace la surannée école des beaux arts d’Amiens. Deux ans plus tard, il intervient au Musée de Picardie sur la réalisation Wall drawning de Sol Lewitte qu’il intègre définitivement en 1993 pour prendre en main la communication, les activités culturelles et les éditions. En 2006, il quitte le musée pour l’ESAD dont il avait assuré la direction en 2002 et 2003 pour sortir l’école en proie à de grandes difficultés de l’ornière en attendant la nomination d’un nouveau directeur.

Jean-François Danquin est aussi auteur de nouvelles. Son nom de plume : Jean-Louis André.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Frantz Jacques

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