Coupé, Jacques-Michel

(1737-1809)

Ce curé jacobin connaît une longue carrière politique pour l’époque : dès 1789 il fonde le plus ancien club révolutionnaire picard, puis il siège sans interruption à toutes les assemblées législatives de 1791 à 1797 avant de se plonger dans la géologie.


La liberté guidant le peuple, Eugène Delacroix Crédits : Musée du Louvre

Les débuts

Jacques-Michel Coupé, dit de l’Oise (pour le distinguer à la Convention de son quasi homonyme des Côtes-du-Nord), cadet d’une famille de petits fermiers de 6 enfants, est né le 2 décembre 1737 à Fins (Somme) près de Péronne, aux confins de la Picardie et du Cambrésis, un village de 420 habitants, agriculteurs et mulquiniers (tisserands de lin à domicile). Son frère aîné Jean-Louis (1732-1818), ecclésiastique, étudia à l’Université de Paris, devint à 25 ans professeur de rhétorique au collège de Navarre, puis précepteur du prince de Vaudémont, censeur et garde à la bibliothèque royale. Resté fidèle à la monarchie, il se cacha sous la Terreur et finit censeur honoraire sous la Restauration. Le destin politique de Jacques-Michel, lui aussi prêtre, fut tout autre. D’abord formé par le curé du village, il quitta Fins à 17 ans pour étudier dans un collège non identifié, où il acquit une solide érudition latino-française dont il fera souvent l’étalage. Le frère puiné Barthélémy (1741-1818) hérita de la ferme familiale, se maria en 1775 et occupa des fonctions municipales à Fins sous la Révolution. On retrouve Jacques-Michel comme professeur de rhétorique au collège de Cambrai de 1765 à 1772. N’ayant pu obtenir le poste de principal du collège des Bons Enfants de Saint-Quentin en 1773, il devint en mars 1774, desservant puis curé de Sermaize, modeste paroisse de 130 âmes du diocèse et de la banlieue de Noyon, au sol partagé entre l’Église (36 %) et la bourgeoisie noyonnaise (35%). Avec un bénéfice de 600 £ par an, Coupé y fut un curé dévoué et actif, achevant la restauration de l’église du XVII° siècle, s’occupant de l’école ; ses paroissiens en firent l’un de leurs deux représentants, lors de l’assemblée du 6 mars 1789 à Noyon pour l’élection des députés du Tiers Etat du bailliage aux Etats Généraux, marquant son entrée en politique, comme l’un des rares ecclésiastiques élus en rupture avec leur ordre.

 

Pendant la Révolution

Coupé ne fut pas élu à la Constituante, à la différence de Sieyès, mais fonda dès 1789 une Société des Patriotes de Noyon, le plus ancien club révolutionnaire picard, attesté le 18 juin 1790 pour son hommage à Benjamin Franklin, transformé, le 25 mars 1791, en Société des Amis de la Constitution, affiliée aux Jacobins de Paris. Élu président du Directoire du district, le 1er juillet 1790, il orchestra à Noyon la substitution du nouvel ordre à l’ancien, selon son son discours programme du 15 septembre 1790. La réorganisation fiscale ou judiciaire en 1790 souleva moins de problèmes que l’application de la Constitution civile du Clergé en 1791, qui anéantit la puissante Église de Noyon, ses prestigieux évêché et chapitre cathédral de 60 chanoines, ses quatre abbayes, hôtel-Dieu, hôpital général, grand séminaire et 10 paroisses pour 6000 habitants. L’évêque Grimaldi résidant à Antibes organisa la résistance à la Constitution civile, en s’appuyant sur les chanoines et les curés des paroisses urbaines réduites à une seule, d’où la vigueur du conflit politico-religeux dans le district de Noyon, qui eut, avec Chaumont-en-Vexin, l’un des plus forts taux de « réfractaires » de l’Oise. Coupé dénonça, le 3 mars 1791, la « coalition » des prêtres contre le serment et défendit les réformes, l’élection des curés et évêques par les citoyens. Ce combat amena sa radicalisation politique et la refondation du club patriotique noyonnais en société jacobine, le 25 mars, un club aux positions avancées, surtout après la réception en mai 1791, du tribun royen Babeuf, qui éditait à Noyon depuis l’automne 1790 son « Correspondant picard », auquel Coupé était abonné. Babeuf y prit des positions républicaines minoritaires, après la fuite manquée de Louis XVI à Varennes.

En août 1791, Coupé fut élu aisément député de l’Oise à l’Assemblée Législative, succédant à la Constituante pour moins d’un an. Babeuf lui proposa alors vainement de se faire le porte parole de ses projets à Paris, en étant son secrétaire parlementaire, mais le vertueux curé le déçut par sa timidité politique et sociale à l’Assemblée. Coupé se fit recevoir dans le Club des Jacobins de la capitale, dont il devint un actif militant, jusqu’à son exclusion comme prêtre en l’an II. En septembre 1791, il y proposa de créer une feuille périodique pour éclairer le peuple des campagnes. Appartenant à la minorité jacobine de l’Assemblée opposée à la « droite » feuillante, Coupé y joua encore un rôle modeste : il prit la défense des émeutiers lors des troubles de la circulation des grains sur l’Oise et l’Aisne, en février 1792, vota pour la réhabilitation des mutinés du régiment suisse de Châteauvieux en avril, l’abolition sans rachat des droits féodaux casuels en juin, la suppression de l’exemption des ecclésiastiques pour la garde nationale en juillet, puis la mise en cause de La Fayette en août, positions annonçant le futur Conventionnel Montagnard. Il fut en effet, avec Calon de Grandvilliers, l’un des deux Législateurs de l’Oise réélus, le 4 septembre 1792, à la Convention, où il se fit nettement plus remarquer, moins pour ses missions extérieures (une seule à l’automne 1793), que ses nombreuses interventions en séance plénière (42 d’octobre 1792 à novembre 1794, selon Le Moniteur), et son travail dans les comités de l’assemblée, siégeant assiduement dans ceux d’agriculture, des secours publics, de législation, de féodalité, d’instruction publique et même dans le tout premier comité de sûreté générale, d’octobre 1792 à janvier 1793. A la différence de son homonyme Couppé des Côtes du Nord, arrêté pour avoir protesté contre l’éviction des Girondins après les 31 mai-2 juin 1793, Coupé de l’Oise se rattacha par ses discours, son action et ses votes au courant montagnard, surtout en matière sociale. En janvier 1793, il vota pour la mort de Louis XVI, contre l’appel au peuple et le sursis. En avril, il refusa de se prononcer pour la mise en accusation de Marat. Le 3 mai, il proposa aux Jacobins son propre projet de Constitution, comportant le droit à l’insurrection. Au comité d’instruction publique, il combattit les plans de Lakanal et de Condorcet et fut chargé, en juillet 1793, d’élaborer un projet d’éducation, mais son texte en 12 titres ne fut pas adopté. Le 19 août 1793, il fut nommé dans la commission chargée d’examiner les affaires de la Belgique, perdue après la trahison de Dumouriez. En septembre, il proposa d’établir un maximum général sur les grains et d’interdire leur exportation.

Président du club des Jacobins du 18 septembre au 4 octobre 1793, puis en mission avec Bô et Hentz à l’armée des Ardennes, où ils destituèrent et firent incarcérer, le 24 octobre, les autorités du Département pro-girondin à l’été 1793, Coupé rentra à Paris à la fin du mois. Ayant dénoncé aux Jacobins, le 1er novembre, les contre-révolutionnaires accapareurs de subsistances dans les ports, il devait accomplir une nouvelle mission en Seine-Inférieure, mais ne put s’y rendre. Soumis à l’épuration des jacobins, le 12 décembre 1793, il fut dénoncé par Fabre d’Eglantine comme « fanatique », pour avoir refusé de soutenir les demandes pécuniaires du curé Lorenger d’Attichy, marié et père de famille. Exclu sine die du club, il n’y fut réintégré qu’après de la chute de Robespierre. Il avait pourtant démissionné de sa cure de Sermaize, le 7 novembre 1793, lors de l’abdication de l’archevêque de Paris à la Convention, mais sans renoncer formellement à la prêtrise ni se marier (à plus de 60 ans, il est vrai), encourant la suspiscion des déchristianisateurs, à l’instar de Henri Grégoire, son collègue au comité d’instruction, qui refusa d’abandonner ses fonctions d’évêque constitutionnel de Blois, mais qu’il ne suivit pas dans sa tentative de reconstruction de l’Eglise constitutionnelle après la Terreur. Coupé, plus déiste que chrétien, ne redevint jamais prêtre, tout en défendant l’« utilité sociale » de la religion, notamment dans son écrit Des préjugés. Le 9 pluviôse an II (28 janvier 1794), il fit décreter l’institution d’une bibliothèque publique par district. Au comité d’agriculture en l’an III, il publia de nombreux traités pratiques et instructions sur cette branche essentielle de la l’activité nationale, s’intéressant aussi aux « canaux à ouvrir dans le nord de la France ».

Fin de carrière

Réélu au Corps Législatif sous le premier Directoire au titre du décret des deux tiers, par le Nord et la Seine-Inférieure, Coupé siégea aux Cinq-Cents, de brumaire an IV (octobre 1795) à prairial an V (mai 1797), présentant des rapports sur « les sépultures en morale et en politique », les hôpitaux, « la conservation de nos manufactures de soie, laine et toile », « le rétablissement de l’ordre pour les subsistances ». Puis il rentra définitivement dans la vie privée, se fixa à Paris, consacrant ses 12 dernières années à des travaux de géologie, collaborant au Journal de physique et au Journal des Mines. Il s’éteignit le 11 mai 1809.

Le curé jacobin J.M. Coupé a été un homme de convictions, engagé localement et nationalement sous la Révolution, non par souci de carrière, mais pour servir ses concitoyens, étant un prêtre dévoué, un homme vertueux et un citoyen fidèle à ses mandats, d’administrateur à Noyon puis de député de l’Oise à la Législative, à la Convention, et aux Cinq-Cents. La médiathèque du Chevalet de Noyon avait émis le vœu de prendre son nom à sa création : le bicentenaire de sa disparition lui en donne à nouveau une bonne occasion.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Bernet Jacques

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