Commune de Paris vue de l’Oise (la)

Les événements de 1870 -1871 vus par deux isariens

Les témoignages de deux jeunes hommes originaires de l’Oise, l’un enrôlé dans l’armée de Versailles et l’autre, « coincé » à Paris pendant la Commune, ont été présentés lors d’un colloque organisé par la fédération de la Libre Pensée de l’Oise.


Guerre civile, lithographie de Manet, 1871 Crédits : Bulletin du musée hongrois des beaux-arts, numéro 43, Budapest, 1974

Texte présenté avec un comédien lors du colloque organisé par la fédération de la Libre Pensée de l’Oise : « La commune de Paris, 1871, aux sources de la République », les 19 et 20 novembre 2011.
 

L’année 1870 et 71, les événements vus par deux isariens.

Témoignages, de deux jeunes hommes originaires de l’Oise : un chasseur à pied de l’armée de Versailles. Germain DATHIE et Albert ROBIDA, illustrateur né à Compiègne qui s’est retrouvé plus ou moins pris au piège dans Paris assiégé par les prussiens et qui a vécu ensuite la naissance et l’agonie de la Commune de Paris

La documentation de cette communication est composée d’extraits de courriers et d’un journal de ces deux jeunes hommes qui ont été directement au contact des événements qui ont ponctué cette année70-71 au cours de laquelle la France a connu la chute de l’Empire, l’avènement de la III°république puis au sortir d’un conflit désastreux avec la Prusse a sombré dans la guerre civile. Germain DATHIE, jeune agriculteur se retrouve au contact direct des événements dans l’armée de Versailles : il va vivre l’évacuation de la capitale en mars 1871, les premiers affrontements avec les fédérés, dès le début d’avril, la reconquête des forts, l’entrée dans Paris et les combats de ce que l’on appellera la « semaine sanglante ».

 

Tout d’abord anti-communard, peut-être parce qu’on a supprimé les permissions, Germain DATHIE au fur et à mesure du déroulement des combats semble changer d’opinion vis-à-vis des parisiens que l’on fusille par paquets ou qui sont exécutés à la baïonnette. Albert ROBIDA est issu d’une famille bourgeoise de Compiègne. Il a été bloqué dans Paris pendant le siège et il se retrouve ensuite enrôlé de force dans la garde nationale et il est de fait peu enclin à approuver la Commune. Il assiste, côté parisien, à la « semaine sanglante » jusqu’aux derniers combats dans Belleville. Tout comme Germain DATHIE, les sentiments d’Albert ROBIDA évoluent avec les événements, et ses positions se modifient avec la multiplication des exécutions sommaires dont il est le témoin.

 
Chronologie des événements

La guerre franco-prussienne
 
17 Juillet 1870 : la France déclare la guerre à la Prusse
8 juillet : le Conseil d’arrondissement de Clermont vote une adresse patriotique à sa majesté l’Empereur des Français : « ...Confiant dans la sagesse de Votre Majesté et dans la bravoure de notre armée (le Conseil d’arrondissement) compte que la victoire, toujours fidèle à notre drapeau, ne désertera pas la cause de la France, que nous obtiendrons une paix solide qui assurera pour longtemps la prospérité de l’Empire et la tranquillité de l’Europe. Sire, nous vous suivrons par la pensée et par le coeur au milieu des dangers que vous allez affronter sur les champs de bataille, aspirant au jour où nous acclamerons nos aigles victorieuses... » J.D.C.(Journal de Clermont)

28 juillet : le percepteur de Clermont publie l’avis suivant : « ...Le percepteur de Clermont convaincu que la meilleure preuve de patriotisme à donner au gouvernement est de mettre à sa disposition tous les fonds nécessaires pour subvenir aux charges de la guerre, prie ses compatriotes de vouloir bien régler le solde de leurs impôts de l’exercice 1870. » J.D.C.

4 août : prise de Saarbruck par les troupes françaises, le sous-préfet de Clermont ouvre son discours inaugural de la fête patronale Saint Samson par ces mots : « ...Saarbruck est la première étape glorieuse parcourue par l’armée française ; ce ne sera pas la dernière... ». On apprendra par la suite qu’il s’agissait d’une fausse nouvelle.

7 août : on apprend de très mauvaises nouvelles. Conscient de la gravité de la situation, le souspréfet et le Conseil Municipal de Clermont rédigent un appel aux armes et forment une compagnie de francs-tireurs. « ... Un groupe de patriotes a fait afficher sur les murs de notre ville un appel aux armes... qui, nous aimons à le croire, aura non seulement 1’approbation générale, mais a encore le concours pécuniaire et actif de tout bon citoyen... » J.D.C.

1er septembre : la municipalité de Clermont jure : « obéissance à la Constitution fidélité à l’Empereur » J.D.C.

2 septembre 1870 : l’Empereur capitule à Sedan avec 80 000 hommes. L’annonce de ce désastre, tout comme celle de la proclamation de la République, le 4, ne provoquent aucune réaction dans la ville.

4 septembre : l’Assemblée Nationale prononce la déchéance de Napoléon III. Naissance de la III° République.

6 septembre : Deux jours plus tard, la nouvelle est communiquée officiellement aux armées : « nous avons eu sac au dos pendant deux heures, avec chassepot et cartouches tous prêts à partir lorsque tout à coup on apprend la proclamation de la République. Aussitôt ce ne fut qu’un cri de joie dans le quartier... »G

7 septembre : le sous-préfet de Clermont abandonne son poste. C’est le docteucuignières, Conseiller d’arrondissement, qui va assurer les fonctions de sous- préfet

8 septembre 1870 : l’éditorial du « Journal de Clermont » mentionne : « règne quelque confusion dans les renseignements relatifs à l’itinéraire que suit l’armée prussienne dans sa marche sur Paris... Mais un fait sur lequel il n’y a pas à s’illusionner, c’est qu’ils avancent rapidement... » J.D.C. Ils sont précédés par des colonnes de réfugiés qui fuient l’est de la France et même la région parisienne.

13 septembre : les troupes allemandes entrent dans le département de l’Oise, et notamment à Compiègne en milieu d’après midi. Le lendemain, ils sont à Crépy en Valois, à Senlis le 15, ainsi qu’à Creil le même jour, et le 16 à Pont-Sainte-Maxence. A partir de Creil ils se dirigent vers le nord ouest en direction de Mouy, Clermont, puis Beauvais, qu’ils n’atteindront que le 9 octobre. Les rares tentatives de résistances ne sont que des actes isolés sans conséquences.

15 septembre : les communications ferroviaires sont interrompues entre Paris et Clermont.

18 septembre : à propos de l’avance des troupes allemandes : « ...les prussiens avancent tout doucement, mais nous ne nous inquiétons pas encore beaucoup en ce moment ; nous faisons seulement quelques patrouilles dans les bois environnants.. » G.D.

23 septembre : Creil est occupé par le capitaine Marrow avec un détachement de fusiliers de la garde et deux pelotons de cuirassiers saxons.

25 septembre : ayant à leur tête le duc de Liancourt des francs-tireurs de Laigneville et des gardes nationaux de Liancourt repoussent des patrouilles ennemies venues de Creil.

26 septembre : deux cent cinquante uhlans se dirigent vers Clermont mais ils tombent dans une embuscade à la hauteur de Rantigny. Les prussiens, craignant l’encerclement, décident de regagner Creil. Francs-tireurs, gardes nationaux et mobiles de la Marne regagnent Clermont où ils sont acclamés par la population.

27 septembre : dès les premières lueurs de l’aube, les premiers éléments ennemis sont postés au val de Soutraine où sont installées deux pièces d’artillerie. Les français sont disposés en face d’eux, derrière la route de Mouy à Liancourt. Les prussiens font donner leur artillerie. Devant l’intensité du bombardement, les francs tireurs et les gardes nationaux battent en retraite. Les troupes prussiennes avec à leur tête le général Krug donnent l’assaut. C’est le massacre dans Rantigny où les habitants sont tués, les habitations enflammées. Ils se séparent ensuite en deux corps dont l’un se dirige directement vers Clermont et l’autre passe à l’ouest par Cambronne et Auvillers pour prendre Clermont en tenaille.

A Breuil le Vert, deux personnes sont fusillées par les prussiens pour un motif inconnu.

La municipalité se rend à la rencontre des éclaireurs prussiens au carrefour saint André. Le maire, M. Duvivier est arrêté ainsi que M. Decuignières et menacés d’être fusillés si un seul coup de feu est tiré sur les troupes d’occupation.

29 septembre : la vie quotidienne dans Paris assiégé : « Attroupements à la porte des boucheries. Chaque acheteur reçoit un numéro et est servi à l’appel de ce numéro. Un épicier du faubourg du Temple qui vend du beurre confectionné avec du suif est maltraité et sa boutique est mise à sac ». A.R.

4 octobre : les allemands sont à Méru ;

7 octobre : Gambetta quitte Paris en ballon. Il atterrit dans l’Oise, au bois de Favières situé sur la commune de Sacy le Grand.

12 octobre : combat à Breteuil, les mobiles français battent en retraite. 28 octobre : combaà Formerie : les allemands essuient un échec.

19 novembre : La première armée prussienne forte de 40 000 hommes arrive dans l’Oise.

28 novembre : un engagement a lieu non loin de Saint Just en Chaussée entre des prussiens et des éléments de l’armée du nord, un allemand est tué et un autre blessé.

26 décembre 1870 : le baron Schwartzkoppen est nommé préfet de l’Oise alors que le préfet républicain nommé par Gambetta est destitué.

 

 

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Fédération de la Libre Pensée [1]

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Toussaint, Patrick

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