Commont, Victor

Préhistorien et géologue (1866-1918)

Victor Commont a montré l’importance des études géologiques pour l’établissement des stratigraphies. Il a livré la première étude stratigraphique rigoureuse de la vallée de la Somme, mettant en évidence la relation entre l’étagement des terrasses alluviales et la chronologie.


Victor Commont Crédits : Creative commons

Victor Commont nait le 28 juin 1866 à Buire-Courcelles, canton de Péronne, dans la Somme. Fils d’un modeste artisan venu se fixer à Amiens après la guerre franco-allemande de 1870, il est un élève brillant à l’école primaire supérieure d’Amiens. Il sait mériter l’amitié durable du directeur, M.A. Dufrénoy. Il la quitte en 1884 pourvu du brevet élémentaire. Il n’est pas passé par l’École Normale.

Nommé d’emblée adjoint à La Neuville, puis au faubourg de Hem, il obtient, avant sa trentième année, un brevet supérieur, le certificat d’aptitude à l’enseignement des Sciences dans les écoles normales.
Nommé à Alençon, Victor Commont revient bientôt à l’école-annexe de l’école normale. Sa mobilisation, lors de la Première Guerre Mondiale, ne l’empêche pas de poursuivre ses recherches : il les continue dans les tranchées. C’est là qu’il contracte une grave maladie pulmonaire, en novembre 1917.
Il meurt, à l’âge de 51 ans, dans la nuit du 4 au 5 avril 1918, après avoir été évacué vers Abbeville après les bombardements d’Amiens, dans l’hospice de celle-ci. Sa dépouille est transférée à Amiens et inhumée au cimetière de Saint-Acheul.

Ce qui l’amène à devenir un éminent préhistorien…

Son activité d’abord sédentaire, et sa santé, exigent qu’il laisse de côté le livre pour plus de plein air... Membre de la Société Linnéenne, il s’adonne pendant quelques temps à l’étude de la botanique, puis, sur les conseils de Léon Delambre, il se consacre à l‘étude des dépôts quaternaires de Saint-Acheul et de Montières.

La proximité de sa maison de la rue d’Edimbourg, l’aide assurée de ses adjoints et des élèves-maîtres lui permettent de suivre quotidiennement le travail d’extraction des terrassiers sur les différents chantiers, et de noter avec un soin méticuleux et une patience inlassable les différents niveaux de l’industrie lithique et des débris fossiles.

Le néophyte comprend qu’il faut, en préalable de l’étude de la préhistoire, une approche sérieuse de la géologie et de la paléontologie.

Ses travaux

Après Gosselet et Ladrière, il continue l’étude du quaternaire dans la région du Nord et jusqu’en Belgique, avec Butot. Il étudie sur place et surveille jour après jour, semaine après semaine, les gisements de la Somme.

Entre 1904 et 1908, il étudie les dépôts quaternaires de la Vallée de la Somme dans lesquels sont conservés des outils en pierre du paléolithique.

Il s’intéresse également au Paléolithique supérieur et fouille, avec H. Breuil, le site de Montières, à l’ouest d’Amiens. En 1905, Commont fait sa première communication à la Société Linnéenne : Les gisements préhistoriques de Saint-Acheul et de Montière s ; il a découvert, dans les lœss anciens de la gravière Tellier à Saint-Acheul, à plus de 8 mètres de profondeur, une accumulation très importante de vestiges lithiques, l’« atelier Commont ».

Puis il prend part à différents congrès scientifiques et est nommé correspondant du Ministère de l’Instruction publique, collaborateur auxiliaire du Service de la carte géologique et, en 1915, membre de la Société géologique de France. Son dernier travail est un mémoire sur les limons belges et les limons du Nord de la France, dont le compte rendu sommaire parait au Bulletin de la Société géologique française. Il a écrit plus de trente notices ou mémoires. La plus importante, Les hommes contemporains du renne dans la Vallée de la Somme constitue le XXXVIIe volume des Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie (année 1914). Le 12 février 1917, les comptes rendus de l’Académie des Sciences éditent un mémoire sur les tufs de la Vallée de la Somme. En analysant ce travail, M. Marcellin Boule écrit : « Ces notes constituent probablement les derniers écrits du regretté Commont ».

Il contribue ainsi à l’étude des sites du Paléolithique inférieur et moyen de la vallée de l’Oise et de la vallée de la Somme Aidé par quelques amis, il fonde en 1912 le Groupe picard de la Société des études locales dans l’enseignement public qui, à la veille de la guerre, compte déjà près de 300 membres. C’est pour eux qu’il écrit une première brochure de propagande : La Somme préhistorique .

Contribution

A la mort de Victor Commont, Léon Coutil écrit dans sa notice nécrologique « Nous perdons en Commont un savant qui faisait autorité et honneur à la France ».

Le 28 avril 1919, le général L. de Lamothe présente à la Société géologique de France une notice nécrologique où Commont est apprécié comme géologue : « Sa mort, disait-il, est une grande perte pour la Science ». Il exprime le vœu que les notes et les précieuses collections de son regretté collègue ne soient pas dispersées. Son vœu est réalisé : c’est un ami de Commont, M. André Vayson de Pradenne, jeune ingénieur des Mines, préhistorien de grand avenir, qui s’en rend acquéreur, pour continuer les recherches. Vayson de Pradenne publie deux mémoires où il rend hommage au savant, « dont l’œuvre capitale reste encore dans la masse de documents qu’il a scientifiquement recueillis. Les pièces ont été étiquetées par lui avec tant de soin qu’il allait souvent jusqu’à dessiner sur le silex même une coupe de terrain à l’endroit de la trouvaille ».

Et après ?

Victor Commont a montré l’importance des études géologiques pour l’établissement des stratigraphies. Il a livré la première étude stratigraphique rigoureuse de la vallée de la Somme, mettant en évidence la relation entre l’étagement des terrasses alluviales et la chronologie. Ses études lui ont fourni des arguments pour défendre une « chronologie longue », dont il était alors l’un des rares défenseurs. Il est aussi l’un des précurseurs des études technologiques minutieuses des industries lithiques, et l’un des premiers à avoir compris les particularités du débitage Levallois.

De 1904 à 1918, il a publié de nombreuses notes et mémoires sur ses découvertes qui conservent aujourd’hui toute leur actualité. Ses travaux ont profondément marqué la recherche préhistorique. Grâce aux analyses stratigraphiques qu’il a conduites, notamment sur le site de Saint-Acheul, l’archéologie devient une véritable discipline scientifique. Grâce à lui, enfin, les chercheurs disposent aujourd’hui de bases solides et d’une documentation considérable pour l’étude des premières occupations humaines de la vallée de la Somme.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Thibaut Emilie

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