Collégiale Saint Vulfran

Gothique (1488 - 1663)

Bien que non achevée, la Collégiale Saint Vulfran d’Abbeville est l’un des plus remarquables monuments de style gothique flamboyant, s’alliant harmonieusement au portail central Renaissance.

Comme plaisir joyeux et sans mélange, arriver à Abbeville par un bel après-midi d’été pour voir Saint-Vulfran avant que le soleil ait quitté les tours, sont des choses pour lesquelles il faut chérir le passé jusqu’à la fin. (John Ruskin).


Collégiale Saint-Wulfran - La collégiale Saint Vulfran à Abbeville Crédits : Didier Raux

Tradition et histoire


Collégiale Saint Vulfran - Collégiale Saint Vulfran à Abbeville Crédits : CRDP d'Amiens

Le corps de Saint Vulfran (ou Wulfram), évêque de Sens, aurait été apporté à Abbeville par un comte de Ponthieu et déposé dans une église dédiée à saint Nicolas et à saint Firmin (c’est pourquoi on peut voir leur statues dans l’actuelle collégiale). Le chapitre de Saint-Vulfran, fondé au XIIe siècle était riche et puissant considérant son église comme « fille aînée de l’évêché d’Amiens ».

Vers la fin du XVe siècle, suite au mouvement artistique qui prend de l’ampleur, le roi, comte de Ponthieu, les gens d’église et les bourgeois, décident de reconstruire l’église avec des dimensions et un luxe pouvant rivaliser avec les plus célèbres cathédrales.

La première pierre des tours et du portail fut posée le 7 juin 1488. Dès le 31 août, il est clair que l’argent va manquer pour une telle entreprise. les chanoines craignent « que scandale ne dérision n’en puist advenir » d’avoir commencé un ouvrage aussi somptueux et de ne pouvoir l’achever. La construction de la collégiale n’est alors plus qu’une longue histoire de recherche de fonds.

Le 4 avril 1520, Jean Crétel, maître maçon de Tours-en-Vimeu, est commis par les gens du roi pour conduire l’ouvrage. Les pierres étaient tirées des falaises de Beaumetz et de Pont-Rémy. Les maçons chargés des travaux périlleux recevaient un supplément de salaire.

En 1532, les tours étaient en état d’accueillir les cloches.

En 1539, suivant la tradition, les travaux sont interrompus à l’achèvement des deux tours, des travées de la grande nef, des bas côtés et des six chapelles. Un mur ferma provisoirement, à l’est, la nef et les bas côtés.

Le provisoire dura longtemps à cause des guerres et des troubles religieux. Abbeville et les paroissiens devront attendre la fin des Guerres de Religion, le début du règne de Louis XIV même, de 1661 à 1663, pour que le chœur de l’édifice soit terminé. 

En 1621, la confrérie des merciers obtient de pouvoir reprendre les travaux pour édifier un choeur digne de ce nom (les fondations avaient été commencées en 1573). Ce n’est qu’en 1661 qu’il est décidé de parfaire l’église. En 1691, les trois fenêtres supérieures de l’abside sont garnies de vitraux.


Plan de la collégiale Saint Vulfran - Plan de la collégiale Saint Vulfran d'Abbeville Crédits : Congrès archéologique Amiens 1936

À partir de cette époque, l’histoire du monument, élevé sur un sol marécageux, se réduit à celles des incessantes réparations et consolidations.

En 1852, un rapport alarmant de Viollet-le Duc conduit le maire à interdire l’exercice du culte dans l’église. Les restaurations commencent dans les années 1860. Par mesure d’économie et pour assure la solidité, les façades latérales de la collégiale sont défigurées ; Ce n’est que le début d’une longue suite de travaux plus ou moins heureux.


Collégiale Saint Vulfran avant restauration (1865) - Collégiale saint Vulfran avant les travaux de restauration de 1865 Crédits : CRDP Picardie

Description

Heureusement, on peut encore admirer les deux tours hautes de 55,80 mètres, la façade occidentale à l’ordonnance régulière et élégante, les porches très sculptés et finement ouvragés, véritable dentelle de pierre qui font de la façade de la collégiale d’Abbeville un des chefs d’œuvre de l’art gothique flamboyant.
 


Portails de la collégiale Saint Vulfran - Façade occidentale de la collégiale saint Vulfran d'Abbeville - 1887

On observe bien les deux parties distinctes : celle construite d’un seul jet dans toute sa magnificence de 1488 à 1539 et le choeur, achevé péniblement et pauvrement en 1663.

L’entrée dans l’église s’effectue en ouvrant de magnifiques portes, aux vantaux Renaissance. Avec ses voûtes hautes de 31 mètres pour une largeur du monument de 37 mètres, l’intérieur de ce vaisseau donne une impression d’élévation.

La nef centrale

La voûtes aux nervures moulurées à profils prismatiques sont enrichies de magnifiques clefs de voûtes sculptées.


Collégiale Saint-Wulfran - Saint Vulfran : clé de voûte de la nef de la collégiale Saint Vulfran d'Abbeville Crédits : Service photo des Beaux-Arts - 1937

Les façades et les portes

La façade occidentale, à l’ornementation flamboyante, a été conçue par le maître d’oeuvre dans la lignée de Laon, Paris et Reims.

Dans la magnifique statuaire du portail, autrefois peinte et dorée, les sujets sont répandus un peu au hasard de la dévotion de ceux qui en ont fait les frais, principalement les corps de métiers de la ville.


Collégiale Saint Vulfran, statuaire du portail - Collégiale Saint Vulfran à Abbeville Crédits : CRDP d'Amiens

Les statues garnissant les piédroits et les tympans des portes sont une manifestation de l’art populaire de la Picardie vers 1500 : corps trapus, bras repliés sur la poitrine, costumes d’époque, étoffes lourdes et épaisses surchargées de broderies et de bijoux, têtes en boules souvent sans expression. La composition général en est remarquable.

C’est la confrérie des merciers qui a financé la porte Sud. C’est d’après leurs comptes que l’on connaît les auteurs des belles sculptures du groupe de l’Assomption et en particulier celles de la vierge Marie et de ses soeurs Marie Cléophas et Salomé. Il s’agit de Pierre Loeureux (ou Lheureux), et du peintre Jean Riquier qui les a peintes et dorées.

Le choeur

Pauvrement terminé au XVIIe siècle, le choeur offre l’image d’un gothique dégénéré.

Le mobilier

les vantaux sculptés de la porte centrale, de 1550, ont été offerts par Jean Mourette, prince, maître ou bâtonnier de la confrérie du Puy-Notre-Dame d’Abbeville, dont ils portent le refrain : « Vierge aux humains la porte d’amour estes, 1550 ».

Le reste du mobilier, tableaux, pinacles, etc. provient de diverses églises et a été réalisés par divers artistes entre le XVe et le XVIIIe siècle, au gré des donateurs.

La collégiale aujourd’hui

La vision poétique de Victor Hugo, Saint Vulfran, « vieille façade rongée par la bise et par la lune » n’est plus d’actualité depuis les restaurations entreprises à la fin du siècle dernier. La grande église, à présent nettoyée et débarrassée de ses échafaudages, est plus éclatante que jamais, d’un blanc qui impressionne toujours plus l’œil de l’observateur, tout comme son élancement imposant qui lui donne l’allure d’une cathédrale.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; CRDP Picardie

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