Coleman, Bessie

Première aviatrice afro-américaine, formée à l’école de pilotage du Crotoy

Hiver 1920. Une jeune femme noire arrive en gare de Noyelles-sur-Mer, pour s’initier au pilotage dans l’école d’aviation des frères Caudron.

Bessie Coleman a une vingtaine d’années. Elle quitte, seule, Chicago pour Paris le 20 novembre 1920.


Bessie Coleman - Première aviatrice afro-américaine, formée au Crotoy Crédits : Wiki commons

le vol, une passion chevillée au corps

Ses parents sont afro-américains, avec une ascendance indienne du côté de son père. Ils travaillent dans les champs de coton, à Atlanta, Dallas ...
En 1901, son père décide de quitter le Texas, ne supportant plus la ségrégation raciale, sa condition de noir de plus aggravée par ses origines amérindiennes. Il se rend dans l’Oklahoma, territoire indien, où la pleine citoyenneté est accordée aux descendants d’Amérindiens, mais sa femme ne le suit pas.

Susan Coleman élève alors seule ses quatre petites filles, Bessie, Elois , Nilus et Georgia. Elle devient cuisinière par un couple de Blancs. Quand vient l’été, la petite famille, comme l’ensemble de la population noire de la région, participe à la récolte du coton, et les écoles pour noirs sont fermées tant que dure la récolte. Afin d’échapper au travail dans les champs de coton, Bessie envisage de poursuivre des études supérieures. En 1910, après avoir mis de l’argent de côté, elle part pour Langston dans l’Oklahoma et s’inscrit en classe préparatoire à la Colored agricultural and normal university, mais ses économies sontinsuffisantes et , après moins d’un an passé à Langston, elle doit retourner à Waxahachie où elle travaille comme blanchisseuse. Encouragée par sa mère, elle rejoint l’un de ses frères à Chicago.

Lorsque les États-Unis entrent en guerre aux côtés des Alliés durant la Première guerre mondiale, deux de ses frères sont incorporés, et combattent en France. Bessie Coleman suit dans la presse les exploits des aviateurs français et américains, dont Eugene Bullard, premier pilote de chasse afro-américain, qui la fascine.

Elle se prend de passion pour l’aviation, rêve d’apprendre à piloter, et de mettre sa réussite au service de la communauté noire-américaine. À Chicago, comme partout ailleurs aux États-Unis, aucune école de pilotage n’accepte de recevoir d’élève afro-américain, encore moins lorsqu’il s’agit d’une femme.

On lui conseille d’aller apprendre en France où, semble-t-il, « les Noirs américains sont cordialement reçus et traités comme toute autre personne » (Robert Abbot). Elle apprend le français à l’école Berlitz de Chicago ...

Bessie Coleman et les années françaises


Licence de pilotage de Bessie Coleman Crédits : Wiki commons, Smithonian Nationalair and space museum

Bessie souhaite s’inscrire dans une école de pilotage de la région parisienne. C’est un refus : deux élèves pilotes femmes viennent viennent de s’écraser. Alors, direction la Picardie, et l’École de pilotage Caudron du Crotoy.
Quelques cours collectifs, et la voilà seule aux commandes de son Nieuport 82, biplan de vingt-sept pieds de long, répondant au doux nom de Grosse Julie ... Son instructeur, Pierre Masson a reçu de René Caudron des instructions ’bienveillantes’ : « On ne va pas chipoter sur le nombre d’heures d’instruction, de vol, sur les carburants, vous avez ’carte blanche’ ». Caudron espère secrètement qu’elle pourra donner des leçons aux Américains, après son retour !

La plage sert de piste de décollage et d’atterrissage, et, après sept mois d’entraînement, elle obtient la licence internationale de pilote de la Fédération aéronautique internationale le 15 juin 1921, devenant ainsi non seulement la première femme noire pilote, mais également la première personne d’origine afro-américaine à obtenir cette certification. Déterminée à améliorer ses compétences, Coleman passe les deux mois suivants à prendre des leçons auprès d’un as français près de Paris et le 16 septembre 1921, elle embarque pour New York.

Queen Bess

À son arrivée à New York, la presse américaine, tant noire que blanche, salue sa réussite. Avant de retourner à Chicago, elle est l’invitée d’honneur d’une représentation de Shuffle Along, une comédie musicale entièrement jouée par des acteurs noirs qui triomphe à Broadway. À la fin de la représentation, lorsque Bessie Coleman apparaît sur scène pour recevoir une coupe en argent sur laquelle sont gravés les noms des acteurs, elle est ovationnée par toute l’assistance, blancs et noirs réunis. Bessie Coleman est devenue Quenn Bess.

De retour à Chicago, et alors que les vols commerciaux ne sont pas encore d’actualité, elle sait que le seul moyen de gagner sa vie dans l’aviation est de se produire dans des spectacles aériens, spectacles itinérants au cours desquels beaucoup de pilotes risquent leur vie.. Malgré sa licence de pilote, elle n’a pas les qualifications nécessaires pour intégrer un « cirque aérien » et elle doit prendre de nouvelles leçons pour développer son habileté en vol et son éventail de figures aériennes. Encore une fois, personne à Chicago ne souhaite la prendre comme élève et, encore une fois, elle doit retourner en Europe pour se perfectionner. Paris, Amsterdam, Berlin, elle progresse, et est largement médiatisée.

A son retour aux Etats-Unis, sa notoriété grandit, elle envisage d’ouvrir une école de pilotage créer une école de pilotage ouverte à tous, l’aviation étant pour elle une façon active de combattre les discriminations. Le 4 février 1923, elle est invitée à se produire devant une foule de 10 000 personnes pour l’inauguration d’un parc d’attractions à Palomar Park,à Los Angeles. Peu après son décollage , le moteur cale alors qu’elle se trouve à 300 pieds. Son avion s’écrase. Elle n’est ’que’ blessée. La foule qui attend l’arrivée de Bessie Coleman demande à être remboursée, et accusent ’Queen Bess’ et ses managers d’escroquerie.

La carrière de Bessie est encore une fois au plus bas. Mais elle tient bon, trouve des mécènes, et de nombreux soutiens, notamment du côté des militants des droits civiques : devenue une icône dans la communauté noire américaine, elle impose la mixité raciale dans les tribunes.
Elle reprend plusieurs cycles de conférences, diffuse ses films, achète un nouvel avion. Lors d’un vol de reconnaissance, son avion, un Curtiss JN-4, se retourne et s’écrase ... Cette fois, c’en est bien fini de Queen Bess, le 27 avril 1926.

Le rêve de Bessie Coleman d’ouvrir une école d’aviation destinée à former des pilotes afro-américains devient réalité lorsque William J. Powell fonde, à la fin des années 20, le Bessie Coleman Aero Club et la Bessie Coleman Flying School à Los Angeles

Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine

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