Codos, Paul

Des hommes, des Picards, ont marqué l’histoire de l’aéronautique en inscrivant à leur palmarès des raids et des records mondiaux. Au sommet de sa gloire, Paul Codos est fêté par les autorités civiles et militaires, puis tombe dans l’oubli. Jean Mermoz, son contemporain, né à Aubenton (Aisne), originaire du même canton, mythique pilote, lui aurait-il fait de l’ombre ?


Paul Codos Crédits : Wikicommons

Paul Codos est né à Iviers, dans l’Aisne, en mai 1896.

Fils de paysan thiérachien, cadet d’une fratrie de 5 enfants, il exerce son premier métier, typographe, à La Fère. En septembre 1914, il a 18 ans, et s’engage pour la durée de la guerre. En novembre 1914, sur le front de la Somme, il reçoit une citation : « Brigadier téléphoniste plein de zèle et d’entrain dans son service. Le 17 mai 1916, au moment d’un réglage par avion, son poste ayant été bombardé par deux obus s’est mis de suite à l’œuvre pour rétablir, sans souci des projectiles qui tombaient autour de lui, donnant ainsi un bel exemple d’initiative, de sang froid et du mépris absolu du danger. »

Mais Paul a la tête tournée vers le ciel. Il veut voler, il veut devenir pilote...
« J’avais assisté aux prouesses des avions de commandement, de réglage, de chasse... Certes, des risques. Notre sort n’était pas plus favorable. De plus, j’étais cloué au sol, à demi asphyxié par les gaz, dégoûté de cette terre qui envahissait et qui sentait la mort. Vivre ou mourir en plein ciel me paraissait facile. »
Après plusieurs tentatives infructueuses, il est muté dans l’aviation. En juin 1918, il a son brevet de pilote en poche, mais ne combat pas : bientôt, c’est l’armistice et il est démobilisé en août 1919.

Des débuts difficiles

Après un bref passage dans la Compagnie des Messageries aériennes, où il assure le convoyage de Breguets 14, il est engagé par l’Aérotransports Ernoult, puis par la Société réseau aérien Trans-africain et assure les lignes Alger-Biskra-Toggourt. Lors d’un vol de routine, l’avion de Codos s’écrase ... Sept mois d’hôpital.
Il assure ensuite, une fois rétabli, des vols de nuit Paris-Londres, et Londres-Marseille.

Il se ressource souvent à Hirson, où il se rend juché sur sa Harley-Davidson. Mais il ne rêve que de raids lointains, et de records !

Le rêve à portée de main

Le pilote Dieudonné Costes, qu’il a rencontré peu de temps auparavant, lui propose un Paris-Saïgon-Tokyo, sur le Dragon d’Annam, un Bréguet 14 bi-plan, en compagnie de lui-même, et de Maurice Bellonte, les futurs vainqueurs de l’Atlantique.

" Je ne me sens pas précisément l’âme d’une jeune fille qui fait ses débuts dans le monde, mais un premier raid, pour un pilote, c’est un peu la griserie d’un premier bal !  » Paul Codos .

Ils décollent du Bourget le 14 février 1929, malgré une météo incertaine. Las, le Breguet après une panne d’hélice s’écrase le long du terre-plein de la ligne ferroviaire Paris-Strasbourg. Et c’est à nouveau l’hôpital, pour Codos, cette fois pour deux mois !
Après quelques mois de repos, il repart avec Costes pour des records de vitesse en circuit fermé. Mais ce dont rêve Codos, c’est de réaliser des raids et des records.

Des records à la pelle


Le Point d’interrogation - Breguet 19, visible au Musée de l'air et de l'espace du Bourget Crédits : Wikicommons

Septembre 1931, Paul Codos et Henri Robida , à bord d’un Bréguet 19, le Point d’interrogation, repartent vers l’Orient, pour un Paris-Hanoi. Ils ne sont pas seuls en lice au départ du Bourget : Doret, Le Brix et Mesmin sur un Dewoitine D33 Trait d’union ont la même ambition. Victime d’une panne mécanique, Codos se pose dans un champ, près de Düsseldorf. A leur retour, ils apprendront que le Trait d’union s’est écrasé sur l’Oural. Doret s’en sort, pour Le Brix et Mesmin, c’est fini.

Janvier 1932, Codos et Robida récidivent. Ils atteignent Hanoï ; le record de France détenu par Costes et Bellonte depuis 1929 est battu.

Paul Codos et Maurice Rossi décident ensuite de s’attaquer au record de distance par l’Atlantique nord. Le Blériot, baptisé Joseph le Brix par Codos, en souvenir du pilote disparu, part par bateau pour New-York, en pièces détachées.

Août 1933. Ils s’envolent de l’aéroport Floyd Bennet, dans des conditions déplorables : cyclone, tempête, grêle, plafond bas, avion chargé à 9500 kg. Les Américains sont éberlués : « Des français entreprennent le vol le plus ambitieux qui n’ait jamais été réalisé ». Rossi : « Codos met progressivement les gaz. L’avion en charge démarre péniblement. Il va décoller mais quand ? La piste est si courte. Il faut se décider. Les yeux rivés sur le côté gauche, j’attends le trait blanc. Le voici ! Sans aucune hésitation, je fais signe à Codos de « tirer », l’avion décolle, légèrement rebelle. Il a fallu cabrer l’appareil « la queue baissée ». Au bout de la piste, l’avion plonge dans le vide. A vingt mètres de hauteur Codos maintient la machine, il s’acharne aux commandes. Après quelques minutes d’angoisse l’avion prend peu à peu sa position horizontale pour gagner de l’altitude. Soulagement, nous sommes partis ».

Le 6 août, à 22 h. 20, et à 100 mètres d’altitude, ils effectuent un passage au-dessus du Bourget. Un rapide coup d’œil au sol, d’où les observent leurs épouses. Pas le temps de s’arrêter, il faut reprendre de l’altitude, pour ’tracer’ vers l’Orient.

La suite du voyage pose problème. Au-dessus de Munich, un message est envoyé du Joseph le Brix évoquant un éventuel échec « Sommes démoralisés, venons de constater fuite d’essence et consommation anormale. Pensons quand même battre record ». Quelques heures après, R.A.S. Le Joseph le Brix se pose sans encombre à Rayak (Liban), après un vol de 55 heures et 30 minutes, et un parcours de 9.104 km 700, à la moyenne de 164 km/h. Les précédents records sont battus.

Mai 1934, Codos et Rossi s’attaquent au Paris-New York. Les conditions atmosphériques ne sont pas au rendez-vous. Qu’importe, après 38 heures de vol, l’avion se pose à Floyd Bennet après avoir couvert 5.809 km. Les deux pilotes sont reçus par Franklin Delano Roosevelt, président des Etats-Unis.

Février 1936, Codos et Rossi font une nouvelle tentative pour un record en ligne droite au départ d’Istres vers Buenos-Aires. En plein Atlantique sud, Codos constate une fuite d’huile. Le fuselage du Joseph le Brix est dégoulinant, la visibilité est pratiquement nulle. Il ne reste plus qu’à faire demi-tour. Contraint et forcé, Codos pose l’avion sur les îles du Cap-Vert.

1937, course de vitesse Istres-Damas-Paris, ainsi qu’un Paris-Santiago du Chili avec Marcel Reine, Gimié et Vauthier, « tous des chevronnés de l’Air » selon Codos. Ils ont parcouru 13.789 km à bord d’un Farman, le Laurent Guerrero » en souvenir de ce pilote de 35 ans disparu dans la région d’Agadir, lors d’un convoyage de courrier vers Natal.

C’est la guerre

Codos est désigné pour une mission de guerre. Il s’agit d’une mission de reconnaissance pour pister les cuirassés allemands qui mettent à mal la marine marchande dans l’Atlantique Sud. Il doit prendre à Bordeaux-Mérignac les commandes d’un Farman stratosphérique, le Camille Flammarion.

1940, la France est coupée en deux. En zone libre, un réseau aérien français est créé avec les moyens d’Air-France. Des liaisons aériennes se poursuivent vers l’Afrique du Nord, Djibouti ou encore Madagascar, au départ de Marseille-Marignane.

En novembre 1940, Codos prend les commandes de l’hydravion Laté 522, le Ville de Saint Pierre, seul capable d’assurer la ligne Marseille-Bizerte-Tripoli-Djibouti-Diego-Suarez pour approvisionner les ressortissants Français en médicaments, et leur remettre le courrier. La deuxième liaison se déroule du 3 février au 12 février 1941 non sans difficultés. Le Ville de Saint Pierre décolle de Marignane avec 7 membres d’équipage et deux passagers. Du retard, un fort vent de face au-dessus de la mer Rouge, une vitesse n’excédant pas 100 km/h... Craignant de ne pouvoir atteindre Djibouti, Codos fait demi-tour vers Massaoua. La mer est démontée, il décide d’amerrir. L’hydravion est freiné par un haut fond sablonneux, il est ensablé … Codos et son équipage parviennent à le remettre en état de vol. Dans la nuit le vent tourne et l’avion dérive, il heurte des coraux provoquant une voie d’eau. Les pompes à main sont mises en action. Les fissures colmatées, Codos décolle avec peu d’essence, ce qui l’oblige à amerrir une seconde fois avant d’atteindre Massaoua, distante d’une trentaine de kilomètres. Grâce à un appel radio, Codos parvient à se faire livrer de l’essence pour atteindre Massaoua où il fait le plein pour rejoindre Djibouti le 12 février.

Mai 1941, il n’est plus question de passer par Tripoli, et les hydravions sont inutilisables. C’est à bord d’un Amiot 370 que les liaisons s’effectueront au départ de Marignane. Codos en assurera quelques-unes, la dernière, le 12 mars 1942.
En octobre 1943, il rentre dans la résistance dans le réseau B.C.R.A comme agent de renseignements. Il est arrêté par la gestapo. Rapidement libéré, il rejoint l’Armée de libération.
Le 8 août 1950, , le capitaine Paul Codos est rayé des cadres... 7598 heures 48 minutes en vol, dont 135 durant la guerre 14-18, et 75 h 39 minutes lors du second conflit mondial.

Paul Codos disparaît le 30 janvier 1960.

Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine

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