Citadelle d’Amiens

Construction (1598 - 1622)

Symbole de l’autorité royale, cette ancêtre des citadelles de Vauban a joué son rôle de défense du royaume, jusqu’à ce qu’Amiens perde son rôle de ville frontière sous Louis XIV. Son histoire se poursuit cependant lors de la guerre de 1870 et pendant la Grande Guerre.


Citadelle d’Amiens Crédits : Carte postale gralon.net

Restée jusqu’en 1998 la propriété de l’armée, la Citadelle, est un lieu mal connu des Amiénois. Pourtant, elle a joué un rôle très important dans l’histoire de la ville et demeure le témoin d’un lourd passé. Le 29 novembre 1870, alors qu’Amiens est assiégée, le Commandant Vogel, replié dans la citadelle avec environ 400 hommes, tombe sous le feu des prussiens. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Citadelle qui sert à l’Occupant de prison et d’infirmerie, est aussi un lieu de tortures et d’exécutions. Deux poteaux de fusillés en témoignent ainsi qu’un champ de tirs dans le fossé nord.

La citadelle, symbole de l’autorité royale

Pourquoi une citadelle à Amiens ? La ville d’Amiens a été créée car elle se trouve sur le chemin de la voie romaine. Les légions de César veulent traverser la Gaule jusqu’à Boulogne-sur-Mer, qui sert de tête de pont pour aller conquérir la Grande-Bretagne. C’est une ville frontière au Nord du royaume qu’il faut protéger par des fortifications. François Ier va construire un élément défensif extérieur à la ville : la porte du Ravelin de Montrescu. Elle tire son nom d’un motif sculpté qui représentait un ange montrant du doigt l’Ecu de France. Elle est appelée Porte François 1er. On y voit des salamandres qui sont son emblème. Les Amiénois ont refusé une garnison royale, parce que ça coûte cher et que ça apporte du désordre. Le 11 mars 1597, la ville tombe aux mains des Espagnols commandés par Herman Tello. C’est l’épisode resté tristement célèbre de « la surprise d’Amiens ». Des mercenaires wallons déguisés en paysans arrivent avec des sacs de pommes et de noix. Ils franchissent la première porte, celle du Ravelin de Montrescu qui n’était pas gardée, puis arrivent à la seconde porte où quelques « gagne-deniers » jouent aux cartes. Les chariots contenant les sacs sont renversés, ce qui apporte la confusion. Les gardes affamés se jettent sur la nourriture et sont poignardés. L’épisode vaudra aux amiénois le sobriquet picard d’ « Amiénoés, maqueux d’noés » soit Amiénois mangeurs de noix. Un corps d’infanterie suivie d’une cavalerie nombreuse investit la ville basse. La ville est prise en quelques minutes. Henri IV est furieux. Reprendre la ville serait un symbole fort de sa légitimité qu’une grande partie des Français ne lui reconnaît pas encore. Le siège d’Amiens dure 6 mois. Le 25 septembre 1997, Henri IV obtient la reddition des assiégés. Il reprend la ville et décide immédiatement la construction de la citadelle qui commencera en 1598 pour s’achever en 1622. La citadelle domine la ville et devient le symbole du pouvoir royal. C’est le 3e symbole de la ville avec le beffroi, symbole communal et la cathédrale, symbole épiscopal.

 

La grand-mère des citadelles de Vauban

La citadelle est un ouvrage pentagonal à cinq bastions précédé de larges fossés et ceints d’un chemin couvert. L’accès se faisait par trois portes. Chaque porte est une fragilité. La porte royale est précédée d’un ouvrage défensif, un accent circonflexe en demi-lune. Lorsqu’on venait de la ville, il fallait rentrer dans la demi-lune par une porte. On sortait par un pont qui traversait le fossé. Il fallait que le tablier du pont-levis soit baissé. Il fermait hermétiquement la porte, ce qui était très efficace. Pour construire la citadelle, il a fallu creuser le fossé dans la falaise. Son maître d’œuvre, Jean Errard de Bar-le-Duc, ingénieur militaire du roi s’est inspiré de l’architecture italienne de la Renaissance. Le passage de l’artillerie du boulet de pierre à celui du boulet de fer va avoir des incidences sur la manière de construire. Le boulet de fer entraîne la dislocation de la maçonnerie. L’architecture disparaît en hauteur et s’enterre. L’effet des boulets de canon sur un matelas en terre est nul. Il faut le maintenir à l’aide d’un parement de pierres et de briques. On aperçoit des fours qui servent à faire rougir les boulets d’où l’expression « tirer à boulets rouges ». La citadelle d’Amiens est la grand-mère des citadelles de Vauban, de l’architecture rasante bastionnée. Jean Errard en serait l’inventeur. Il est l’auteur en 1600 d’un ouvrage qui le rendit célèbre, La Fortification réduite en art et démontrée, où il définit les bases de l’architecture militaire du XVIIe s. Le principe : elle disparaît à hauteur de terrain. C’est un jeu de géométrie lié à l’art de faire la guerre. Ainsi, la distance entre deux bastions représente deux fois la longueur de portée d’un mousquet. Il faut que les canons aient une portée visuelle la plus longue possible. Au-delà du fossé, il n’y a donc pas de constructions ou seulement quelques unes autorisées à titre provisoire. On peut encore voir aujourd’hui des maisons en bois dans le quartier de la citadelle à Dunkerque, que l’on pouvait raser rapidement entre l’assiégeant et l’assiégé.

 

Un verrou au nord jusqu’au milieu du XXe siècle et même au-delà

Amiens perd le rôle de ville frontière sous Louis XIV. Plus la citadelle perd de son importance et plus on construit autour. Les faubourgs font leur apparition à mesure que les terrains sont vendus tout autour. La ville voit sa croissance bloquée tandis que sa démographie implose. Durant tout le XVIIe siècle et la première moitié du XVIIIe, 35.000 personnes s’entassent à l’intérieur des remparts. Au XIXe siècle, la ville ne pouvant s’étendre au nord, se développe au sud, à l’est et à l’ouest par excroissances successives. La citadelle est à l’origine du déséquilibre géographique de la ville et de la trame chaotique des rues. Il faudra raser les deux bastions à l’Est en 1952 pour faire passer l’avenue du Général de Gaulle suite au développement urbain des Trente Glorieuses.

Délaissée par les militaires, la ville d’Amiens a pu acquérir en 1998 ce vaste ensemble foncier. Le projet mis en œuvre d’aménagement de la Citadelle va s’attacher à recoudre des morceaux de la ville, quartier Saint-Pierre, quartier Saint-Maurice, grands ensembles des quartiers nord et îlot des Teinturiers, qui ne sont pas naturellement liés entre eux.
Citadelle d’Amiens, travaux Crédits : France 3 Picardie

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Ropars, Glen

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