Cimetières militaires en Picardie

Lieux de mémoire de la Première Guerre mondiale

Les nations combattantes ont souhaité, au terme des conflits, rassembler les tombes de leurs morts dans des cimetières à leurs couleurs, à l’endroit même où les combattants sont tombés. On rencontre ces cimetières au milieu des champs, surtout dans l’Aisne et la Somme.


- Église de Rancourt Crédits : CRDP d'Amiens

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, un nouveau type de nécropole apparaît dans le paysage rural du nord de la France, le cimetière militaire.

Les nations combattantes ont souhaité, au terme du conflit, inhumer leurs morts dans des lieux où leurs tombes seraient rassemblées, une volonté qui apparaît déjà aux États-Unis, suite à la Guerre de Sécession, cinquante années auparavant.

Cimetières britanniques


- Cimetière militaire anglais Crédits : CRDP d'Amiens

À coté des grandes nécropoles allemandes et françaises, de petits cimetières militaires britanniques se multiplient en Picardie. Les autorités anglaises souhaitent que leurs heros de la bataille de la Somme soient enterrés sur le lieu même du champ de bataille où ils se sont illustrés. Dans la mesure du possible.

Pour organiser cet effort gigantesque d’aménagement des petites nécropoles, une Commonwealth War Graves Commission , dont le siège en France est situé à Beaurains au Sud d’Arras, est créée. La France a cédé une concession à perpétuité à son allié pour chaque cimetière créé, 410 dans la Somme.

Ceux-ci sont conçus autour d’un modèle unique : un mausolée contenant le livre d’or, un autel, des stèles de couleur blanche sur laquelle est gravé le nom, prénom … du défunt ainsi que l’insigne régimentaire et une croix, la White Cross ou croix du sacrifice, elle-aussi de pierre blanche et ornée d’une épée de bronze. Des arbustes et des fleurs de multiples espèces et essences y rappellent le jardin d’Eden.

Cimetière allemand


- Cimetière militaire allemand de Saint-Quentin Crédits : CRDP d'Amiens

La ville de Saint-Quentin fut occupée par les troupes allemandes pendant quatre ans, de 1914 à 1917, date du « repli stratégique » ordonné par le général Ludendorf. La sous-préfecture de l’Aisne souffrit particulièrement de cette occupation à l’exemple de toutes les régions situées au nord du front. Les destructions n’ont épargné que 20 % des maisons.
La photographie montre les stèles de deux soldats allemands inhumés avec d’autres compagnons dans le cimetière militaire de Saint-Quentin. Ces deux hommes sont tombés en mai 1918 au cours de l’offensive de la dernière chance, engagée depuis mars 1918 par l’état-major allemand, avant que les troupes américaines puissent être opérationnelles.
La photographie vaut surtout pour le symbole : la mort réunit dans un même sacrifice deux soldats de confessions différentes : chrétienne (à gauche) et juive (à droite).

Malgré les efforts déployés par les anciens combattants juifs allemands pour faire respecter leurs droits, ils ne seront pas épargnés par le régime hitlérien.

Cimetière français


- Cimetière militaire de Rancourt Crédits : CRDP d'Amiens

La Picardie a payé un très lourd tribut aux deux conflits modiaux du XXe siècle. Le Chemin des Dames dans le département de l’Aisne et la Bataille de la Somme ne quittent pas la mémoire collective.

Si le Chemin des Dames évoque le sacrifice du combattant français, on associe souvent la Bataille de la Somme aux combattants anglais.

Pourtant, un automobiliste circulant sur la route nationale 17 de Péronne à Bapaume, s’arrêtant en chemin au cimetière militaire français situé sur la commune de Rancourt, constatera avec surprise l’étendue de la nécropole : 28000 mètres carré. 8566 corps dont 5327 à l’intérieur de tombes et 3240 dans l’ossuaire. Des soldats français reposent là dans la plaine picarde. Le promeneur a un aperçu des pertes importantes subies par l’armée française durant la Bataille de la Somme, en 1916.
L’importance de ce cimetière atteste la violence des combats au cours des trois derniers mois de l’offensive alliés, du mois de septembre au mois de novembre 1916.


- Église de Rancourt Crédits : CRDP d'Amiens

Rancourt est un objectif stratégique décisif. La prise de ce village doit permettre de rompre le lien de communication établi par l’ennemi avec la route Bapaume-Péronne et de poursuivre l’offensive vers l’est.

Cette mission est confiée au 32e corps d’armée français et à ses régiments, à partir du 25 septembre 1916.

Le cimetière de Rancourt est créé en 1921. C’est un regroupement de petits cimetières, de tombes éparses ou de fosses communes. Il procède de la volonté de l’État français de rassembler les corps des soldats défunts dans des nécropoles nationales, celles-ci coexistant avec les lieux d’inhumation créés au moment même des combats dans la zone du front, ceux qui s’établissent également à proximité des lieux de soins, plus à l’arrière.

Ces vastes cimetières ont pour ambition d’accompagner le travail de deuil de milliers de familles, ces lieux de mémoire mieux identifiés leur facilitant le déplacement. Ils permettent aussi la restitution des corps aux proches qui en font la demande (240000 exhumations entre 1921 et 1923).
Les sépultures militaires demeurées dans les nécropoles nationales sont entretenues par les soins de l’État. Selon la circulaire du 24 février 1927, une disposition type de ces nécropoles est adoptée. L’entrée est marquée par deux portillons en bois (remplacé de nos jours par le métal). Viennent ensuite les alignements de rangées doubles de tombes, individuelles, que sépare une allée centrale laissée en terre. Le plus souvent, un rosier est là pour fleurir l’endroit, dominé par un mât porte-drapeau au sommet duquel flottent les couleurs nationales.
Ajoutons que l’égalité, chère au peuple français, règne en ces lieux de mémoire. Ainsi, aucune distinction n’est faite par rapport au grade dans l’aspect des tombes. On ne voit que des croix plantées, les soldats sont égaux devant la mort, ils le demeurent à l’intérieur du cimetière qui les rassemble. L’ordre alphabétique est de mise dans les cimetières militaires, tout comme sur les plaques commémoratives et les monuments aux morts.


- Église de Rancourt Crédits : CRDP d'Amiens
Une chapelle du souvenir construite en pierres de taille est inaugurée à Rancourt, en 1922, à proximité de la nécropole nationale. Curieusement celle-ci est née non pas du fait d’une décision officielle, mais d’une initiative privée, celle de la famille du Bos, originaire de la région picarde.

Ses membres ont émis le vœu d’ériger un monument à la mémoire de leur fils et de ses camarades de combat tués le 25 septembre 1916. 

Cimetière chinois


- Cimetière chinois de Nolette Crédits : CRDP d'Amiens

Ce cimetière n’est pas à proprement parler un cimetière militaire, mais c’est un lieu de souvenir intimement lié à la guerre.

La présence de ce cimetière à Nolette, sur la commune de Noyelles-sur-Mer, à proximité de la mer, s’explique par la présence d’un camp de travailleurs chinois, ouvert en décembre 1916 dans un contexte militaire difficile pour les alliés. Celui-ci était encadré par les troupes britanniques qui, au terme d’un accord avec les autorités chinoises, avaient enrôlé la main-d’oeuvre civile chinoise pour décharger les navires accostant à Saint-Valery-sur-Somme, le port le plus proche. Ces hommes assuraient en outre des travaux d’entretien et de manutention : le soir, ils étaient consignés dans le camp de Nolette. Leurs conditions de vie et de travail étaient particulièrement pénibles. En 1918, la grande majorité d’entre eux fut décimée par la grippe espagnole, ce qui explique la présence de ce cimetière de 870 tombes, sur chacune desquelles se côtoient des inscriptions chinoises et anglaises. La Grande-Bretagne en assure l’entretien.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Sahaguian Franck

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