Chevalier de la Barre

(1745 - 1766)

En plein siècle des Lumières, à Abbeville, le Chevalier de La Barre fut torturé et décapité à 20 ans pour « ne pas avoir salué une procession ». Cet événement, en frappant les esprits, a été l’un des catalyseurs amorçant le processus de déchristianisation.


Monument commémoratif du chevalier de la Barre - Monument du chevalier de La Barre à Abbeville Crédits : CRDP d'Amiens

L’histoire

C’est en août 1765 que les habitants d’Abbeville constatent qu’un crucifix du Pont-Neuf a été abîmé. Après quelques atermoiements, on finit par soupçonner un gentilhomme de dix-neuf ans, Jean-François Lefebvre dit le Chevalier de La Barre, déjà inquiété pour des propos impies et pour ne pas avoir accepté de se découvrir lors du passage d’une procession.

La condamnation du tribunal d’Abbeville le 28 février 1766 est sans appel : le Chevalier de La Barre est condamné à avoir un poing coupé, la langue arrachée et à être brûlé vif, après des aveux sous la torture et la découverte du « Dictionnaire philosophique » de Voltaire et d’autres livres licencieux chez lui.

Le Chevalier de La Barre essaie de se défendre tant bien que mal devant ce procès irrégulier en interjetant devant le Parlement de Paris, qui lui accorde d’être décapité avant d’être brûlé le 1er juillet 1766 par quinze voix contre dix. En outre, Voltaire est clairement visé durant le procès par le rapport du conseiller Pasquier qui appelle l’autodafé du « Dictionnaire philosophique » mais aussi l’éradication de son auteur « que Dieu demande en sacrifice ».

L’arrestation du philosophe en tant qu’instigateur de cette profanation est donc réclamée, ce dernier se réfugie au pays de Vaud (en Suisse près de Lausanne) puis demande asile auprès du « despote éclairé » Fréderic II le Grand, roi de Prusse.

De son exil, Voltaire s’élève contre l’iniquité et la cruauté de ce procès réclamant la révision de ce dernier, comme le montre sa lettre au Comte d’Argental :

« L’atrocité de cette aventure me saisit d’horreur, et de colère. Je me repens bien de m’être ruiné à bâtir et à faire du bien dans la lisière d’un pays où l’on commet de sang-froid, en allant diner, des barbaries qui feraient frémir des sauvages ivres. Et c’est là ce peuple si doux, si léger et si gai ! Arlequins anthropophages ! je ne veux plus entendre parler de vous. »

Le philosophe ne réussit pourtant pas à faire réviser le jugement, malgré ses protestations et la demande de réhabilitation, dans les cahiers de doléances, du chevalier par la Noblesse de Paris.

Les conséquences

Le chevalier De La Barre fut la dernière personne exécutée en France pour blasphème. Il est victime de l’obscurantisme religieux et des petits complots de la bourgeoisie locales (le lieutenant du tribunal d’élection chargé de l’enquête est un ennemi acharné du Chevalier depuis que sa tante, qui a recueillit La Barre, l’abbesse de Willancourt, a repoussé ses avances.). Sa cause deviendra aussi célèbre que celle de Calas à Toulouse et de Sirven à Castres.

Son exécution, symbole de l’arbitraire de la justice et de sa collusion avec le pouvoir religieux, est l’un des grands événements amorçant le processus de « déchristianisation » de la France au XVIIIe siècle.

Il faut cependant attendre La Convention en 1793 pour que le Chevalier de La Barre soit réhabilité avant d’être élevé à la figure de victime du fanatisme catholique au XIXe siècle. Il est devenu un symbole de la lutte pour la laïcité et une icône de la Libre Pensée. 


Monument du martyr du chevalier de la Barre - Monument du chevalier de La Barre à Abbeville (détail) Crédits : CRDP d'Amiens

Le monumentd’Abbeville est érigé en 1907, par souscription publique sur les berges du canal de la Somme. Il est alors le symbole du combat contre le cléricalisme et est aujourd’hui celui de la laïcité.


Le chevalier de la Barre - Statue du Chevalier de La Barre à Montmartre Crédits : David Monniaux, Creative Commons

L’affaire du chevalier, vue par Voltaire

Dans l’article « Torture » du Dictionnaire philosophique , Voltaire fait le récit du martyr du Chevalier de la Barre avec une ironie grinçante :

Lorsque le chevalier de La Barre, petit-fils d’un lieutenant général des armées, jeune homme de beaucoup d’esprit et d’une grande espérance, mais ayant toute l’étourderie d’une jeunesse effrénée, fut convaincu d’avoir chanté des chansons impies, et même d’avoir passé devant une procession de capucins sans avoir ôté son chapeau, les juges d’Abbeville, gens comparables aux sénateurs romains, ordonnèrent, non seulement qu’on lui arrachât la langue, qu’on lui coupât la main, et qu’on brûlât son corps à petit feu ; mais ils l’appliquèrent encore à la torture pour savoir combien de chansons il avait chantées, et combien de processions il avait vues passer, le chapeau sur la tête.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; CRDP Picardie

Vos commentaires

  • Le 28 mars 2015 à 11:25, par BILITIS En réponse à : Chevalier de la Barre

    C’est une barbarie, pourquoi toutes ces tortures c’est horrible, jamais le Chevalier de la Barre
    ne méritait cela. C’est un scandale !
    A l’heure actuelle, avec tous les humoristes que nous avons, bon et moins bons, ils risqueraient
    leur tête et d’être torturés avec tout ce qu’ils racontent !

    Répondre à ce message

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