Chemin des Dames (le)

Printemps 1917, tragédie de la Première Guerre mondiale

L’un des épisodes les plus tragiques de la Première guerre mondiale est le tristement célèbre Chemin des Dames, 30 km de plateau entre les cours de l’Ailette et de l’Aisne, siège de combats meurtriers.


Oulches, la vallée du Foulon - Oulches, la vallée du Foulon Crédits : CRDP d'Amiens

Ce point de vue charmant dominant vers le sud-sud-ouest le plateau du Laonnois dans lequel s’incise la vallée d’Oulches, affluent de l’Aisne, n’est rien d’autre que le rebord de la butte du Chemin des Dames.

Au premier plan le petit village dominé par son église. Paysage rural aux vastes parcelles en blé ou en semis de cultures de printemps, avec de nombreux lambeaux de forêts.
Le Chemin des Dames est une terre de combat. En 57 avant J.C., les légions de César combattaient 100.000 Gaulois qui « résistent encore et toujours à l’envahisseur ». Le 7 mars 1814, « c’est à Craonne, sur le plateau » déjà, que Napoléon, l’Empereur des Français, arrête la marche en avant vers Paris des troupes du maréchal prussien Blücher.
Au mois d’avril 1917, un siècle plus tard, c’est au tour de l’offensive Nivelle d’ensanglanter ces terres de l’Aisne, cet étroit plateau de l’Aisne situé entre les villes de Laon, au Nord, et Soissons, au Sud.
Voila pour l’histoire. Mais c’est à la géographie si particulière du site que l’on a recours si l’on veut expliquer la conjonction de ces faits d’armes sur le Chemin des Dames.
A l’origine, à l’ère tertiaire, les mers et autres lagunes déposent là leurs sédiments, sables et argiles, avant que, pendant les quarante millions d’années qui suivent, les cours d’eau ne morcellent ce plateau initial. Au Nord, l’Ailette, au Sud, l’Aisne, en ont tracé les bordures. Au regard attentif, il offre ainsi des panoramas, de superbes paysages. Cependant, avec sa trentaine de kilomètres de long, son altitude qui dépasse généralement 180 mètres et domine la plaine picarde, son orientation longitudinale suivant un axe Est-Ouest quasi parfait, il donne au stratège militaire un site défensif d’exception. Le tout à une centaine de kilomètres de la capitale parisienne.

Quant à cette dénomination originale, on s’accorde aujourd’hui à voir dans les Dames en question, deux des filles de Louis XV, Victoire et Adélaïde. Celles-ci prenaient ce chemin sur le plateau en question pour rendre visite à la comtesse de Narbonne-Lara, une de leurs dames d’honneur. Cette dernière en effet possédait alors le château de La Bove, à Bouconville, non loin de là, à l’Est du Chemin des Dames. C’est pour faciliter le voyage de ces Dames de France que le chemin emprunté est d’ailleurs aménagé vers 1780. Une route pavé de grès est toujours visible, non loin du château de la comtesse, lorsque l’on descend vers la maison forestière de Vauclair.

La caverne du dragon

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Caverne du dragon - Entrée d'un tunnel allemand Crédits : Canopé-CRDP Amiens

La Caverne du Dragon est un des sites emblématiques du Chemin des dames.

Au commencement, ce lieu est une carrière souterraine creusée dans le calcaire du plateau du Chemin des Dames, une creute . Située là où celui-ci est le plus étroit, la Caverne du Dragon offre un large panorama sur la vallée de l’Aisne.

Cette position militaire devient un lieu stratégique de l’offensive Nivelle, au printemps 1917.

Dès le 25 janvier 1915, les troupes allemandes lancent une attaque victorieuse sur la Caverne du Dragon. Ils confortent ainsi leur position et se trouvent désormais à quelques centaines de mètres de la première ligne française, à quatre-vingts mètres en surplomb.

Ce poste avancé est par la suite fortifié et humanisé. L’électricité, le téléphone, l’eau potable y sont installées, tandis qu’un tunnel relie la Caverne aux lignes arrières, permettant l’acheminement de renforts, de munitions, l’évacuation des blessés.

Le 16 avril 1917, lors de l’assaut de l’offensive Nivelle, sortant de la Caverne du Dragon, les Allemands prennent à revers les régiments sénégalais qui s’étaient lancés à la conquête de l’isthme d’Hurtebise. C’est là, après plusieurs attaques successives, que les forces françaises vont tenir quelques tranchées.

Le 25 juin suivant, la 164e division d’infanterie découvre enfin l’entrée du tunnel, piégeant les Allemands dans la cavité, et investit la place. Celle-ci était devenue une véritable caserne, à quinze mètres sous terre.

Après la guerre, la Caverne du Dragon devient un lieu de mémoire, un site touristique majeur.


La caverne du dragon, chemin des Dames, Oulches - La caverne du dragon, chemin des Dames, Oulches Crédits : CRDP d'Amiens

Le 4 mai 1969, un musée est inauguré sur le site de la Caverne du Dragon. En 1995, celui-ci est confié au Conseil général de l’Aisne par le Souvenir français.

Un nouvel espace muséographique consacré à la Première Guerre mondiale, aménagé dans les lieux souterrains, est ouvert au public depuis juillet 1999.

La Caverne du Dragon est le musée le plus visité du département de l’Aisne. 

Constellation de la douleur, le sacrifice des tirailleurs sénégalais


Constellation de la douleur, chemin des Dames, Oulches - Constellation de la douleur, chemin des Dames, Oulches Crédits : CRDP d'Amiens

Le 16 avril 1917 au petit matin, 15000 tirailleurs sénégalais s’élancent à l’assaut du plateau du Chemin des Dames.

Ce jour là, 1400 d’entre eux meurent dans ces combats pour la conquête des pentes d’Ailles, de la ferme d’Hurtebise et du mont des Singes. Ces soldats venus de loin pour combattre sur le sol français sont fauchés par les mitrailleuses allemandes, encore opérationnelles après des jours d’intenses bombardements.

Les pertes humaines énormes que connaît l’armée française depuis 1914 rendent indispensables l’aide des colonies, de l’Empire.

Ces nouveaux combattants sont originaires de l’ensemble des colonies d’Afrique occidentale : Sénégal, Côte-d’Ivoire, Bénin, Guinée, Mali, Burkina-Faso, Niger et Mauritanie.

164.000 d’entre-eux sont recrutés dans les années 1915-1916, sans ménagements, et même parfois avec une grande violence. Dans l’actuel Burkina-Faso, c’est au prix de dizaines de villages incendiés que les hommes partent pour l’Europe et sa guerre des tranchées.

En 1917, 20 bataillons sont placés sous le commandement du général Mangin, l’officier général qui publiait déjà en 1910 un ouvrage au titre retentissant, La Force noire . Celui-ci croyait dans les vertus guerrières des Africains, ces qualités permettant de constituer des unités d’une « incomparable puissance de choc ».

Malgré une préparation militaire éprouvante effectuée dans le Midi de la France, plus d’un millier de ces soldats coloniaux sont évacués avant le commencement de l’offensive de printemps. La dureté du climat en ce début d’année décime leurs rangs.

En première ligne et sur les deux ailes de la VIe armée, ces « tirailleurs sénégalais » ne sont pas épargnés lors de ces combats, très meurtriers, qui dureront jusqu’à la fin de l’été. À tel point que le député Diagne des « Quatre communes du Sénégal » interpelle ses collègues à la Chambre des députés à ce sujet.

Le général Mangin est relevé de son commandement dès le 29 avril, par son supérieur hiérarchique, le général Nivelle, avant que celui-ci ne soit lui-même limogé, peu de temps après.

Au total, 29000 de ces soldats coloniaux et africains sont morts au cours de la Première Guerre mondiale, soit un homme mobilisé sur cinq.

Ces taux de pertes correspondent à ceux des troupes métropolitaines engagées dans les combats, la « force noire » méritait bien un hommage spécifique de la nation.

Peu d’entre eux seront médaillés.

Le 13 juillet 1924, à Reims, un monument « Aux héros de l’Armée noire » est inauguré. Le même groupe en bronze sculpté par Paul Moreau-Vauthier est élevé à Bamako, au Mali.

Sur le Chemin des Dames, il faudra attendre le 22 septembre 2007 pour que soit inauguré la « Constellation de la douleur », une œuvre sculpturale due à Christian Lapie, sur l’initiative du Conseil général de l’Aisne.

Ces neuf sculptures sont implantées sur une parcelle appartenant au département, à proximité de la Caverne du Dragon, sur les lieux même où ces tirailleurs africains sont tombés par centaines en 1917.

Selon l’artiste, ces figures sans bras ni visage, monumentales et puissantes, interrogent et déstabilisent .

Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine ; CRDP Picardie

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