Charlemagne

Roi puis empereur (742 - 814)

L’empereur à la barbe fleurie est proclamé roi à Noyon. Trente deux ans plus tard, il devient empereur d’un vaste territoire héritier de l’Empire romain d’Occident.


Charlemagne et son fils Louis le Pieux - Charlemagne et son fils Louis le Pieux

Fils aîné de Pépin Le Bref et de Bertrade, fille du comte de Laon Caribert, Charlemagne est né dans un des palais royaux de la Vallée de l’Aisne ou de l’Oise.

En 768, Pépin meurt et partage son royaume entre ses deux fils. Charlemagne, proclamé roi à Noyon, réside dans cette ville alors que son frère Carloman habite Soissons. A la mort de Carloman, Charlemagne spolie ses neveux et réunit sous son autorité les deux parties du royaume de son père. Il lance ensuite des expéditions successives en Flandres, en Lombardie et au-delà des Pyrénées.

En l’an 800 il devient empereur d’un vaste territoire héritier de l’Empire romain d’Occident.

La légende

L’EMPEREUR À LA BARBE FLEURIE, extrait d’un article de Loïc Joffredo ( lisible en intégralité sur le site du Centre National de Documentation Pédagogique ).

Déjà de son vivant, l’empereur fait l’objet d’une dévotion exceptionnelle. Sa mort, en 814, à l’âge extraordinaire pour l’époque de 72 ans, amorce une longue période où le culte de Carolus Magnus (devenu Charlemagne) verse dans l’hagiographie et le merveilleux, et brouille la réalité du souverain.

Le triomphe posthume du « phare de l’Europe, qui répand une lumière plus resplendissante que le soleil », est largement lié à la nostalgie de ces temps heureux que regrette l’historien Nithard vers 845 : « La paix et la concorde régnaient en tous lieux... C’était alors partout l’abondance et la joie, c’est maintenant partout la misère et la tristesse. » Le siècle qui suit la mort de Charles est en effet marqué par le partage de son empire et son affaiblissement sous les coups de boutoir des invasions normandes, sarrasines et hongroises. Divisée par les héritages et les prétentions féodales, l’Europe de la fin du premier millénaire vit dans le souvenir d’un règne qui savait imposer l’unité et la justice. Sur un grand nombre de représentations, Charlemagne est ce personnage de vieillard sage, « à la barbe chenue », portant écu et bannière aux armes frappées à la fois des aigles germaniques et des fleurs de lys. Ni la partie allemande, ni la partie française de l’Occident n’en font donc en apparence l’objet d’une revendication « nationale ».

Cependant, la dynastie allemande des Ottoniens (du nom de son fondateur, Otton Ier) distingue vite en Charlemagne une figure spirituelle tutélaire qui justifie la renaissance de l’autorité impériale en 962. Otton III, dit-on, lorsqu’il fit procéder à l’ouverture du tombeau à Aix, vint adorer la dépouille de Charles, assise sur son trône, comme vivante, n’ayant en tout cas pas subi les atteintes de la corruption. Apothéose de ce culte édifiant, la canonisation de l’empereur intervient en 1165, voulue par Frédéric Ier, le « nouveau Charlemagne ». Les restes du « saint », enchâssés dans un reliquaire, font alors l’objet d’un culte liturgique de grande ampleur.

Vénéré et prié en Allemagne, Charlemagne est davantage chanté en France. Il accomplit, sous la plume des poètes et des clercs, un parcours mythologique des plus prodigieux. Dans les chansons de geste, qui racontent les temps héroïques d’une nation en devenir, il incarne d’une manière très mouvante un personnage selon les exigences du moment. Élu « roi de Saint-Denis » lorsque l’abbaye s’impose dans le royaume, Charlemagne devient, au temps des croisades, un roi-chevalier bataillant en Espagne ou accomplissant même un pèlerinage à Jérusalem, mais aussi un tyran coléreux et cruel lorsque les conflits entre l’aristocratie féodale et le souverain ternissent la figure royale. Bien qu’issus d’une dynastie qui mit un terme à la période carolingienne, les rois capétiens continuent de porter le titre de rex Francorum, tout du moins jusqu’à Philippe Auguste, premier rex Franciae (roi de France, donc) ; et ils puisent dans la mémoire de Charlemagne une légitimité historique lorsqu’ils prétendent à la couronne impériale : Philippe Auguste, François Ier, Louis XIV, et jusqu’à Napoléon lui-même, invoquent le glorieux « ancêtre » pour justifier leurs entreprises d’expansion.

Avec le XVIIIe siècle des Lumières et le XIXe siècle des nations, Charlemagne est perçu positivement en Allemagne et plus négativement en France. Vieux souverain absolutiste aux yeux de Voltaire, il séduit toutefois les romantiques dans leurs rêves européens. Mais, après 1870, l’empereur « germain » ne figure plus au panthéon de la IIIe République que sous l’image d’un souverain paternel et « républicanisé » que popularisent les manuels scolaires.

Aujourd’hui encore, ce « sacré Charlemagne » est une figure double. Symbole d’une Europe en construction (chaque année, un prix Charlemagne récompense un de ses artisans), il continue pourtant de faire l’objet de revendications à caractère « national » : lorsque, l’an dernier, son sarcophage est envoyé à Berlin afin d’y être restauré, comment ne pas voir dans ce voyage vers la nouvelle capitale allemande le symbole de la renaissance d’un pays ?

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Picardia

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