Chapelant, Jean-Julien

Fusillé pour l’exemple en 1914

Jean-Julien, Marius Chapelant, né le 4 juin 1891 dans le Rhône, est mort en octobre 1914 à Beuvraignes, dans la Somme. Ce sous-lieutenant français, qui commandait la 3e section de mitrailleuses du 98e RI, a été fusillé pour l’exemple le 11 octobre 1914.


Jean-Julien Chapelant Crédits : Wikicommons

Les faits

7 octobre 1914, près de Roye. Le jour est à peine levé que l’artillerie allemande fait feu sur la section de mitrailleuse commandée par Jean-Julius Chapelant, 23 ans. Des hommes sont tués, une des deux mitrailleuses françaises est bloquée, les Allemands entourent la tranchée dans laquelle Chapelant et ses hommes se trouvent.

A ce moment précis , les versions des événements qui ont mené à la condamnation à mort de Chapelant différent...

Un témoin oculaire, dont le récit concorde avec ceux d’autres soldats, raconte : « La mitrailleuse que je servais continue sa besogne. Mais bientôt deux projectiles la mettent hors d’usage. J’en rends compte au lieutenant qui me répond : défendez-vous avec vos mousquetons. Hélas ! Nous n’avions plus de munitions. Nous étions, en outre, très inférieurs en nombre. La situation devient de minute en minute plus critique.
On apprend que le capitaine Rigaud a été tué, que les hommes de la 3e compagnie ont été capturés. Chapelant sort de la tranchée pour voir ce qui se passe. Plusieurs camarades le suivent. Ils sont cernés par un fort détachement allemand et faits prisonniers. Une balle blesse Chapelant au genou.
. »

L’autre version, celle du commandement, affirme que Chapelant décide de se rendre, agite un mouchoir blanc pour inciter ses hommes à en faire autant, et reçoit une balle dans la jambe, avant d’être secouru par des brancardiers.

De fait, grièvement blessé à une jambe par une balle allemande, fait prisonnier, il réussit cependant à s’échapper et à regagner les lignes françaises deux jours plus tard, dans un état de grand épuisement.

La « garde à vue »

Le 8 octobre, le lieutenant-colonel est informé qu’on a vu le lieutenant Chapelant, blessé, sur le terrain. Il ordonne : « Qu’on aille le chercher ! Je le ferai fusiller pour exemple. »

Dans la matinée du 9 seulement, c’est-à-dire après qu’on ait laissé le blessé une nuit entière là on l’avait aperçu la veille, les brancardiers Coutisson, Sabatier, Goulfes vont le ramasser. Ils le trouvent étendu à 50 mètres environ de la voie ferrée. Chapelant est épuisé. Péniblement il raconte qu’il a profité du brouillard pour s’évader.

On le porte tout d’abord au poste de secours, à 600 mètres en arrière, puis en le conduit à l’ambulance du Plessis, à environ 4 km des Loges.

Pour ne pas perdre de temps, le lieutenant-colonel Didier donne l’ordre de l’amener, le jour même, au château des Loges où il doit subir un premier interrogatoire, dont nulle trace n’a été trouvée !

Le soldat Bierce retourne donc au Plessis, et Chapelant, à qui chaque mouvement arrache un cri de douleur, est transporté au château. Tandis que les infirmiers le reconduisaient au Plessis, Chapelant prononce cette seule phrase : « Pourquoi le colonel ne menace-t-il de me faire fusiller ? J’ai cependant fait tout mon devoir. »

Dans la cour, le lieutenant-colonel attend et aperçoit le tombereau dans lequel le blessé est étendu. Il s’avance et questionne Bierce.

« Qu’amènes-tu là, toi ? »
« Le lieutenant Chapelant, mon colonel. »
« Comment dis-tu ? Le lieutenant ! Ce n’est pas un soldat ! C’est un lâche ! »

Le blessé est immédiatement conduit dans une pièce, où autour du colonel, plusieurs officiers sont réunis.

Le « procès »

La Cour martiale se réunit le 10 dans une chambre du château des Loges.
Pour la troisième fois le tombereau transporte Chapelant aux Loges. Aucun soldat n’assiste à l’audience.
L’acte d’accusation stipule :

1° - le sous-lieutenant Chapelant connaissait la mort du capitaine Rigault, lorsque circula le premier papier du sergent major G... et, étant le seul officier, n’a pas pris le commandement de la ligne de feu.

2° - le sous-lieutenant Chapelant n’a rien fait pour contre-balancer les assertions du sergent-major, ni pour empêcher de laisser circuler des papiers dont la lecture était déprimante pour une troupe dans le moral était déjà affaibli.

3° - le sous-lieutenant Chapelant s’est rendu à l’ennemi sans aucune pression de la part de cet ennemi, seulement parce qu’il avait vu une vingtaine d’hommes de la 3e compagnie qui agitaient des drapeaux blancs au milieu des lignes adverses.

4° - le sous-lieutenant Chapelant, sans aucune menace de la part de l’ennemi, n’a pas hésité à exhorter les soldats français restés fidèles au poste à se rendre.

Le jugement

Acte de jugement du conseil spécial de guerre (Le chef de bataillon Gaube, président du Conseil de guerre, le capitaine Raoux, juge, le lieutenant Bourseau, juge), du 10 octobre 1914 :

Le nommé Chapelant Jean - Julien - Marie, né le 4 juin 1891 à AMPUIS (Rhône), sous-lieutenant au 98e R.I., domicilié à Roanne,

Convaincu d’avoir capitulé en rase campagne en faisant poser les armes à sa troupe et en l’entraînant dans sa capitulation, sans avoir au préalable fait ce que lui prescrivaient le devoir et l’honneur.

Est condamné à l’unanimité des voix à la peine de mort avec dégradation militaire, par application de l’article 210 du Code de justice militaire.

L’exécution, le 11 octobre à 9 h 45 du matin.

Aussitôt la nouvelle connue, une vive agitation se manifeste parmi les hommes. Une trentaine de soldats quittent même la tranchée pour venir protester contre cet assassinat, et c’est alors que le lieutenant-colonel , prévenu, se décide à se rendre à l’endroit du supplice.

Les infirmiers reçoivent alors l’ordre de l’enlever et de le transporter en face du château, de l’autre côté de la route. Chapelant, absolument incapable de faire un mouvement, est ficelé sur le brancard qu’on dresse ensuite contre un pommier.

Il dit, avant de mourir, « Je meurs innocent. On le saura plus tard. Surtout ne dites rien à mes parents. »

Les circonstances de sa mort ont durablement marqué les esprits : l’histoire de Chapelant inspira ainsi Humphrey Cobb pour son roman Les Sentiers de la gloire, paru en 1935, adapté au cinéma par Stanley Kubrick en 1957. Le film de Kubrick fut d’ailleurs interdit de diffusion en France jusqu’au début des années 70.

Jean-Julien Chapelant réhabilité

98 ans plus tard, en novembre 2012, le ministre délégué aux Anciens combattants décide de lui attribuer la mention « mort pour la France ».

Il faut dire que le combat pour la réhabilitation de Chapelant était devenu, dans l’entre-deux-guerres, une véritable cause pour une partie de la gauche. Des dizaines d’articles lui furent consacrés, notamment par le philosophe Alain. Sa tombe fut régulièrement fleurie par l’Union des mutilés et anciens combattants, qui y apposa une plaque de marbre en hommage à ce « martyr des conseils de guerre ». Et en 1935, quand la Cour spéciale de justice militaire créée trois ans plus tôt se sépara, un comité pour la réhabilitation de Chapelant se constitua.

Musée de l’Arsenal, à Soissons, exposition « Fusillé pour l’exemple - Les Fantômes de la République », du 6 décembre 2014 au 15 février 2015. Entrée gratuite.

Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine

Vos commentaires

  • Le 23 janvier 2015 à 16:08, par MElisabeth T. En réponse à : Chapelant, Jean-Julien

    Ne pas se tromper d’ennemi, ne pas faire le travail de ses ennemis, c’est bien la difficulté de toute situation extrême, comme on peut le voir en ce moment avec la suspicion qui entoure imâms et musulmans de France.
    La très grande majorité d’entre eux n’aspirent qu’à la paix pour avoir vécu le terrorisme en Afrique ou au Proche Orient, et sont des défenseurs de la laïcité à la française : « Si nous voulions la charia, eh bien nous aurions émigré en Arabie Séoudite », m’a dit un imâm qui sait de quoi il parle. Elevé dans les quartiers Nord de Marseille, il s’est établi en Algérie. Il a ouvert un commerce qui a été incendié dans les années 90 parce qu’il prône un Islam d’ouverture et fraternité. Les premières et plus nombreuses victimes de l’islamo-gangstérisme, ce sont, il faut en prendre conscience, les musulmans.

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