Caudron, Gaston et René

La grande histoire des avions

Gaston et René Caudron tiennent une place de choix dans les débuts de l’aéronautique française. Si le temps a posé son ombre sur leur nom, leur destin n’en reste pas moins fabuleux. Retour sur quelques décennies d’exploits, qui commencèrent en baie de Somme.


Embarquement de l’hydravion Caudron « La Foudre » Crédits : World Imaging
Avions Caudron, une rime simple pour un destin extraordinaire. Depuis la ferme de Romiotte, près de Ponthoile, à quelques encâblures du Crotoy, où ils grandissent, Gaston et René Caudron, frères de sang et de passion, n’auront de cesse de quitter le plancher des vaches. La vie les mènera au sommet, à coup d’audace et d’invention. Les noms des plus grands aviateurs seront accolés à la marque de leurs appareils, parmi lesquels Hélène Boucher et Maryse Bastié.
Hélène Boucher devant son Caudron « Rafale » Crédits : langladure

Tout commence avec une jument…

L’aîné, c’est Gaston, baptisé d’ailleurs Alphonse ; il naît le 18 janvier 1882, à Favières, en lisière de la baie de Somme. Son frère René y voit aussi le jour, le 1er juillet 1884. Études à l’école de Rue, au collège d’Abbeville, puis la ferme familiale les retrouve, avant le service militaire dans l’artillerie. Entre les machines agricoles et la motocyclette, le duo développe très tôt un intérêt pour la mécanique ! Mais c’est sans doute l’écho des frères Wright qui fait poindre chez eux l’étincelle : après leur premier vol sur un avion motorisé en 1903, les deux pionniers américains sont invités en France, près du Mans. C’est en 1908. Gaston et René se mettent au travail : l’un trace les plans, l’autre bâtit un hangar, un menuisier donne un coup de main, et voici le premier modèle Caudron : un grand biplan tout en bois et parchemin qui attendra longtemps ses deux moteurs commandés. Si longtemps, que les frères se lancent dans un essai sans moteur : Luciole, la jument de la ferme, tracte l’engin, qui décolle et effectue des lignes droites, sur quelques centaines de mètres. Nous sommes au printemps 1909.

Un incroyable succès populaire

Désormais, tout va très vite : début 1910, les Caudron construisent l’atelier Aéroplanes Caudron frères à Rue et produisent un nouveau prototype, équipé, cette fois, d’un moteur ! L’engin vole avec facilité en avril 1910 : 10 km aller-retour entre Romiotte et Forest-Montiers. La machine est lancée, Gaston et René abandonnent l’agriculture, ils passent leur brevet de pilote délivré par l’Aéro-Club de France et ouvrent une école de pilotage sur la plage du Crotoy – histoire d’alimenter les caisses de l’usine, qui emploiera bientôt jusqu’à cinquante personnes. La notoriété des frères est quasi instantannée : les journaux et les curieux suivent de près leurs vols, l’école est un succès, des cartes postales sont éditées à leur effigie ! « Nous sommes heureux, écrit un quotidien local, d’annoncer à nos lecteurs que M. René Caudron, de Ponthoile, persévérant dans ses expériences d’aviation, tentera, si le temps le permet, la traversée de la baie de Somme en aéroplane, du Crotoy à Cayeux, le dimanche 15 mai courant vers cinq heures du soir. Nous souhaitons bonne chance au sympathique aviateur et faisons des vœux pour la complète réussite de son projet. »
Brevet de pilote de René Caudron Crédits : antonyB/gallery

Au-delà des frontières de la Picardie

De leurs débuts à 1914, les frères Caudron auront construit vingt modèles d’appareils, soit une centaine d’engins : biplans, hydravions, engins amphibie… Très vite, ils font le tour des meetings, salons, concours, récoltant la notoriété. Ainsi, la Société des avions Caudron est sollicitée par la Marine française, le ministère de la Guerre et même… le gouvernement chinois, qui commande une escadrille de douze avions biplace en 1912 ! René fait le voyage : il survole la Cité interdite, reçoit l’Épi d’or chinois, et la Légion d’honneur à son retour. Puis la Première Guerre éclate. Les Caudron y prennent activement part : ils ouvrent dès 1913 une école de pilotage destinée aux militaires, laissent à l’État la licence de leur avion G3, déménagent leur usine de Rue – menacée par l’ennemi – vers Lyon, ouvrent une autre usine à Issy-les-Moulineaux. Parfait avion-école, le G3 forma à son bord plusieurs milliers de militaires et rendit bien des services pendant le conflit. Mais les recherches se poursuivaient, et c’est en essayant un nouveau R4 que Gaston se tue, le 12 décembre 1915, près de Lyon. L’aventure Caudron continuera, menée par René seul. Avions militaires ou de tourisme, les modèles se succéderont, et le succès de la marque sera porté par maints records et exploits : en 1919, Jules Védrines se pose sur le toit des Galeries Lafayette à Paris ; en 1921, Adrienne Bolland franchit la cordillère des Andes au Chili ; en 1936, Hélène Boucher s’empare du record féminin de vitesse sur 3 km, à 445 km/h. En 1933, Caudron devient Caudron-Renault, une autre histoire allait s’écrire, loin de la Somme où René Caudron sera inhumé en 1959, dans le petit cimetière de Rue, auprès de celui qui fut bien plus que son frère.

Vient de paraître, en 2015, une BD sur les Frères Caudron.
Les Oiseaux Bleus, L’ épopée des Frères Caudron en Baie de Somme

Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine ; Marie Lecoustey

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