Cathédrale Notre-Dame d’Amiens

Gothique, construction (1220 - 1402)

« Vous aurez peut-être alors comme moi la chance, (...) de voir la cathédrale...se transfigurer tout à coup... » écrit Proust . Sa flèche en bois, recouverte de feuilles de plomb, est la plus ancienne de France. On sait aujourd’hui que les façades des cathédrales étaient peintes. Tous les étés, les illuminations redonnent à la cathédrale ses couleurs d’origine.


Cathédrale Notre-Dame d’Amiens

Vous aurez peut-être alors comme moi la chance, (...) de voir la cathédrale, qui de loin ne semble qu’en pierres, se transfigurer tout à coup, et, - le soleil traversant de l’intérieur, rendant visibles et volatilisant ses vitraux sans peintures, - tenir debout vers le ciel, entre ses piliers de pierre, de géantes et immatérielles apparitions d’or vert et de flammes . (Proust dans la préface de la Bible d’Amiens).

La cathédrale d’Amiens, chef d’œuvre de l’art gothique est construite au XIIIe siècle. Ce monument est celui de tous les records : 112 mètres de haut pour la flèche, 145 mètres de long, 70 m de large, 42,30 m de hauteur sous voûte dans la nef, 200.000 m3 de volume intérieur, 7700 m2 de superficie, 43 mètres .

Notre-Dame d’Amiens, la plus vaste église de France est considérée comme l’édifice de référence de l’art gothique. 

Elle est classée depuis 1981 au patrimoine mondial de l’U.N.E.CO

Historique


Portail de la cathédrale d’Amiens - Portail de la cathédrale d'Amiens Crédits : CRDP d'Amiens

1206 : Wallon de Sarton, chanoine de Picquigny apporte de Constantinople, au retour de la quatrième croisade le chef de Saint-Jean-Baptiste et l’offre à son évêque Richard de Gerberoy.

Amiens devient alors un lieu de pèlerinage à la croisée des chemins de Canterbury, Cologne, Aix-la-Chapelle, Saint-Jacques-de-Compostelle, Rome et Jérusalem. La cathédrale est située près de la Somme. Le fleuve a toujours joué un rôle important dans l’histoire de la ville. Voie de communication primordiale entre Amiens et Abbeville, et au-delà vers l’Angleterre, il est le moteur de la prospérité amiénoise au Moyen Âge. 

Vers 1218 : L’ancienne cathédrale romane datant de 1137 brûle dans un incendie, il faut songer à la reconstruire. Or, l’industrie textile est prospère et les teinturiers assoient leur fortune sur la waide, une plante régionale dont on extrait le bleu d’Amiens, couleur très recherchée pour teindre les tissus.

Grâce à cette prospérité, à l’argent de l’évêque et à celui des chanoines un nouveau monument digne des reliques de Saint-Jean-Baptiste est édifié.

1220 : début des travaux de fondations qui atteindront au maximum 8 mètres.

1236 : l’Hôtel Dieu quitte le site pour le quartier Saint-Leu afin de libérer totalement l’espace pour les travaux. La nef est pratiquement achevée.

1258 : incendie des échafaudages et des charpentes du chœur au-dessus des chapelles rayonnantes.

1269 : le gros œuvre de la cathédrale est achevé.

1288 : Pose du dallage.

1290-1375 : construction des chapelles latérales de la nef.

1366-1402 : couronnement de la tour Sud puis de la tour Nord.

1528 : incendie de la flèche.

1529-1533 : Construction de la flèche actuelle. C’est la plus ancienne flèche de cathédrale française en bois, recouverte de feuilles de plomb. Elle culmine à 112,70 mètres de hauteur.

Ce chantier fut conduit par trois maîtres d’œuvre successifs. Il faut probablement attribuer le plan de l’édifice, à l’exception du chevet, à Robert de Luzarches . Il élève les collatéraux de la nef jusqu’aux voûtes, ainsi que les porches de la façade occidentale.

Thomas de Cormont poursuit l’œuvre par le déambulatoire et ses chapelles rayonnantes, puis les parties hautes de la nef qu’il voûte.
Rosace de Notre-Dame d’Amiens - Vitrail de la cathédrale d'Amiens Crédits : Megathud

Le style de son fils, Renaud de Cormont se révèle différent. Ce maître monte les superstructures du chœur et de l’abside et lance à 42 mètres les voûtes de la croisée et des parties orientales.

La cathédrale en couleurs

Si, aujourd’hui, la plupart des églises ressemblent à de grands vaisseaux de pierre tout blancs, elles étaient autrefois peintes de couleurs éclatantes.

A Amiens, on le sait depuis 1992. C’est à cette date qu’est entrepris le chantier de restauration de l’édifice religieux. Utilisant la technique du laser appelée aussi désincrustation photonique, ces travaux ont permis de faire apparaître sous la couche de salissures des traces de bleu, de vert, de rouge, d’ocre et d’or...

Par cette révélation progressive des couleurs, la preuve a donc été apportée que les cathédrales gothiques d’Europe avaient leurs façades peintes.


Notre-Dame d’Amiens en couleurs

« Amiens, la cathédrale en couleurs » s’inspire directement des recherches menées par les différents restaurateurs ainsi que de celles du laboratoire des Monuments historiques portant sur la nature et la datation des pigments colorés utilisés au XIIIe siècle. La façade et les portails de la cathédrale ont d’abord été photographiés. Les clichés ont ensuite été traités numériquement pour corriger les effets d’optique et coloriser les sculptures. Le résultat est étonnant. Projetées sur la façade à la tombée de la nuit, ces images numériques offrent une vision inédite de l’architecture médiévale.

Tous les étés, les illuminations redonnent à la Cathédrale ses couleurs d’origine, lors d’un spectacle de sons et lumières.

Celui-ci, de 45 minutes est une véritable prouesse technique, admiré par des millions de visiteurs depuis sa création. Neuf projecteurs sont utilisés pour les besoins de ce spectacle de plein air ( 6 pour les portails, 2 pour la façade, et un dernier placé dans la cathédrale pour éclairer la rosace centrale). Ces moyens techniques sont répartis dans cinq cabines de projection installées sur le parvis de la cathédrale. Quant à la lumière, diffusant les films projetés, celle-ci doit atteindre les tours, dont la plus haute culmine à 65 m de hauteur. Ce spectacle est un émerveillement pour les yeux, autant qu’une cours d’histoire de l’art.


Portail de la Vierge dorée - Portail de la cathédrale d'Amiens Crédits : CRDP d'Amiens

Portail de la Vierge Dorée de la cathédrale d’Amiens après l’opération de nettoyage de la façade.


Cathédrale d’Amiens

Les origines de christianisme amiénois

Les origines du christianisme amiénois restent obscures. Selon la tradition, les principales conversions seraient l’oeuvre de Firminius, citoyen romain né à Pampelune, et décapité à Amiens vers 300. Il est ensuite inhumé à Abladana (Saint-Acheul).
À la fin du Ve siècle, l’évêque saint Firmin le Confesseur fait élever une église. Au VIe siècle, saint Sauve fait construire dans la ville une cathédrale où les reliques de saint Firmin, martyr, sont transférées. Cet édifice est plusieurs fois détruit et reconstruit.
En 1218, le vieil édifice carolingien est détruit par un incendie. Amiens possède alors dix mille habitants. Plusieurs facteurs sont réunis qui vont permettre l’édification d’une nouvelle cathédrale majestueuse.
- L’art gothique atteint sa plénitude ; son architecture est pleinement maîtrisée et permet de vastes ouvrages.
- Les Amiénois veulent la plus grande et la plus belle cathédrale, qui dépasse en hauteur et en renommée ses contemporaines (Paris, Laon, Chartres, Reims).
- Amiens possède une relique exceptionnelle : le chef de saint Jean-Baptiste, ramené lors de la quatrième croisade (1206), qui attire une foule considérable de pèlerins.
- La ville est prospère grâce au commerce de drap et de la teinturerie, le bleu pastel amiénois étant alors fort célèbre. Les travaux débutent en 1220 sous l’épiscopat d’Évrard de Fouilloy (1211-1222).

Les travaux et les plans

Contrairement à l’usage, les travaux sont conduits d’ouest en est. Ils se terminent en 1288 (pierre du labyrinthe).

Trois architectes se sont succédé : Robert de Luzarches, Thomas de Cormont et Renault de Cormont, son fils.
Les pierres qui ont servi à sa construction proviennent des carrières de La Chaussée-Tirancourt, de Chaussoy-Épagny (Somme) et de Fontaine-Bonneleau (Oise). Le grès des soubassements a été extrait au nord d’Amiens.
La cathédrale adopte le plan classique des églises catholiques : une croix latine, avec nef, transept et choeur.

 
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La nef estorientée vers l’est avec une inclinaison de 23 degrés vers le sud, ce qui correspond à l’axe du lever du soleil au solstice d’hiver. La nef est à six travées avec bas-côtés simples sur lesquels s’ouvrent douze chapelles latérales.

Le transept a deux bras de trois travées chacun.

Le choeur, à doubles bas-côtés de quatre travées, possède un déambulatoire sur lequel s’ouvrent sept chapelles rayonnantes. L’édifice a cinq portes monumentales : trois à l’ouest et une à chaque extrémité du transept. Son chevet, auquel s’adossaient autrefois des bâtiments annexes, a été dégagé par Viollet-le-Duc (destructions de la salle des archives et du cloître). Il n’en subsiste aujourd’hui que la chapelle des Macchabées (XVe siècle), reliée à l’édifice par une galerie de cloître, qui est utilisée comme sacristie.

Entretien et restaurations


Restauration de la cathédrale d’Amiens

La cathédrale demande un entretien constant dont le coût, seul, est supérieur à 4 millions de francs par an.
Après un manque d’entretien pendant les XVIIe et XVIIIe siècles, de grandes restaurations commencèrent au début du XIXe siècle et se poursuivent encore aujourd’hui.
Le nom de Viollet-le-Duc est étroitement lié à Notre-Dame d’Amiens. Il en mène les travaux de réhabilitation de 1849 à 1874 ; ceux-ci sont toujours l’objet de débats passionnés.
Entre 1850 et 1862, il restaura la façade occidentale.
- La grande rose possède un remplage déjà refait sur ordre du chanoine Robert Coquerel au XVIe siècle.
- Au-dessus, la galerie des Sonneurs, refaite par Viollet-le-Duc, permet de communiquer d’une tour à l’autre. Elle remplace une galerie de style flamboyant.
- Les tours étaient de hauteurs très inégales. « Elles boitent dans le ciel » selon Huysmans. Viollet-le-Duc fit construire une charpente plus élevée sur la tour sud pour rattraper cette différence. Aujourd’hui la tour nord a une hauteur de 66 m, celle du sud, de 65 m.
- La galerie des Rois est composée de vingt-deux statues colossales de 3,75 m de haut, avec un relief très accusé afin qu’elles soient visibles de loin. En 1856, la plupart des personnages ont été profondément restaurés par deux sculpteurs amiénois, les frères Louis et Aimé Duthoit. 


Galerie des rois

En 1987, le nettoyage de la cathédrale est décidé. Les entrepreneurs vont employer une technique nouvelle et respectueuse du monument : le laser.
Les travaux commencent en 1992 et avancent lentement. Le procédé est utilisé pour la première fois au monde.

La méthode repose sur la diffusion de flashes lumineux très brefs et de faible puissance. Cette technique, très peu agressive, préserve la couche de calcin, véritable bouclier de la pierre de taille calcaire.

Ce dépôt de carbonate de chaux, engendré par la pierre au contact des premières pluies après sa pose, isole sa structure contre le froid, les intempéries ou la pollution.

Sa destruction par le micro-sablage ou l’aspersion d’eau provoque des dégâts irréversibles et catastrophiques.

Le laser nettoie sans altérer : il sépare la poussière et la saleté accumulées depuis des siècles (mais surtout aux XIXe et XXe siècles) de la surface de la pierre.
Cette technique a révélé aussi quelques surprises, notamment elle a permis la découverte de traces de peinture (rouges, bleus, ors) qui montrent que les cathédrales étaient peintes en une polychromie renouvelée au cours des siècles.
La décision a été prise de ne pas restituer la polychromie originelle mais de la suggérer, là où elle n’existe plus. 

La cathédrale à la loupe


Arc-boutant

L’arc-boutant est le complément naturel de la voûte sur croisée d’ogives. Situé à l’extérieur, il assure l’équilibre total des forces en transmettant la poussée aux contreforts. Ceux-ci se terminent sur une culée de 3,5 m de base qui se rétrécit en hauteur pour aboutir à de gracieux pinacles.
Les arcs-boutants du choeur ont été prévus trop faibles et ont été renforcés au XVe siècle. Une seule série à double volée devait être construite, la partie supérieure n’étant d’ailleurs qu’un simple canal d’évacuation des eaux de pluie, relié à un arc de faible section par toute une série d’arcatures. Cette disposition très hardie et très élégante ne résista pas à l’épreuve du temps et fut renforcée au XVe siècle par un second arc-boutant bien plus robuste situé sous l’arc ajouré.


Beau Dieu de la cathédrale Notre-Dame

Le « Beau Dieu » est universellement admiré pour la noblesse et la gravité de son maintien, la beauté de son visage et le drapé de sa tunique.
Dans la main gauche, il tient les évangiles. Il foule le lion et le dragon (l’Orgueil et le Mal), il marche sur l’aspic et le basilic (la Mort). Il est la clé de l’histoire biblique et le centre de la cathédrale : tout aboutit à lui.
Placé dans le portail central, le Christ donne sa révélation aux apôtres, placés de part et d’autre, qui la porteront au monde. Il est représenté dans son éternité ; ni sa naissance ni sa mort ne sont présentes. Sa statue a des proportions humaines : le Christ est Vérité.

Dans le tympan, au-dessus de lui, le Jugement dernier rappelle aux hommes que les vertueux seront récompensés et les vicieux châtiés.

Les voussures sont l’image du Ciel où résident les bienheureux.
Les portails de la cathédrale ont une iconographie traditionnelle :
- le portail central est consacré au Jugement dernier ;
- le portail sud est dédié à la Vierge, représentée en patronne de l’église ;
- le portail nord est consacré aux saints du diocèse, groupés autour de saint Firmin. 


Les douze apôtres

Les douze apôtres sont représentés, comme le veut la tradition, tous barbus (sauf saint Jean) et pieds nus. Aujourd’hui, il est malaisé de restituer le nom de six d’entre eux. Leur restauration, menée entre 1821 et 1847 sous la direction de l’architecte Auguste Cheussey, par le sculpteur Caudron ne fut pas des plus fidèle. La disparition ou la modification des attributs des apôtres ne permet plus actuellement de les identifier.
À gauche du Christ, en partant du trumeau, on reconnaît saint Pierre avec sa croix et ses clefs, puis saint André (croix), saint Jacques le Majeur (coquille Saint-Jacques et épée), saint Jean (calice) ; les deux derniers sont difficiles d’interprétation (attribut en palme pour le premier et en hache pour le second : saint Mathieu et saint Simon ?).
À droite du Christ, vient d’abord saint Paul (livre et épée), suivi de saint Jacques le Mineur (bâton à foulon), saint Philippe (?), saint Barthélemy (?), saint Thomas (?) avec un caillou et saint Jude (?).
Sous les apôtres, les quatrefeuilles représentent les vertus et les vices des hommes. Ils sont associés deux par deux : sous la Force, la Lâcheté. À chaque apôtre, sa vertu : la Foi à saint Paul, le Courage à saint Pierre.
À l’extrémité, sont placés les prophètes, piliers de l’église ; à droite : Isaïe et Jérémie ; à gauche : Ézéchiel et Daniel. 


Tombeau d’Evrard de Fouilloy

Le tombeau d’Évrard de Fouilloy est situé entre deux piliers de la nef, côté sud, et fait face à celui de Geoffroy d’Eu.

Ces deux tombeaux sont en bronze, ce qui est particulièrement rare aujourd’hui, les objets en bronze ayant été souvent refondus.

Évrard de Fouilloy était l’évêque d’Amiens qui vit les débuts de la construction de la cathédrale. Il est mort en 1222. Il est représenté gisant et bénissant, couché sur une lame de bronze coulée d’une seule pièce et posée sur six lionceaux. Sa tête mitrée repose sur un coussin. Le visage, aux yeux ouverts, reflète, comme tous les gisants du XIIIe siècle, l’image tranquille de la mort.
La décoration du tombeau est à l’image de celle de la cathédrale : arc trilobé, chapiteaux à crochets, arcs-boutants crénelés, pinacles ciselés. Une épitaphe rappelle aux vivants les mérites du mort. « Celui qui fit paître le peuple, qui établit les fondations et aux soins de qui la ville fut confiée, Évrard, repose ici... »
Geoffroy d’Eu fut son successeur. Il mourut en 1236. 


Stalles

« Autant que je sache, rien d’aussi beau n’a été taillé dans les bons arbres d’aucun pays du monde entier. » Ainsi John Ruskin décrit-il les stalles de la cathédrale d’Amiens.
Ces stalles furent exécutées entre 1508 et 1522. Elles sont réparties en soixante-deux stalles hautes et quarante-huit basses. Ce travail fut réalisé avec des maillets, des ciseaux à bois, des gouges.

Les huchers Arnould Boulin et Alexandre Huet, le tailleur d’images Antoine Avernier (?), aidés de sept ouvriers ont sculpté 400 scènes et 3650 personnages.

Le grand nombre de stalles s’explique par l’importance du chapitre au XVIe siècle : quarante-trois chanoines et soixante-douze chapelains.

Le bois d’oeuvre provient de la forêt de chênes de La Neuville-en-Hez, dans l’Oise ; il trempait cinq ans dans l’eau de mer à Saint-Valéry-sur-Somme puis plusieurs années encore en eau douce.

Les images sont présentes partout : sur les miséricordes, sur les accoudoirs, sur les jouées, sur les dorsaux, sur les pendentifs et les culs-de-lampe des dais. Le style est celui du gothique flamboyant, et la plupart des sujets sont empruntés à l’Ancien et au Nouveau Testament.

Les cent vingt-deux accoudoirs sont ornés de personnages dans l’exercice de leur profession.

Quant aux figures des dais, elles montrent les vices des hommes et la malice des femmes, avec cet esprit satirique propre aux Picards.

À l’entrée, deux maîtresses stalles à pyramide, hautes de 10,7 m étaient réservées au doyen du chapitre et au roi. Elles sont surmontées de deux statuettes qui représentent, l’une l’Église (avec un calice), l’autre la Synagogue (avec les Tables de la Loi), les yeux bandés, la hampe de bannière brisée parce qu’elle n’a pas reconnu la nouvelle Loi. 


Choeur

Réalisées à partir de la fin du XVe siècle, les clôtures du choeur représentent des scènes religieuses anciennes (vies de saint Firmin, de saint Jean Baptiste) mais les personnages sont habillés à la mode du temps des sculpteurs.

Elles ont été commandées en 1488 par le doyen du chapitre : Adrien de Hénencourt.
Ces sculptures ont subi quelques mutilations en 1792 et ont été restaurées par les frères Duthoit.
Le côté sud est dédié à saint Firmin (premier évêque d’Amiens).

La première travée est réalisée en 1490. Elle raconte l’histoire du saint à Amiens, en cinq scènes :
- Saint Firmin entre dans Amiens par la porte de Beauvais.
- Il prêche la nouvelle foi.
- Il baptise la noble Attille, fille de Faustinien.
- Il est arrêté sur ordre de Sébastien (préfet de la Belgique seconde) et de Longulus (gouverneur).
- Il est décapité, en secret, dans sa prison (il était citoyen romain).

La seconde travée (1530) met en scène la translation des reliques de saint Firmin :
- Saint Salve, évêque d’Amiens, exhorte les fidèles à prier pour retrouver le corps de saint Firmin.
- Saint Salve étant devant l’autel, un rayon miraculeux lui montre où il faut creuser.
- Les évêques d’Amiens, Beauvais, Noyon, Cambrai, Thérouanne assistent à l’invention des reliques du saint.
- Elles sont transférées, dans une châsse, de Saint-Acheul à Amiens, par six lévites.
Le soubassement est constitué de treize quatrefeuilles consacrés à des épisodes de la vie de saint Firmin.

Le côté nord est dédié à saint Jean Baptiste.
La première travée (1531) montre le saint en précurseur :
- Saint Jean-Baptiste prêche dans le désert.
- Il baptise Jésus-Christ.
- Il révèle sa mission aux pharisiens.
- Il désigne Jésus, dont il a annoncé la venue aux hommes.
Le soubassement est consacré à des épisodes de sa vie (dix quatrefeuilles).

La seconde travée raconte la mort de saint Jean-Baptiste :
- Jean-Baptiste est interrogé par le tétrarque Hérode Antipas. Il condamne l’adultère du tétrarque qui a répudié sa femme pour épouser Hérodiade, mariée à son frère. Il est envoyé en prison.
- Hérodiade demande la mort de Jean-Baptiste ; Salomé, sa fille, obtient la tête du saint qu’on lui apporte sur un plateau d’argent, en séduisant Hérode par la danse des sept voiles.
- Salomé reçoit la tête tranchée de Jean, dans la prison.
- Hérodiade assouvit sa vengeance en perçant le front du saint à l’aide d’un poignard. Salomé défaille.
Le soubassement de cinq quatrefeuilles montre des miracles et le transfert des reliques à Amiens. 


Nef

Élégante, la nef d’Amiens séduit par sa clarté. L’absence de vitraux colorés augmente une luminosité déjà abondante grâce à l’importance des ouvertures. Ses colonnes, ses voûtes aériennes, ses lignes simples et la hardiesse de ses croisées d’ogives à 42,5 m du sol concourent à sa beauté.
L’architecture gothique s’y montre à son apogée.

Le maître d’oeuvre a renoncé à l’élévation à quatre niveaux (visible à Paris, Laon ou Noyon), en supprimant les tribunes, pour ne conserver que les grandes arcades, qui s’élèvent jusqu’à la moitié de la hauteur totale, le triforium qui est souligné par un mince cordon à décor végétal et les fenêtres hautes, baies à verrières de 12 m de haut.

Les piles sont constituées, comme à Reims, d’une forte colonne cantonnée par quatre autres de section bien plus faible, dépourvues de chapiteau vers la nef. 


Grandes arcades

L’édifice a été construit d’ouest en est. L’élévation intérieure est constituée de trois niveaux principaux :
- Les grandes arcades : elles s’ouvrent largement sur les bas-côtés en atteignant la moitié de la hauteur totale. Les chapelles des bas-côtés, ajoutées au XIVe siècle, n’existaient donc pas à l’origine ; le mur des bas-côtés était alors ajouré par d’amples fenêtres en harmonie parfaite avec la nef (comme dans les bas-côtés occidentaux). Cette grande hauteur permet aux bas-côtés de participer pleinement à l’ensemble.
- Le triforium est constitué d’une galerie étroite, dont l’aspect varie suivant les étapes de la construction.
• Une galerie aveugle, sans gâble, dans la nef. Elle a un rôle de clôture, accentué par la présence d’arcs de décharge qui en augmentent la solidité.
• Une galerie vitrée, sans gâble, dans le transept. Elle est traversée par des faisceaux de seize colonnettes qui s’élèvent à la croisée du transept jusqu’à la voûte.
• Une galerie vitrée, avec gâble (couronnement triangulaire situé au-dessus des ouvertures du triforium), dans le choeur. L’impression donnée est alors celle d’une ascension vertigineuse des lignes, afin d’annuler toute idée de pesanteur de la pierre. 


Labyrinthe

Le labyrinthe est situé sur le dallage de la nef, à la quatrième et à la cinquième travées. Il est constitué d’une large ligne bleue, longue de 234 m, qui dessine un labyrinthe à plan octogonal.

De nombreuses cathédrales (Sens, Reims, Chartres) possèdent un labyrinthe dont la signification reste incertaine. S’agit-il d’un signe de compagnonnage, d’un hommage rendu aux fondateurs de l’église, attesté par la pierre centrale, d’un parcours de pèlerinage abrégé pour les fidèles ne pouvant se rendre à Jérusalem ou d’un parcours symbolisant les difficultés rencontrées pour atteindre la Jérusalem céleste ?
L’originalité du labyrinthe d’Amiens tient en sa pierre centrale. Il s’agit d’une pierre octogonale, cintrée d’une bande de cuivre dont l’inscription fournit de précieuses indications sur les maîtres d’oeuvre de l’édifice.
« En l’an de grâce 1220, cette oeuvre fut commencée. L’évêque béni de ce diocèse était alors Évrard et le roi de France Louis, fils de Philippe le Sage (En réalité Louis VIII ne devint roi qu’en 1222). Celui qui était maître d’oeuvre était nommé maître Robert et surnommé De Luzarches. Après lui vint maître Thomas de Cormont et après celui son fils maître Renaut qui fit mettre, à cet endroit-ci, cette inscription en l’an de l’Incarnation. »
Le centre de la pierre est occupé par une croix qui désigne les points cardinaux. Des figures de pierre et cuivre représentent l’évêque Évrard de Fouilloy et les trois architectes. Robert de Luzarches tient un compas à pointes courbes. 

 

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; CRDP Picardie

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