Brosserie

Artisanat traditionnel

À Tracy-le-Mont, la brosserie, surtout la brosserie de luxe, industrie de la Belle Époque, a été touchée de plein fouet par la première guerre mondiale et lui a difficilement survécu jusqu’en 1930.


- Brosserie dans la vallée du Thérain Crédits : CRDP d'Amiens

La vallée du Thérain a modernisé la traditionnelle activité rurale qu’était ici la brosserie.

Dans des ateliers d’une dizaine de salariés comme dans des usines comptant jusqu’à 300 employés, dispersés dans les bourgs, on fabrique toutes les sortes de brosses imaginables : de la brosse à laver à la brosse à habits, de la brosse à dents aux brosses destinées à diverses industries, des brosses et des pinceaux pour les peintres à ceux destinés au maquillage comme sur cette vue.

Les brossiers de Tracy-le-Mont


- Musée de la brosserie

Tracy-le-Mont fut jusque dans l’entre deux guerres un important centre industriel, surtout dans la fabrication de brosses, surtout de brosses de luxe.

L’usine de Charles Loonen occupait environ 1000 ouvriers, employés et monteuses.

Toutefois, il y avait d’autres établissements à Tracy, de moindre ampleur : Rochereau, Commelin (environ 300 personnes), Carré (environ 100 personnes). 75% de cette production était exportée, ce qui explique la décadence inéluctable de cette activité.

Tracy fut une vraie victime de la Grande Guerre : la commune fut occupée par les Allemands et, située au front, fut très touchée. Les pays importateurs construisent, durant la guerre, leurs propres usines, devenant ainsi des concurrents directs. La crise des années 1930 accompagnée de mesures protectionnistes, donne le coup de grâce à cette production.

A Tracy, la fabrication était spécialisée dans les brosses à dents et toutes sortes d’autres brosses de luxe (à tête, à brillantine, à poudre, à chapeaux, à habits, à bébé…). On faisait aussi de la tabletterie. C’est la grande époque des chapeaux et des gants comme on peut le voir sur les cartes postales de la belle époque.

Les matières premières

On travaillait des matières premières prestigieuses comme l’écaille, l’ivoire, l’os, les bois exotiques, la soie de porc. L’écaille de tortue était particulièrement recherchée. On a l’exemple d’une garniture (écrin contenant différentes brosses et ustensiles de toilette) valait le prix d’une Citroën à l’époque ! Les « bois des îles » utilisés : ébène, citronnier, l’amourette (sorte de mimosa), ou d’autres essences telles que le buis. L’ivoire arrivait en « dents », le bois en « billes », les os directement des abattoirs. Les os et les soies dégageaient une odeur nauséabonde.

À partir des matières premières, on réalisait la fabrication de A à Z, travail minutieux et spécialisé. Les ouvriers, très habiles, avaient leurs secrets de métier, jalousement gardés devant la concurrence étrangère, notamment japonaise : comment faire entrer le miroir dans son support en bois, par exemple ?

Un village animé par le monde ouvrier

Une telle population ouvrière dans un petit bourg a vite posé des problèmes de logement. Le patron Loonen, maire du village, avait fait construire toute une cité ouvrière qui fut inaugurée en 1900, dont les maisons passaient pour être belles et confortables. Cet industriel paternaliste avait pris l’initiative d’un certain nombre d’innovations sociales : crèche, économat, service de soins…

Le village était alors très vivant avec ses fêtes (comme celle de la Saint Brice en novembre), ses concerts et ses bals. L’aspect positif de la vie avant 1914 est surtout retenu.

La vie n’était pourtant pas toujours rose. Prenons l’exemple de Mme L, 71 ans en 1980 : En 1926, Mme L a 18 ans, elle arrive à Tracy avec son mari, entre chez Loonen où elle travaille jusqu’en 1932. Elle quitte ensuite Tracy pour Beauvais où elle entre chez « La Brosse » qui a racheté les établissements Loonen. C’est une expérience décevante, les ouvriers qui arrivent de l’extérieur sont mal reçus. Le couple retourne alors à Tracy où le mari doit s’embaucher comme ouvrier agricole. Mme L fait un nouvel essai à Beauvais jusqu’en 1940. Après la guerre, son mari retrouve une place dans une petite brosserie de Tracy. De 1946 à 1955, ils travaillent à domicile pour un seul salaire. Mme L tombe malade des poumons et devra supporter 5 ans de longue maladie. En 1955, ils déménagent pour Mouy où ils resteront 10 ans, le mari travaille à l’usine, l’épouse à domicile (elle monte des boites à mascara). Après la mort de son mari, Mme L revient habiter à Saint-Léger aux Bois près de Tracy et pendant 7 ans encore continue à travailler à domicile pour son patron de Mouy.

La lecture des journaux de l’époque, à la recherche d’une grève de brossiers (cf. La gazette de l’Oise), relate chaque jour un ou deux suicides parmi les ouvriers (pas seulement brossier, l’Oise était très industrialisée). Montre la vie difficile ouvrière.

La grève des brossiers du 5 au 7 novembre 1912

Le mouvement éclata dans l’entreprise Loonen, la plus grosse de Tracy, employant alors 700 des 1300 ouvriers de Tracy.

Le mouvement toucha 150 personnes payées aux pièces, dont la revendication principale portait sur une retenue de salaire de 1franc/quinzaine, imposées par le patron pour « frais d’éclairage des ateliers » (on venait probablement de les électrifier).

Après 2 jours d’arrêt de travail, les ouvriers obtinrent de limiter la retenue à 50 centimes, soit 1% de leur salaire.

Ils travaillaient alors de 10h/jour.

La négociation se fit directement entre employeur et employés, sans intervention des pouvoirs publics ni du syndicat, ce dernier ayant disparu 4 ans plus tôt. Note du sous-préfet : « Cette grève, qui n’a duré que 2 jours n’a eu aucune influence sur la situation de l’industrie locale, pas davantage sur les syndicats professionnels puisque le seul syndicat ayant existé à Tracy s’est dissous en 1907-1908.

Un certain mécontentement se manifeste encore parmi les ouvriers, mécontentement qui aurait différentes causes, notamment l’allocation de qualification à certains employés. Cette petite manifestation pourrait être le prélude d’une autre grève. » Pas d’autres mouvement social jusqu’en 1914.

Le syndicat des brossiers

Le syndicat professionnel des brossiers des cantons d’Attichy et de Ribécourt dont le siège se trouvait à Tracy. Fondé le 22 octobre 1896 et dissout en 1907.

1896 : 200 membres, 1897 : 180 membres, 1898 : 125 membres, 1899 : 130 membres, 1900 : 130 membres, 1901 : 200 membres (dont 15 femmes), 1902 : 150 membres (dont 24 femmes), 1903 et 1904 : pas de chiffres, 1905 : 10 membres 1906 : pas de chiffres, 1907 : 25 membres (dont 5 femmes)

Le syndicat a été représenté au 12e et 14e Congrès nationaux de la CGT à Lyon en 1901 et Bourges en 1904, il fait partie des 12 syndicats qui fondèrent la Bourse du travail et l’Union des syndicats de l’Oise en 1901.

Quelques dirigeants : Edouard Cordier secrétaire jusqu’en 1898, Jules Villion jusqu’en 1901, Jules Gearges jusqu’en 1907, Jules Courtois puis Alfred Juliard trésoriers en 1896 et 1897.

Du 21 au 25 juin 1901, le syndicat soutint une grève des ouvriers de Loonen, motivée par une baisse de salaire et le renvoi d’un camarade. Les grévistes obtinrent gain de cause. En novembre 1902, Loonen ayant décidé d’expulser des ouvriers atteints de tuberculose, le syndicat protesta dans la presse départementale, 4 leaders syndicaux furent renvoyés et le patron refusa de discuter avec le syndicat qui fit machine arrière. En mai 1897, des différents opposèrent Loonen à ses ouvriers au moment de la visite de l’évêque (nous n’avons pas plus d’informations à ce sujet).

La coopérative « La brossière »

Existence d’une coopérative de consommation appelée « La brossière », fondée en aout 1897. On y achetait les produits avec des jetons, marqués « La brossière – Tracy-le-Mont ».

Association pour le musée des brosseries de l’Oise .

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; CRDP Picardie

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