Boulanger, Daniel

Écrivain

Écrivain ambassadeur de la Picardie, inventeur de la forme poétique la retouche , scénariste, acteur de cinéma...et résistant.


Daniel Boulanger - Daniel Boulanger

Daniel Boulanger est né à Compiègne le 24 janvier 1922.

Homme de lettre prolixe et aux multiples talents, il a publié 15 recueils de nouvelles, 29 romans, 27 recueils de poésies et 5 pièces de théâtre. Il est également l’auteur de 41 scénarii et/ou dialogues pour le cinéma et a joué en tant qu’acteur dans 11 films.

Il a aussi été membre de l’Académie Goncourt de 1983 à 2008.

Profondément attaché à sa terre de Picardie, attachement transmis notamment par ses parents, son père était producteur de Rollot, la personnalité de Daniel Boulanger et son œuvre sont imprégnées par sa région. Il vit et travaille depuis 1970 dans sa maison de Senlis.

Enfance

En 1932, Daniel Boulanger entre au petit Séminaire Saint-Charles à Saint-Chauny dans l’Aisne. Il se destine alors à devenir prêtre. Il y apprend le latin, le grec et l’allemand tout en poursuivant son enseignement du piano. De plus, il découvre la littérature et s’abreuve en cachette de romans et de nouvelles dans l’obscurité de son dortoir.

Mais la guerre oblige à la fermeture du Séminaire en 1939. Daniel Boulanger a alors 17 ans et rejoint la résistance. Le 11 novembre 1940, il est arrêté et emprisonné pour sabotage. Libéré grâce au concours d’un chanoine, il est enrôlé dans le STO en 1942. Il prend alors la fuite et se cache dans l’Oise en passant de ferme en ferme où il apprend notamment à s’occuper des moutons.

À la Libération, Daniel Boulanger éprouve le besoin de quitter la France, il entame alors une vie de voyageur.

Voyages

En 1945, il embarque sur un bateau pour le Brésil. Pour gagner sa vie, il garde des moutons puis devient précepteur.

Un an plus tard, après un bref séjour à Prague pour assister au Congrès mondial de la Jeunesse démocratique, Daniel Boulanger s’installe au Tchad. Il y exerce de multiples activités parmi lesquelles : pion, répétiteur, organiste et rédacteur stagiaire aux Affaires Economiques. Il y rencontre surtout sa femme qu’il abreuve pour la séduire de nombreux poèmes. Ceux-ci constitueront son premier recueil de poésie qu’il publiera sous le titre « Tchadiennes » en 1969.

En 1948, il quitte le Tchad pour la Bulgarie où il travaille à la construction des chemins de fer. Daniel Boulanger voyagera encore à travers le monde pendant neuf années au gré des rencontres et des opportunités professionnelles. En 1957, il rentre en France et s’installe à Paris avec femme et enfants. Il n’a alors qu’une seule ambition, se consacrer pleinement à l’écriture.

Littérature

Sa maison, dans le 14e arrondissement, est le lieu de rencontres entre les personnalités du Nouveau Roman : Gegauff, Robbe Grillet, Ollier, Claude Simon, et de la Nouvelle Vague : Truffaut, Chabrol, Godard. Son style littéraire se construit ainsi à l’intérieur de ce compagnonnage artistique qu’il nourrit de son affection pour la Picardie.

En 1959, il publie son premier roman L’ombre chez Gallimard. Ce premier ouvrage, qui dépeint l’univers figé d’une petite ville de province par l’entremise d’un récit marqué par une succulente fantaisie, comprend déjà tous les éléments de sa littérature. Ses romans sont ainsi autant de peintures de la bourgeoise provinciale, de son monde forclos, des rumeurs qui la travaillent et des vies ordinaires bousculées par un destin exalté par l’imagination.

En 1963, Daniel Boulanger publie son premier recueil de nouvelles, Les Noces du Merle . Avec cette écriture brève, l’auteur trouve la forme qui lui correspond le mieux. Le rythme vif de son style et son extrême virtuosité s’épanouissent dans ces récits de quelques pages dans lesquels Boulanger poursuit sa description de l’univers des petites villes de France.

En 1974, il reçoit le prix Goncourt de la nouvelle pour Fouette, cocher !

Daniel Boulanger est aussi un des poètes contemporains les plus importants. Écrivain par excellence de la concision, il invente sa propre forme poétique qu’il nomme la retouche . Poèmes brefs en vers libres, les retouches sont comme des apostilles sur le réel qui le perce à jour et le réenchante.

Le Marché de Daniel Boulanger :
le ciel a le gros foie
un nuage boite
des cris se broient
contre l’église
une femme sans âge
vend un parapluie de dentelles
la lumière sort en squelette
du vitrail

Cinéma

Proche des réalisateurs de la Nouvelle Vague, Daniel Boulanger fait ses débuts au cinéma en tant qu’acteur. Parmi les 11 rôles qu’il interprètera, on peut citer ceux de l’inspecteur Vital dans À Bout de souffle de Jean-Luc Godard, de Ernest dans Tirez sur le pianiste de François Truffaut, ou encore du directeur de banque dans La Zizanie de Claude Zidi. Campant des personnages souvent extravagants, l’acteur Boulanger met au service des rôles qu’il incarne son physique puissant et son regard aiguisé.

Mais c’est surtout en tant que scénariste et dialoguiste qu’il œuvre au cinéma. Scénariste privilégié de Philippe de Broca, avec lequel il fera 10 films, Daniel Boulanger apporte aux réalisateurs son savoir-faire et son univers littéraires. On retrouve donc dans ses films les thèmes provinciaux qu’il affectionne tant, mais aussi son sens aigu du dialogue, son habileté pour construire des situations et son goût pour les personnages désinvoltes.

En 1989, il est victime d’un accident de voiture. Il percute un cerf en forêt de Senlis. Passé proche de la mort, il décide alors de mettre fin à son travail au cinéma afin d’employer tout son temps à la littérature.

Dès lors, Daniel Boulanger se consacre avec gloutonnerie à l’écriture. De sa maison de Senlis, il livre chaque année avec une régularité sans faille un roman et un recueil de poésie et poursuit de décrire avec gourmandise la France des provinces tout comme les ciels et les pierres blanches de Picardie.

Prix littéraires

Prix de la Nouvelle pour Les Noces du Merle (1963)
Prix Sainte-Beuve pour Le Chemins des caracoles (1966)
Prix Max Jacob pour Retouches (1970)
Prix de l’Académie Française pour Vessies et Lanternes (1971)
Bourse Goncourt de la Nouvelle pour Fouette Cocher  ! (1974)
Prix du Livre Inter pour L’Enfant de Bohème (1978)
Prix Prince Pierre de Monaco pour l’ensemble de son œuvre (1979)
Prix Kléber Haedens (1983)

Écrivain ambassadeur de la Picardie, voici comment Daniel Boulanger décrit son Oise natale dans son roman Les Portes

« C’est une région trop proche, dit Guillaume, on remet toujours et pour finir beaucoup mourront sans la connaître. C’est pourtant un bien beau pays, sévère et vert, morose et gorgé d’eau avec des saisons de longue transition zébrées du dessin d’épingle des taillis, d’une élégance si loin du confort, paysanne et royale, d’une si constante légèreté de touche dans les notes graves, couronnée de feuilles et percée de flèches, secrète avec ténacité. Oise féminine, parée de murs épais, guettant dans le souvenir des tours, de petits hommes à l’oeil vif, les plus fins archers, pour leur donner le baiser d’aube des jeunes filles. C’est le pays de Nerval. » 

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Durteste Pierre

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