Boucher de Perthes, Jacques

Préhistorien et archéologue (1788-1868)

Jacques Boucher de Perthes a fondé la paléontologie en tant que science. Sa contribution à l’étude de la préhistoire a été décisive et lui a gagné la place privilégiée qu’il tient dans la mémoire collective des Picards.


Jacques Boucher de Perthes - Jacques Boucher de Perthes

Jacques Boucher de Crèvecœur de Perthes naît le 10 septembre 1788 à Rethel, dans les Ardennes. Sa mère, Marie de Perthes, a épousé Jules-Armand-Guillaume Boucher de Crèvecœur, qui est nommé directeur des douanes à Abbeville, dans la Somme, en 1802. Botaniste à ses heures, il reçoit chez lui, dans l’Hôtel de Chépy, des scientifiques qui viennent lui rendre visite, tels Cuvier, Lamarck, Bichât ou Brongniart. Jacques, son fils effectue quelques études dans un pensionnat de la ville, sans grands résultats. En 1804, il entre dans le service de son père, en tant que commis au bureau.

Au service de Napoléon pour isoler les Anglais

À cette époque, le jeune homme doit s’attacher à la mise en œuvre du blocus continental décrété par Napoléon. Dès l’année suivante, il est affecté à différentes tâches dans l’Europe impériale afin d’œuvrer à l’isolement commercial de l’ennemi anglais.
Nommé lieutenant au mois d’avril 1805, Jacques Boucher de Perthes gagne Marseille puis la péninsule italienne. Dans le port de Gênes, au mois de septembre 1805, il a pour mission « d’enquêter, perquisitionner, découvrir les marchandises anglaises et de les brûler ». Le fonctionnaire de l’Empire est ensuite à Livourne en 1808, puis à Foligno, près de Rome, deux années plus tard. Avec le titre d’ordonnance de l’Empereur, Boucher de Perthes parcoure ensuite les côtes de l’Adriatique, une tournée qui le mène à Trieste. De là, il gagne la Slovénie et Laibach (l’actuelle Ljubljana) au mois de janvier 1811, puis la Croatie et enfin Vienne, capitale de l’Empire autrichien. Par l’Allemagne et Essling, Munich, Augsbourg, Ulm, Stuttgart, Jacques Boucher de Perthes est bientôt de retour en France. Quittant Strasbourg, il est enfin à Paris au mois de mars 1811.
Auprès de M. de Sussy, directeur général des douanes, l’envoyé en mission doit rendre compte de ses observations effectuées dans les différents ports de l’Empire. Boucher de Perthes obtient ensuite, suprême honneur, une entrevue avec l’Empereur des Français.

Le directeur des douanes

Nommé Directeur des douanes à Boulogne-sur-Mer, il est ensuite affecté au mois d’août 1812 à la direction générale de Paris, avec rang de sous-chef du personnel. A la même époque, tandis qu’il commence à gravir les échelons de l’administration, ses premiers poèmes sont publiés. Boucher de Perthes, qui travaille également à une tragédie, fréquente les salons du faubourg Saint-Germain. Mais ce ne seront pas ses oeuvre littéraires qui lui assurerons la renommée future.

Avec la chute de l’Aigle cependant, il est bientôt muté à Morlaix, loin de la capitale et des milieux littéraires.
Au milieu des populations bretonnes, Jacques Boucher de Perthes se fait folkloriste. Il effectue des recherches sur les coutumes et traditions locales, sans désespérer d’une carrière parisienne. Le fonctionnaire écrit toujours pour le théâtre, mais la censure royale veille et, par deux fois, ses pièces sont interdites.

Au mois d’avril 1825, Boucher de Perthes est admis à prendre la succession de son père à la direction des douanes d’Abbeville et est ainsi de retour sur la cote picarde. Là, il est bientôt élu président de la jeune Société d’émulation, une réunion d’érudits et de savants locaux.

Les débuts de sa passion pour l’archéologie

Boucher de Perthes se préoccupe à présent d’archéologie, sous l’influence de son ami, le docteur Casimir Picard. Dès 1830, il suit ainsi les campagnes de fouilles qui sont menées dans la région, dans les tourbières et les sablières, étant également à l’origine de la fondation du Musée d’Abbeville et du Ponthieu.

A partir de 1837, le savant se lance personnellement dans la prospection du sous-sol picard, à la recherche des vestiges du passé dans les dépôts alluviaux de la Somme. Son action est facilitée par le creusement du canal fluvial qui doit relier le port d’Amiens à la Manche.
Ces travaux aboutissent en 1849 à la publication des Antiquités celtiques et antédiluviennes . L’ouvrage fait grand bruit. En effet, Jacques Boucher de Perthes s’attache à démontrer que les silex retrouvés sont des outils façonnés par des hommes contemporains d’animaux disparus, de grands mammifères notamment. Il nomme « diluviennes » les strates dans lesquelles ces vestiges sont trouvés et affirme qu’ils remontent à des millénaires, justifiant ainsi son appellation d’Homme « antédiluvien ».

En utilisant les méthodes de la stratigraphie, Boucher de Perthes agit ainsi en précurseur de l’archéologie moderne. Il se heurte cependant au conservatisme de l’Académie des sciences. Quatre années plus tard, le fonctionnaire des douanes est mis d’office à la retraite par suppression de ce poste, que seul lui et son père auparavant auront occupé. Ceci lui donne davantage de temps pour plaider sa thèse de l’Homme antédiluvien. Boucher de Perthes voyage en France et à l’étranger, rencontrant les historiens et les naturalistes européens, visitant les sites archéologiques et les musées. En 1857, paraît le deuxième tome de ses Antiquités celtiques et antédiluviennes , qui sera suivi d’un troisième volume en 1864.
A cette époque et alors que dans le sillage de Darwin la science des origines de l’Homme a fait un bond en avant considérable, Boucher de Perthes et sa thèse sont enfin reconnues. La préhistoire a désormais dans le monde des sciences une existence légale.

Il reçoit ainsi la Légion d’Honneur en août 1863. Cependant, la même année, le savant abbevillois déclenche une nouvelle polémique au sujet d’une mâchoire découverte sur le site du Moulin-Quignon : est-elle d’origine humaine ou animale ? Plutôt animale, puisqu’il s’agit d’une supercherie à l’origine de laquelle on trouve les ouvriers du chantier. Cette fois-ci la controverse oppose les scientifiques des deux cotés de la Manche. Boucher de Perthes s’occupe ensuite à classer ses collections.

Le savant travaille aussi à l’organisation du Musée des antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye qui doit être inauguré lors de l’exposition universelle de 1867. Avec le titre de Sous dix rois , il publie l’année suivante ses mémoires, les souvenirs de l’homme de sciences, du fonctionnaire et du voyageur. .


Sépuluture de Boucher de Perthes, Abbeville - Sépulture de Boucher de Perthes à Abbeville Crédits : CRDP d'Amiens

Peu de temps après, le 2 août 1868, Jacques Boucher de Crèvecœur de Perthes décède à Abbeville. L’un des inventeurs de ces mondes « antédiluviens » avait fait le vœu de reposer au cimetière communal de la Chapelle. Deux années plus tard, un tombeau est élevé et inauguré le 14 mars 1870, sur le lieu même de son inhumation. Il représente le savant, Boucher de Perthes, laissant tomber sa plume sur deux rouleaux où se lisent les titres de deux de ses ouvrages, Sous dix Rois et Antiquités celtiques antediluviennes

Lettre de Lamarck à Boucher de Perthes (1810) :

Monsieur,

J’ai reçu avec la plus grande satisfaction la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 8 de ce mois, en ce qu’elle me donnoit de vos nouvelles, et que très sensible aux honnêtetés que vous m’avez faites à Abbeville, je suis flatté que vous vous soyez ressouvenu de moi.

En réfléchissant à la demande que l’on a faite aux Directeurs des douanes d’ajouter à l’histoire générale des douanes de l’empire le tableau des productions de la nature dans les différents Règnes, je vois qu’on n’a aucune idée soit de l’étendue, soit de la difficulté de cette demande dans l’état présent de nos connoissances. Si le Gouvernement avait fait une pareille demande à la classe des sciences de l’Institut, il faudrait bien du temps et beaucoup de travail avant que l’on puisse lui présenter une simple ébauche de ce tableau. Vous serez probablement le seul des directeurs qui en fournirez les matériaux, encore seront-ils très incomplets pour votre propre Département, parce qu’un seul de ces trois règnes a été étudié sous le rapport des objets qu’il embrasse et qui se trouvent naturellement en France.

En effet, une flore françoise, qu’il ne s’agit plus que de perfectionner, a été publiée ; mais personne que je sache n’a encore entrepris un Fauna Gallica, parce qu’il exige une masse d’observations et une diversité de connoissances qui rendent cette entreprise extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible actuellement, car les animaux qui se trouvent en France sont bien plus nombreux que les plantes, et sont loin d’être connus.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Agence Régionale du Patrimoine de Picardie ; CRDP Picardie

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