Bodin Jean

Avocat, philosophe et homme politique (1529 - 1596)

Déjà célèbre à Paris, Jean Bodin s’installe à Laon à l’occasion de son mariage et passe les vingt dernières années de sa vie à Laon.


Jean Bodin - Jean Bodin

La vie laonnoise de Bodin

Laon entre dans la vie de Jean Bodin à l’occasion de son mariage avec Françoise Trouillart le 25 février 1576. Son épouse est fille et veuve d’officiers de finances laonnois et c’est sans doute par l’intermédiaire de son frère Nicolas, ancien avocat au parlement de Paris et nouveau procureur du roi à Laon, qu’elle a connu son époux.

Jean Bodin est lui-même avocat au parlement de Paris, depuis au moins 1562, et lorsqu’il se marie, il est un personnage en vue, car il vient de faire paraître ses Six livres de la République qui sont un vibrant plaidoyer en faveur de la plénitude de la souveraineté royale. Aussi, lorsque, le 16 août 1576, le roi Henri III convoque les états généraux à Blois pour la mi-novembre, les notables laonnois le choisissent-ils pour y représenter le tiers état du bailliage de Vermandois.

Scandale aux états généraux de Blois

À Blois, Henri III s’efforce de convaincre les états généraux d’effacer les clauses de l’édit de Beaulieu que les calvinistes ont obtenues en leur faveur à l’issue de la cinquième guerre de Religion mais, les 3 et 15 décembre 1576, Jean Bodin prend la parole pour s’opposer à la suppression du culte réformé et pour appeler à la réunion d’un concile devant réconcilier protestants et catholiques, afin d’éviter la reprise d’un conflit fratricide. C’est un scandale. Les habitants de Soissons vilipendent Bodin, leur ville ayant été mise à sac par les huguenots en 1567 et 1568.
Jean Bodin garde l’estime des magistrats de Laon grâce aux liens de parenté que son épouse a avec beaucoup d’entre eux. Cela lui vaut de participer au procès de Jeanne Harvillier à Ribemont en 1578 et d’obtenir des pièces d’autres procès de sorcellerie instruits dans le bailliage de Vermandois. Il s’en sert pour rédiger sa Démonomanie des sorciers qu’il publie pour la première fois en 1580.

Procureur du roi à Laon

Jean Bodin accompagne le duc d’Anjou en Angleterre en 1581 et aux Pays-Bas l’année suivante, mais demeure à Laon le reste du temps, avec sa femme et leurs trois enfants. Il défend les intérêts du marquis Charles de Moy, gouverneur de Saint-Quentin, et en 1587 succède à son beau-frère, Nicolas Trouillart, comme procureur du roi au siège laonnois du bailliage de Vermandois.
Henri III accepte sa nomination, mais le duc de Guise, qui est à la tête de la Ligue créée en 1584, proteste : il accuse Bodin de ne pas être un bon catholique. Une enquête est menée à la demande de la reine-mère Catherine de Médicis et finalement, le 3 juin 1587, dix notables de Laon, dont deux prêtres, témoignent en faveur du mari de Françoise Trouillart.
Lorsque les ligueurs prennent le contrôle de Laon dans la nuit du 16 au 17 février 1589, Jean Bodin ne fait pas partie des vingt-cinq Laonnois réputés favorables à Henri III qui sont arrêtés. Le 21 mars, dans la cathédrale, il incite même les habitants à prêter le serment d’adhésion à la Ligue, mais il commet la maladresse de demander des poursuites judiciaires contre ceux qui, la veille, ont tenté de forcer les portes de la prison pour massacrer les partisans du roi. Il échappe de peu à un lynchage.

Louvoiements face à la Ligue

Jean Bodin n’a pas la réputation d’être un ligueur sincère. On le soupçonne de vouloir seulement sauver sa peau et ses biens, mais ses collègues magistrats le maintiennent en son poste de procureur de « l’estat royal » car il les aide à lutter contre les débordements de la populace laonnoise. En fait, Bodin a été choqué par les assassinats du duc et du cardinal de Guise commis sur ordre d’Henri III à Blois, respectivement les 23 et 24 décembre 1588. Il croit que Dieu arrachera au roi indigne son sceptre et sa couronne. Néanmoins, il reste profondément attaché à la légalité et attend la montée sur le trône d’un nouveau souverain qui sera un « roi paisible ».
Jean Bodin est craint par le peuple. En effet, depuis longtemps, on le croit sorcier. En janvier 1590, un jésuite nouvellement arrivé à Laon, « le Tholozain », n’hésite pas à l’accuser d’avoir « infiniz livres censurez en sa maison, mesmes de la magie » et affirme, devant le conseil secret de la Ligue à Laon, « que telle chose en ce temps ne se debveoit tollerer pour la consequence que ce seroit garder l’ire de Dieu dans la ville ». Une perquisition est organisée dans la maison de Bodin qui se trouve à l’angle des actuelles rue Serurier et place de l’hôtel de ville. Des livres mis à l’Index sont trouvés et immédiatement brûlés, mais ce qui est le plus gênant, c’est la découverte d’une « vraie genealogie de Henry de Bourbon, roy de France et de Navarre ». Heureusement, elle n’est pas de la main de Bodin et celui-ci s’en sort avec seulement « estroicte deffenses de ne faire ni escripre chose au prejudice de la ligue en peine de la vie » (Antoine Richart, Mémoires sur la Ligue dans le Laonnois , Paris, Le Livre d’histoire, 2011, p. 228-230. )

Ralliement à Henri IV et mort à Laon

Bodin s’interroge alors sur la légitimité du nouveau roi de France, Henri IV, qui est encore protestant. Ce n’est qu’après l’abjuration de celui-ci à Saint-Denis le 25 juillet 1593, et son entrée à Paris le 22 mars suivant, qu’il se rallie à lui. Le 5 avril 1594, Bodin s’enfuit hors de Laon. Fait prisonnier par les troupes royales, il est conduit à Chauny où il est bien traité et ce n’est finalement qu’après le siège de Laon par Henri IV, du 25 mai au 3 août 1594, qu’il peut rentrer chez lui.
On ne connaît pas les circonstances de la mort de Jean Bodin, mais on sait qu’il a eu le temps de rédiger ou de dicter un testament le 7 juin 1596. Il a été enterré, selon sa volonté, dans l’église des cordeliers de Laon. Cet édifice n’existe plus depuis 1831, mais on peut penser que la dépouille de Bodin repose encore quelque part en terre laonnoise, entre la rue des Cordeliers, la rue Clerjot et la rue de Signier.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Thierry Éric

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