Bêtes de guerre

Des millions de chevaux pour tracter l’artillerie, des chiens messagers ou des pigeons voyageurs, des ’mascottes’, des boeufs et des cochons pour nourrir les soldats, combattants ou troupes d’occupation, les « bêtes de guerre » ont joué un rôle important, et souvent méconnu, pendant la Grande guerre.

« Des poux, des rats, des barbelés, des puces, des grenades, des bombes, des trous d’obus, des cadavres, du sang, de l’eau-de-vie, des souris, des chats, des chiens, des gaz, des canons, de la boue, des balles, des tirs de mortier, du feu, de l’acier, c’est ça, la guerre ! L’oeuvre du diable ! »
Otto Dix, peintre et combattant allemand dans la Somme, auteur de Der Krieg..


Chiens de trait Crédits : France 3 culturebox

Comme les hommes, les animaux sont mobilisés pendant la Première guerre mondiale. Chevaux, mulets, ânes, boeufs et chiens tirent les charrettes sanitaires qui ramènent les blessés vers les centres de secours et portent les ravitaillements sur la ligne de front. Pigeons et chiens de guerre servent de messagers dans les tranchées. En Août 1914, la France mobilise plus de 1,5 millions de chevaux. Au total, 14 millions d’animaux meurent (selon la plupart des estimations) pendant la grande guerre. 120 000 sont décorés pour faits de guerre !

Les témoignages en attestent : à l’été 1914, puis à chaque montée au front, les soldats s’étonnent du grand nombre de bêtes. Cette forte présence animale vient de la multiplicité des besoins : équidés bâtés ou d’attelage, chevaux de cavalerie, chiens de traîneau ou messagers, pigeons voyageurs. La mortalité chez les équidés (chevaux, mules et ânes) est incroyable : 11 millions (toujours selon la plupart des estimations) sont emportés par la guerre.

Ce lourd tribut payé par les animaux a été en grande partie négligé. Pourquoi ? «  Les anciens combattants les ont d’abord célébrés. Puis, à partir des années 1930, l’oubli a commencé. Il a été en partie renforcé par l’image de ce premier conflit, celle de la première guerre industrielle. Avec les tanks, les mitrailleuses, les trains et les taxis de la Marne, l’animal a fini par apparaître comme secondaire, alors qu’il était en fait fondamental. » (Eric Baratay, Bêtes des tranchées. Des vécus oubliés, 2013).

Au milieu du siècle, on fait peu de cas de la cause animale. Il faudra attendre les années 1980, les progrès de l’éthologie, et les interrogations des pays occidentaux sur la condition animale pour que se manifeste un nouvel intérêt pour le sujet.

Les mascottes

Dans l’enfer de la guerre, des amitiés se créent entre soldats et bêtes à plumes ou à poil. Chaque régiment, ou presque, a sa mascotte, parfois un animal blessé, soigné, protégé autant que possible.

Des animaux exotiques se trouvent parfois à l’arrière des tranchées : dromadaires, kangourous, lionceaux, perroquets, singes, ours et même éléphanteaux. C’est surtout le cas, par tradition, dans les armées de l’Empire britannique. Ces mascottes, reconnues par la hiérarchie militaire, sont là pour le moral des troupes. «  Elles permettaient un lien avec la vie d’avant et jouaient le rôle de porte-bonheur  » (Eric Baratay, Bêtes de tranchées. Des vécus oubliés.)
En Picardie, les Anglais récupèrent un âne surnommé « Tiny ». Il rentre au mess des officiers, pose les pattes sur les genoux des soldats, et peut boire jusqu’à neuf tasses de thé d’affilée !
Côtés français et allemand, les mascottes sont officieuses : chats, chèvres, chiens ou oiseaux.
Eric Baratay évoque un geai qui crie « Feu  ! » et « Zut  ! »

Les chiens

Dès 1910, des chiens sanitaires sont dressés pour retrouver les blessés. Les Allemands pratiquent ce dressage à grande échelle ; les Français le font de façon plus modeste. « Mais pendant la guerre, ces chiens deviennent vite inutiles. Avec la stabilisation du front, les blessés se voient et s’entendent sans difficultés  », (Eric Baratay). La France abandonne leur usage en 1915.

Les chiens messagers, plus ou moins bien dressés, sont sollicités pour porter des messages écrits ou même des munitions, aussi bien par les Allemands, que par les Français et les Britanniques. Au total, environ 100 000 chiens sont mobilisés sur tous les fronts.

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Benjamin Rabier, Flambeau, chien de guerre, 1916 Crédits : Site officiel de B. Rabier

« Pris dans les fils barbelés, le malheureux a les oreilles, le nez et tout le corps en sang ! Qu’ont-ils donc après moi, ces sales Boches ! Il est de fait qu’ils s’acharnent sur lui : la grenade qui vient d’éclater en est une indiscutable preuve. Pauvre Flambeau ! Si tu sors de la mêlée, tu pourras dire que plus d’une fois tu l’as échappé belle ! » (Benjamin Rabier, Flambeau, chien de guerre, bande dessinée, 1916).

Les pigeons voyageurs


Pigeon « photographe » Crédits : Blog Artois 14/18 ; Wikicommons

On estime leur nombre à 200 000. Ils portent des messages et sont parfois équipés d’appareils photos espions, ce qui en fait la cible des tirs ennemis. Ces oiseaux sont surtout utilisés par les Allemands et les Français, qui se méfient du télégraphe. Pour qu’un pigeon aille d’un point A à un point B, on l’emmène au point B et on laisse son ’compagnon’, ou sa ’compagne’, enfermé(e) au point A. Comme il est très fidèle, le pigeon voyageur fait tout pour retrouver l’autre volatile. «  On ‘‘jouait’’ avec son stress  » (Eric Baratay). Selon lui, ce système « a très bien fonctionné ».

Les chevaux

Ils servent moins à la cavalerie — les tranchées empêchent de charger — qu’à la traction (artillerie, infanterie…). Onze millions d’équidés (selon les estimations) sont enrôlés dans tous les camps. Les besoins sont tels que Français et Britanniques achètent des chevaux en masse aux États-Unis, au Canada ou en Argentine, dès l’automne 1914. La mortalité, pendant les traversées transatlantiques est énorme. Les Français perdent 40% de leurs chevaux, les Anglais, 20%, en moyenne.

Certes, certaines initiatives sont prises pour améliorer au maximum l’espérance de vie des animaux « combattants »(des masques à gaz spéciaux sont même conçus spécialement pour les chiens et les chevaux), mais c’est avant tout parce que l’animal a de la valeur et devient difficile à remplacer...


Chien équipé d’un masque à gaz Crédits : CNRS

Cheval de guerre, de Steven Spielberg, 2011. Le film est adapté du livre « Cheval de guerre » de Michael Morpurgo, roman sur l’amitié et la guerre publié en 1982.
De la campagne anglaise à une Europe plongée en pleine Première Guerre Mondiale, ’’Cheval de guerre’’ raconte l’amitié qui unit un jeune homme, Albert, et le cheval qu’il a dressé, Joey. Séparés aux premières heures du conflit, l’histoire suit le périple du cheval, alors que, de son côté, Albert va tout faire pour le retrouver. Joey, animal hors du commun, tour à tour cheval de cavalerie, d’artillerie ou cheval ’médical’, va changer la vie de tous ceux dont il croisera la route ; : soldats de la cavalerie britannique, combattants allemands, et même un fermier français et sa petite-fille.

Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine

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