Bertin, Rose

Styliste (1747-1813), « ministre des modes » de Marie-Antoinette

Fille d’Abbeville, Rose Bertin connaîtra le titre de « ministre des modes » auprès de la reine Marie-Antoinette. A suivre le destin d’une modiste… tout sauf modeste !


Rose Bertin Crédits : inconnu

Rose Bertin, chapeau bas, mesdames !
Fille d’Abbeville, Rose Bertin connaîtra le titre de « ministre des modes » auprès de la reine Marie-Antoinette. Suivons le destin d’une modiste… tout sauf modeste !

« La Rose et la reine, une petite histoire de mode », ainsi pourrait-on étiqueter les pages que Rose Bertin écrivit dans le roman du XVIIIe siècle. Modiste, couturière, créatrice, marchande de modes, femme d’affaires, grande voyageuse, intime de Marie-Antoinette, invitée des cours d’Europe, son destin « sans ourlet » dépasse les frontières du royaume et des tissus. Mais tout grand destin commence par un petit enfant… Celle que l’histoire mémorisa sous le nom de Rose Bertin naquit Marie-Jeanne Bertin, à Abbeville, un jour de juillet 1747. Elle entra dans le monde par une antichambre : une famille modeste et nombreuse, père cavalier de la maréchaussée bientôt décédé, mère garde-malade. On se plaît à imaginer une fillette alerte, élevée entre les manufactures, sur cette terre de tradition textile.

De la Picardie au Grand Mogol

Franchissons les années – l’école, l’apprentissage chez Victoire Barbier, marchande de modes à Abbeville –, et nous retrouvons Marie-Jeanne à Paris, embauchée Au trait galant. Dans ce paradis de l’élégance, où se servaient les cours de France et d’Espagne, naît Rose Bertin. Rose, un nom de scène, le début d’une envolée. Avec l’indémodable recette du succès, à savoir talent et travail, la jeune fille grimpe dans le métier, exerçant son don pour marier couleurs et matières, sentir l’air du temps et celui des femmes aussi. C’est alors qu’une marraine transforme sa vie de lin en soierie : la princesse de Conti remarque son habileté, elle lui offre sa protection. Il est l’heure pour Rose d’ouvrir son magasin : en 1770, Le Grand Mogol s’installe non loin du Palais royal, là où bat le cœur de la mode parisienne…

Poufs, plumes, brocards, mousselines…

Marie-Antoinette, en habit de cour satin cerise
Et Rose fit son entrée à Versailles, rencontrant Marie-Antoinette ! Certains disent qu’elle était encore dauphine ; d’autres, reine depuis un jour… Peu importe. Deux destins ne cesseront de se frôler, jusqu’aux portes de la Terreur. Mais attardons-nous sur les années bonheur. La souveraine se prend d’engouement pour l’art de la Bertin : bousculant l’étiquette, elle reçoit la marchande de modes – roturière – en tête-à-tête, lors de fréquents entretiens où se fabriquent les tendances, bientôt copiées de par l’Europe. La « petite Abbevilloise » est la prêtresse des modes ! Poufs aux sentiments, coiffure à la Philadelphie, coiffe à la Belle Poule… l’histoire a retenu les inventions de la modiste, symboles des extravagances du temps – imaginez une coiffe haute de 36 pouces, obligeant les femmes à s’agenouiller dans leur carrosse ! Mais Rose fut aussi à l’origine des robes de ces dames. Riche – son Grand Mogol compte trente ouvrières et cent-vingt fournisseurs, dont certains picards, car elle resta attachée aux savoir-faire de sa région –, proche du pouvoir, demandée par les cours d’Italie, de Russie, de Suède…, Rose Bertin devint la cible des attaques politiques, à mesure que Marie-Antoinette fut affublée du titre de Madame Déficit.
Marie-Antoinette Crédits : Musée Lécuyer

On dit la modiste responsable des dépenses excessives de la souveraine. Restée fidèle à sa reine, elle lui porta ses dernières tenues, à la prison du Temple… Ensuite, c’est l’exil à Londres, le retour, la chute du Grand Mogol. Rose fane à l’automne 1813. De cette femme d’exception, qui avait su faire sien le titre de « ministre des modes » lancé comme une calomnie, il reste ces mots, traversant les siècles : « Il n’y a de nouveau que ce qui est oublié… »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Contributeur(s) initial(ux)

Marie Lecoustey ; Picardia

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