Bellonte, Maurice

1927, Linbergh réussit la première transatlantique New-York - Paris en avion, le Spirit of Saint Louis. 1930, Dieudonné Costes et Maurice Bellonte réussissent à rallier New-York sur leur Point d’Interrogation. 1977, Maurice Bellonte participe au vol inaugural du Concorde Paris-New-York. La boucle est bouclée pour l’aviateur picard !


Le Point d’interrogation - Le Bréguet rouge, au tout premier plan. Musée de l'Air et de l'Espace, Le Bourget. Crédits : Créative commons

Fils d’un ouvrier coutelier, Maurice Bellonte est né le 25 octobre 1896 à Méru, dans l’Oise. Intéressé par la technique, il entre, à 14 ans, comme apprenti chez Anzani, un petit motoriste qui a construit le moteur du Blériot 2, vainqueur de la Manche en 1909.

En 1913, il est employé comme ajusteur chez Hispano-Suiza. Volontaire, travailleur infatigable, Maurice Bellonte construit son destin : il devient successivement navigateur et radiotélégraphiste. Et en 1916, âgé de vingt ans, il est diplômé ingénieur mécanicien. Il fait la Première Guerre mondiale dans l’aviation, au sein de laquelle il sert comme mitrailleur.

Après l’armistice, il termine son service militaire au Maroc, où il apprend les rudiments du pilotage. Démobilisé, il retrouve son poste chez Hispano, puis entre à la compagnie Franco-Colombienne qui fabrique des hydroglisseurs. Il est mécanicien, puis navigateur sur les premières lignes aériennes après la fin de la grande guerre.

Breveté pilote, des anecdotes témoignent de son acharnement, voire de son goût du risque, mesuré ou non ... Plusieurs fois, on le voit sortir d’un avion en vol, se glisser sur l’aile et aller réparer l’un des moteurs.
L’avion qu’il pilote tombe dans la Manche. Bellonte, jusqu’au dernier moment, manoeuvre la T. S. F., il est sauvé !

En 1923, il rencontre le pilote Dieudonné Costes sur la ligne Paris-Londres. Après une tentative manquée de vol sans escale Paris-New York en 1929, ils battent tous deux le record de distance avec un vol Paris-Tsitsikhar (Mandchourie) de 7 925 km. Ce vol leur démontre que le Breguet XIX à moteur Hispano-Suiza 650 CV peut traverser l’Atlantique Nord dans le sens défavorable (vents contraires) est-ouest. Le premier Paris-New York est finalement réussi les 1er et 2 septembre 1930, après un vol de 37 h 14 min.

LA traversée


Dieudonné Costes et Maurice Bellonte - Sur la gauche, D. Costes, sur la droite, M. Bellonte Crédits : Site de l'ancien camp d'aviation de "Point Clos"

De toutes les traversées aériennes, celle de Paris à New York apparait comme la plus difficile à vaincre, mais également la plus glorieuse pour qui réussirait l’exploit. De nombreux aviateurs ont déjà tenté le pari et beaucoup y ont laissé la vie, tels les Français Nungesser et Coli, disparus en 1927 à bord de leur Oiseau blanc. L’Atlantique est vaincue par Lindbergh en 1927, mais la route ouest-est empruntée par le jeune aviateur américain est plus favorable en raison des vents. La première liaison Paris-New York va être tentée par des aviateurs expérimentés, Costes et Bellonte, sur un avion spécialisé dans les raids de longue distance, le Point d’interrogation.
Avec à son bord plus de 5 000 litres d’essence, le Point d’interrogation peut parcourir plus de 9 000 kilomètres. Le 31 août 1930, la météo est favorable sur l’Atlantique, les deux aviateurs décident de tenter la traversée.

Escorté par quelques petits avions, le gros Breguet rouge décolle lourdement après une minute d’élan sur la piste. Il met le cap au nord et franchit les côtes françaises à 10h50 au-dessus de Saint-Valery-en-Caux.

Désormais les deux hommes sont seuls pour affronter l’Atlantique, munis seulement d’une radio pour rester en contact avec la terre.

A 13h15, le Point d’interrogation passe au-dessus des côtes anglaises, puis irlandaises à 13h30. L’avion maintient son cap, mais affronte une grosse perturbation qui freine considérablement les aviateurs. Le point d’interrogation est en liaison avec un bateau-école, le Jacques Cartier, qui tient l’équipage au courant des conditions météo. Après une nuit difficile, le temps s’améliore au matin du 1er septembre. L’avion passe la baie de Halifax à 10 heures. Commence alors la descente vers les Etats-Unis. A 23h18, il se pose finalement à Curtiss Field, le nouvel aérodrome de New York, où une foule compacte attend les deux hommes. Charles Lindbergh est présent, l’ambassadeur de France également, ainsi que tous les Français de New York, l’acteur Maurice Chevalier, le tennisman Jean Borotra, le navigateur Alain Gerbault...

La presse française rend triomphalement compte du succès de cette traversée et glorifie sur le mode patriotique l’exploit des deux pilotes, et la puissance de l’industrie aéronautique française.

« Je n’hésite pas à considérer, pour ma part le vol sans escale de Paris à New-York comme une expérience de liaison aérienne entre l’Ancien et le Nouveau Monde qui fournit déjà d’utiles et précieux enseignements pour la réalisation future de la liaison commerciale et régulière, à laquelle j’ai moi-même consacré une part importante de mes efforts depuis une dizaine d’années. », Louis Bréguet, constructeur du Point d’interrogation.

Et c’est ainsi qu’invité par Air France en 1977, Maurice Bellonte vole sur Concorde lors du premier vol commercial supersonique Paris-New York, qui, cette fois, ne dure que 3 h 30. A cette occasion, il publie Le Premier Paris-New York, où il raconte sa rencontre avec Costes et l’exploit de 1930 !


Maurice Bellonte Crédits : Association pour la mémoire de D. Costes

Maurice Bellonte repose au cimetière parisien de Passy, non loin d’autres célébrités du monde de l’aviation, Henri Farman, Dieudonné Costes et l’avionneur Marcel Dassault.

Le Breguet XIX Point d’interrogation est visible au Musée de l’air et de l’espace, au Bourget.

Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine

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