Bécassine et Joseph Pinchon

Et le Picard créa la petite Bretonne !

Bécassine est née presque par hasard, d’une page restée blanche la veille du bouclage de La Semaine de Suzette, et des ’bêtises’ de la bonne d’origine bretonne de la rédactrice en chef du magazine pour fillettes, Jacqueline Rivière ! Elle invente une petite histoire, mettant en scène Annaïck Labornez, dite Bécassine, employée par Madame de Grand Air, et demande à Joseph Porphyre Pinchon de d’illustrer le scénario de L’Erreur de Bécassine.


Crédits : bedetheque.com

Joseph Porphyre Pinchon

Emile Joseph Porphyre Pinchon est né à Amiens le 17 avril 1871. Il est le second des huit enfants de Victor Pinchon, avoué à la cour d’appel d’Amiens, et de son épouse Sophie Lefèvre, fille d’un tanneur de Noyon, dans l’Oise.

Après des études à Amiens puis à Paris, Joseph s’inscrit aux Beaux-Arts. Il y fréquente notamment Fernand Cormon, peintre académique et enseignant aux Beaux-Arts, et Albert Besnard, portraitiste et décorateur, membre de l’Académie française. Il effectue son service militaire de 1892 à 1895 (on l’emploie à décorer des casernements…), et dès 1897, il expose ses toiles aux Salons parisiens. Il restera longtemps actif au sein de la Société Nationale des Beaux-Arts, dont il sera même vice-président en 1946.

Sa passion d’origine est, et restera la peinture, mais, dès 1903, il illustre divers journaux pour enfants (« Saint-Nicolas », « L’Écolier illustré », « le Petit Journal illustré de la Jeunesse »…).
En 1905, paraît le premier numéro de l’hebdomadaire « La Semaine de Suzette », et, au pied levé, J.P.Pinchon crée le personnage de Bécassine. Le 2 février, c’est le début d’une longue série d’environ 1500 planches consacrées à l’héroïne, publiées dans « La Semaine de Suzette », et pour la plupart éditées en albums (25, de 1913 à 1939, dont les textes sont de Caumery, pseudonyme de Maurice Languereau, et 2 albums parus en 1992 et 2005).

« Les dessins de Pinchon ont la grâce et l’habileté des croquis de peintre, ils saisissent une attitude, non un mouvement [ … ]. Si un demi-siècle plus tard, ses vues de plages à la mode, ses aperçus des Tuileries, ses cartes postales de Bretagne, de Normandie ou du pays Basque recèlent autant de charme, c’est qu’elles reconstituent l’ambiance d’une époque, saisie par le peintre dans toute sa sincérité. Chez Pinchon, la description réaliste n’exclut jamais l’émotion personnelle  » (Francis Lacassin, in « Pour un neuvième art, la bande dessinée » ; Paris, U.G.E., collection 10/18, 1971).

Joseph Pinchon s’éteint à Paris le 20 juin 1953, et repose à Amiens, au cimetière de Saint-Acheul.

La vie de Joseph Pinchon commence à Amiens, où il passe son enfance. Jusqu’à sa mort, il vit essentiellement à Paris. Mais il séjourne, plus ou moins ponctuellement, à divers autres endroits : à Noyon (où son père, en 1887, avait repris la direction de la tannerie de son beau-père), à Clairoix (au Clos de l’Aronde, l’actuelle mairie, propriété acquise par sa famille en 1876, et revendue en 1920), à Les Ageux (petite commune de l’Oise ; au cours des années 1940, peut-être avant), et, en Bretagne.

Un artiste éclectique, curieux et enthousiaste ...


Joseph Porphyre Pinchon - Le « père picard » de Bécassine Crédits : Société historique de Compiègne

Il dessine, de 1908 à 1914, des costumes à l’Opéra de Paris, dont il devient le directeur des services artistiques en 1910. Une trentaine d’opéras bénéficient ainsi de son talent.
Mobilisé en 1914-1918, il exerce ses talents de dessinateur dans des services de camouflage.
Lors des grandes fêtes de Jeanne d’Arc à Compiègne, en 1909, 1911, 1913, puis en 1930 et 1935, Joseph Pinchon assure la direction artistique des cortèges et tournois, dessine costumes et bannières, illustre des cartes postales et divers documents, et participe parfois aux défilés.

Membre d’un équipage de chasse à courre, il soutient la création, en 1935, du musée de la vénerie, à Senlis, auquel il fera don de quelques œuvres.

De 1929 à 1939, il est directeur artistique de Benjamin, hebdomadaire pour la jeunesse fondé par Jean Nohain, alias Jaboune, et fournit de très nombreux dessins. Il illustre aussi « L’Écho de Paris » (certains de ses dessins sont signés « Jospin »...).
Puis, dans les années 1940, il travaille pour Fanfan la Tulipe, Fillette, Wrill, Cap’taine Sabord, Le Petit Canard, Lisette, France Soir Jeudi...

« C’était un homme massif, un Monsieur très élégant, de la classe. Son rêve était la chasse à courre, d’ailleurs il dessinait souvent des chevaux et faisait partie du club hippique. Il habitait un très bel atelier, il aimait bien faire la cuisine. Pinchon n’aimait pas du tout écrire des scénarios ». Jean Nohain, 1977, in Haga (revue).

Bécassine

Les premières aventures de Becassine rencontrent immédiatement le succès. L’illustrateur est enthousiaste, les lectrices aussi, et les scenari des aventures de la petite Bretonne sont reprises en 1913 par l’éditeur Maurice Languereau, qui signe à l’époque de l’anagramme de son prénom : Caumery. La petite Bretonne qui ’monte’ à Paris prend vie, et c’est la première héroïne de bande-dessinée !

Au fil du temps, et du succès populaire de ses aventures, Bécassine est exécrée par les Bretons, qui voient en son personnage le symbole de la domination parisienne, et de sa volonté de dominer les provinces. En juin 1939, d’ailleurs, un groupe de Bretons détruit la statue de cire de Bécassine au Musée Grévin, et le tournage à Lannion du film tiré de la BD est perturbé. L’actrice principale, Paulette Dubost, est menacée, et le film est retiré des salles à sa sortie. Bretonne Bécassine, certes, mais, à la base, son costume est picard !

Pourquoi tant de haine ... ?

Les dictionnaires, car Bécassine y est entrée, la caractérisent ainsi :
«  Type de bonne bretonne, brave mais étourdie« (Nouveau Petit Larousse illustré), »Jeune fille sotte et naïve« (Larousse), »Jeune fille un peu niaise" (Encyclopédie Encarta) ...

Les différents épisodes de Bécassine fondent en effet « sa réputation de simple d’esprit. L’image du Breton têtu, courageux, borné, plouc, alcoolique s’impose. Le plus grave est sans doute la manière dont les Bretons ont eux-mêmes intégré cette image qui leur est renvoyée, il est vrai, de multiples façons ». (Henri Boyer, professeur en Sciences du langage à Montpeller).

Depuis 1905, la représentation de la femme dans la BD a notablement évolué. Les héroïnes ne sont plus seulement des figures maternelles, ou des personnages de seconde zone, mais des femmes libres, indépendantes, telles Barbarella, Adèle Blanc-Sec, ou Laureline !

Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine

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