Basilique Notre-Dame de Brebières, Albert.

Quand la légende, la foi et l’Histoire se rencontrent ...


Notre-Dame de Brebières Crédits : Wikicommons, Paul Hermans

La légende, et la foi

La légende raconte qu’un berger, excédé par le manège d’une de ses brebis qui batifolait régulièrement hors du troupeau, de rage, frappait son bâton sur le sol. Soudain, il entendit une voix lui demander d’arrêter, car "il la blessait’. Il creusa, creusa, et exhuma une statue de la Vierge, qui fut surnommée ’la Madone à la brebis’.

Sur cet emplacement, un oratoire est édifié, qui devient un lieu de culte marial de plus en plus fréquenté. Au Moyen-Âge, le pèlerinage voué à Notre-Dame de Brebières, ’la Madone à la brebis’, a lieu le 8 septembre, mais, au quotidien, les fidèles se pressent. L’église paroissiale, édifiée sur le site de l’oratoire, au début du XVIIIe siècle devient trop petite, notamment lorsque l’autel de la Vierge, situé dans une chapelle du prieuré bénédictin, abandonné après les incendies et les ravages du XVIIe siècle, est transféré dans la nouvelle église.

L’affluence est telle que le pape Léon XIII, qui lui attribue le titre de basilique mineure en 1901, la qualifie de « Lourdes du Nord ».

Anicet Godin, curé d’Albert à partir de 1882, devant la notoriété grandissante de l’édifice, et parce que la ville s’est fortement développée grâce à la révolution industrielle, décide de remplacer l’église par une grande et belle basilique.

Le projet est confié en 1883 à l’architecte Edmond Duthoit, disciple de Viollet le Duc.

A l’époque, c’est le style néo-gothique qui « est tendance ». Edmond Duthoit, pour sa part, a beaucoup voyagé, il a étudié aussi bien l’art paléochrétien et byzantin en Italie, que les mosquées d’Afrique du Nord et de Syrie. Et pour la basilique l’Albert, il souhaite faire la synthèse de « ces formes qui flottent dans (sa) mémoire », et faire co-exister les styles occidentaux et orientaux.

« L’architecture de l’église d’Albert est la synthèse de ce que j’ai vu : mon clocher est un minaret de Tlemcen ou de Séville. Sur les palais de Sienne ou de Florence, on voit des consoles qui ressemblent terriblement aux corniches de la nouvelle église ; celles des absides, avec leurs demi-coupoles et leurs corbeaux, sont originaires de Syrie, la claire-voie supérieure se rencontre dans toutes les basiliques de Syrie, d’Italie, de Sicile et de Corse. Les grands arcs en fer à cheval, qui séparent les bas-côtés de la nef principale, sont empruntés à la grande mosquée de Tlemcen. La mosquée de Kairouan m’a fourni la disposition des tailloirs, des chapiteaux, mon portail rappellera les dispositions que j’ai admirées à la mosquée de TunisNote. Enfin, je serai heureux qu’en regardant la décoration de l’abside, le touriste pensât à celle de l’église de Monreale, près de Palerme. Je ne puis donner un nom à ce mélange ; tous ces éléments qui le composent sont bons : puisse leur combinaison n’être pas désagréable aux visiteurs ! » (Edouard Duthoit).

L’ Histoire, la légende, et l’espoir !


Notre-Dame de Brebières - La vierge penchée, 1915-1918 Crédits : Imperial War Museum

Juillet 1914, la guerre est déclarée, et, quelques mois plus tard, alors qu’Albert, site sensible s’il en est, est au coeur des bombardements allemands. En janvier 1915, les Allemands pilonnent la ville, et la basilique, avec son imposant clocher de 68 mètres, constitue une cible de choix. Le 15 janvier, plusieurs obus touchent l’édifice. Le clocher est ébranlé et la statue qui couronne son dôme est renversée.

Mais la Vierge dorée, réalisée par le sculpteur amiénois Albert Roze, ’résiste’, elle ne tombe pas. Elle reste rivée à son support, penchée, à l’horizontale, dans un équilibre précaire et impressionnant. Cette image incroyable fait le tour du monde. Les soldats britanniques stationnés à Albert envoient des cartes postales de la ’basilique à la Vierge penchée’ à leurs proches. Et la Vierge dorée de la basilique d’Albert devient l’objet d’une prophétie populaire, qui allume la flamme de l’espoir dans le coeur des Albertins, des poilus et des tommies : « Quand la Vierge tombera, la guerre finira ».

Trois longues années se passent, avant que la Vierge dorée ne finisse par s’effondrer en avril 1918. L’issue de l’offensive alliée, engagée à partir du mois d’août suivant, donnera presque raison à la prédiction...

Au Pays du Coquelicot, cette histoire titille toujours la mémoire collective ...

Après la Grande guerre, la basilique est reconstruite par Louis Duthoit, le bâtisseur de l’hôtel Bouctot-Vagniez à Amiens, fils d’Edmond. Louis respecte scrupuleusement le programme de son père, la basilique est reconstruite à l’identique, et il va même jusqu’à faire appel aux entreprises du chantier initial !

Une réplique de la « Vierge dorée », réalisée également par Albert Roze, est ré-installée.

Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine ; Bertrand Fournier

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