Apollinaire, Guillaume

L’ambivalence face à la guerre.

«   Ah Dieu, que la guerre est jolie ». Il s’agit sans doute du vers le plus célèbre de Guillaume Apollinaire, poète et combattant, blessé sur le front en 1916, en contrebas du Chemin des Dames, témoin précieux de la « grande guerre ».


Guillaume Apollinaire Crédits : larepubliquedeslivres.com  
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Mais Apollinaire écrit également : « Si tu voyais ce pays, ces trous à hommes, partout, partout ! On en a la nausée, les boyaux, les trous d’obus, les débris de projectiles et les cimetières. »

Le combattant.

Guillaume Apollinaire (1880-1918) souhaite s’engager, dès le 5 août 1914. Il veut « bouter les ‘boches’ hors de France ». Sa demande d’intégrer la légion étrangère –il est russe, d’origine polonaise, et il n’est pas encore naturalisé français- est refusée.

En novembre 1914, il est affecté comme canonnier-conducteur au 38e Régiment d’artillerie de campagne de Nîmes. Il s’entraîne sans compter ses efforts, sans jamais se départir d’un vrai sens de l’humour : « Je dompte les chevaux et je les éperonne, Mon cul est tout en sang - encore est-ce un sang bleu« .

Ce bidasse enthousiaste aime ses camarades, il les distrait, il les plaisante, en bon comique troupier : »L’ambre des pets altitonnants, Que sans vergogne un militaire, Lâche comme un coup de canon« .

Printemps 1915, Apollinaire part ‘enfin ‘ pour le front, où il est agent de liaison, chargé de transmettre des messages, à pied et à cheval, le plus souvent sous un déluge de feu…

Son témoignage est précieux, et ambivalent : le ‘spectacle’ de la guerre est fascinant, le champ de bataille, jonché de morts, sous une pluie d’obus, est « terrifiant  », mais on retrouve, bien souvent, sous sa plume, les qualificatifs de « fantastique, merveilleux  », voire « amusant  »… Il s’imagine être un Mohican de Fennimore Cooper, il se prend s’inventer un rôle dans un opéra baroque…

 

Le blessé de guerre.

En mars 1916, il est sur le Chemin des Dames, affecté dans l’infanterie. Il se repose en lisant le Mercure de France – un de ses articles, dit-on -, lorsqu’un éclat traverse son casque et l’atteint à la tempe droite. Il est sommairement soigné, évacué à Paris. Sa vie est sauve, mais il est trépané.
Dès lors, Apollinaire porte en permanence un bandage autour du crâne, et c’est Picasso qui va l’immortaliser en l’état.
Il est maintenant affecté à l’arrière, à la censure, puis au ministère des colonies, et développe à la fois nostalgie du front, et haine des ‘embusqués’. Ses discours ont des accents xénophobes. Pour les jeunes poètes, il est un modèle : comme artiste, pas comme soldat. Breton, Soupault, Reverdy, Tzara rendent visite ou correspondent avec l’auteur du Poète assassiné, autobiographie lyrique sur »le plus grand des poètes vivants«  , Croniamantal. Dans sa tête - dans tous les sens du terme - Apollinaire est toujours sur le front. Blessé au combat, décoré de la croix de guerre, son engagement reste total. Il poursuit sa guerre…
Et il travaille, encore et toujours, à un roman, à un scénario de film, au livret d’un opéra-bouffe, à un drame surréaliste : Les Mamelles de Tirésias, plaidoyer en faveur de la natalité dans un pays saigné par la guerre. Il publie Vitam impendere amori, son premier recueil après la blessure, bilan mélancolique, puis Calligrammes, »poèmes de la paix et de la guerre« dédiés à un ami mort au chemin des Dames, et ultime hommage à la typographie, condamnée, selon lui, par le cinéma et la photographie. L’accueil est mitigé.

 

Le 9 novembre, jour de l’abdication de l’empereur Guillaume II, Apollinaire meurt terrassé par l’épidémie de grippe espagnole. Un mois plus tôt, son humour était intact : »Alphonse XIII a la grippe espagnole. La nouvelle ne nous étonne qu’à moitié : un bon roi doit avoir à coeur de n’user que des produits nationaux."
Il fut enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris alors que, dans les rues, les Parisiens célébraient la fin de la guerre. Au passage de son cercueil, les parisiens criaient « À mort Guillaume ! » (non pour Guillaume Apollinaire, mais pour Guillaume II, l’empereur allemand…)

Poème dédié à sa marraine de guerre, Jeanne-Yves Blanc

Bien qu’il me vienne en août, votre quatrain d’avril
M’a gardé de tout mal et de toute blessure
Votre douceur me suit durant mon aventure
Au long de cet an sombre ainsi que fut l’an mil
Je vous remercierai s’il se peut je l’assure
Quand nous aurons vaincu le Boche lâche et vil
Dont la vertu française a ressenti l’injure

L’Avenir

Soulevons la paille
Regardons la neige
Écrivons des lettres
Attendons des ordres

Fumons la pipe
En songeant à l’amour
Les gabions sont là
Regardons la rose

La fontaine n’a pas tari
Pas plus que l’or de la paille ne s’est terni
Regardons l’abeille
Et ne songeons pas à l’avenir

Regardons nos mains
Qui sont la neige
La rose et l’abeille
Ainsi que l’avenir

Guillaume Apollinaire, Calligrammes, Poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916)

 

 

 

 
 

 

Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine

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