Amérindiens sur le front

Algonkins, Micmacs, Malécites, Iroquois, Sioux, sont quelques-unes des tribus amérindiennes du Canada qui s’engagent, aux côtés des Britanniques, dès le début de la première guerre mondiale.

Un tiers des Indiens Canadiens, soit environ 4 500 hommes répondent à l’appel du gouvernement canadien. « La participation de la Grande-Bretagne à la guerre a suscité des expressions de loyauté de la part des Indiens. Ils ont offert de verser des contributions (...). Certaines tribus ont également offert les services de leurs guerriers si nous en avions besoin » (Duncan Campbell Scott, sous-surintendant général au ministère des Affaires indiennes). Ils sont enrôlés dans le Corps expéditionnaire canadien.

Leurs activités traditionnelles de chasseurs, de pisteurs, les destinent tout naturellement à être tireurs d’élite, éclaireurs ... De nombreux témoignages venus du front font l’éloge de leur courage et de leur habileté. Rapides à la course, endurants, ils sont également utilisés comme « courriers » (estafettes), pour acheminer des messages urgents ou importants.

L’histoire de Joseph Standing Buffalo, petit-fils de Sitting Bull


Sitting Bull, le grand-père de Standing Buffalo - Sitting Bull, le vainqueur de Custer à Little Big Horn Crédits : US National Archives ; Archives Canada

Standing Buffalo quitte les Sioux à 20 ans, et rejoint le corps expéditionnaire canadien en juin 1917. Le début de sa vie de soldat, c’est d’abord un interminable périple depuis les plaines du centre du Canada en direction de l’Est ; il traverse l’Atlantique et accoste enfin à Liverpool le 6 février 1918. À peine débarqué, il est hospitalisé pendant 12 jours pour un abcès au pharynx ...

Il arrive sur le front en août 1918. Il n’y reste pas bien longtemps... Il est fort probable qu’il ait été grièvement blessé au cours de la bataille du Canal du Nord, lors de l’offensive des Cent Jours du Canada. Joseph Standing Buffalo meurt dans la nuit du 29 septembre 1918. Il repose au cimetière de la route de Bucquoy, à Ficheux, tout près de là où il est tombé, bien loin des grandes prairies de son enfance. Il a reçu la British War Medal et la World War One Victory Medal.

L’histoire de « Cogwagee » Thomas Longboat


Thomas Longboat - Un marathonien au front Crédits : Archives Canada

Thomas Charles Longboat s’engage alors qu’il a presque 30 ans. Il est membre de la tribu Ononganda de la réserve indienne des Six-Nations.

C’est un athlète professionnel reconnu. Champion du monde de course de fond, il a remporté le marathon de Boston en 1907. Sa célébrité atteint un sommet quand il gagne la même année un second marathon, professionnel celui-là, au Madison Square Garden de New York.

Et, quand il se retrouve sur le front, en France, c’est tout naturellement qu’il sert comme estafette. Entre deux missions, il participe à des compétitions avec les militaires, et les gagne, le plus souvent !

Le témoignage d’un soldat allemand, dans son journal, en 1916, construit sa légende : « J’ai vu courir un homme très vite. J’ai tiré, je l’ai vu tomber, rouler, s’immobiliser puis se relever et courir aussi vite. Je l’ai perdu de vue et, il s’est retrouvé derrière moi. Il était Canadien et très foncé, sûrement un de ces sauvages indiens ; je n’avais plus le choix, je me rendis sans condition ».
Tom Longboat arrête ainsi 8 soldats allemands. Blessé, hospitalisé, les médecins constatent 24 blessures par balle ...

L’histoire d’Henry Louis Northwest


Bataille des Cent-jours à Amiens (1918) - Regroupement des blessés Crédits : Musée canadien de la guerre

Henry Northwest est un Cri de l’Alberta. Marié, père de famille, il est sellier et cowboy. il s’engage en janvier 1915.

Il rejoint la France en août 1916, en pleine bataille de la Somme. Sa patience, son coup d’œil inégalé et sa science du camouflage en font un tireur d’élite hors pair. On lui attribue officiellement 115 coups « au but », autrement dit mortels, un chiffre encore jamais atteint dans les annales de l’armée britannique.

Sa renommée franchit les lignes ennemies, et les soldats allemands le craignent. Il arrive à Norwest de se glisser jusqu’aux positions ennemies, entre chien et loup, pour faire feu sur l’ennemi. Ses exploits lui valent la Médaille militaire en 1917. Il a fait preuve, selon sa citation, d’une « grande bravoure, d’habileté et d’initiative dans sa tâche de tireur d’élite après la prise du « Bourgeon » à Vimy Il réussit ainsi à sauver la vie de nombre de nos hommes ».

Son poste de tireur d’élite est encore décisif en août 1918, lors de la bataille d’Amiens. Mais, le 18 du même mois, Henry Norwest est atteint mortellement par un tireur d’élite allemand, en pleine tête. Il repose au cimetière de Warvilliers, près d’Amiens.

Et après ?

Selon les derniers chiffres, ils furent ainsi plus de 4 500 à s’enrôler et certaines réserves, comme celle des Algonquins de Golden Lake en Ontario, vit partir tous les hommes jeunes, à l’exception de trois !

Il n’est pas simple de retrouver la trace des combattants amérindiens, notamment parce que, lors de leur engagement, ils le faisaient sous un nom d’emprunt, à consonance francophone ou anglophone, héritage des écoles blanches obligatoires. Il n’est pas de bon ton en effet, dans le Canada de l’époque, de mettre en avant la part que prennent ces populations à la Première Guerre mondiale.

Pour ceux qui reviennent à la vie civile, il semble que la reconnaissance de la patrie se soit arrêtée en 1918. De retour chez eux, plusieurs constatent, par exemple, que leurs terres ont été attribuées à d’anciens combattants blancs…

Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom

Vous pouvez aussi laisser un commentaire sur cet article

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.