Abbaye Saint-Jean-des-Vignes de Soissons

Fondée en 1076

L’abbaye de Saint-Jean-des-Vignes, est l’un des monuments emblématiques de Soissons. Cette abbaye, fondée en 1076 par Hugues de Château-Thierry, saisit le visiteur par son imposante façade gothique, élevée dans le vide.


Abbaye Saint-Jean des Vignes - Abbaye Saint-Jean-des-Vignes de Soissons Crédits : CRDP d'Amiens

L’ancienne abbaye Saint-Jean-des-Vignes, consolidée à l’état de ruine au lendemain de la guerre de 1914-1918, occupe une place particulière dans le panorama de la ville de Soissons.

Historique

L’abbaye est fondée en 1076 par Hugues Le Blanc, seigneur de Château-Thierry, familier du Comte de Champagne, sur une petite éminence dominant alors la cité de Soissons, pressé par l’évêque de la ville. Cette œuvre pieuse du féodal est aussi une restitution à l’Église, celle de cinq villages et paroisses au sud de Soissons.

Confirmée par lettres patentes par le roi capétien Philippe Ier, cette fondation sur le Mont Saint-Jean est augmentée de trente arpents de vignes en 1084. D’où cette appellation d’abbaye Saint-Jean-des-Vignes.

La chapelle Saint-Jean du Mont, puis une construction romane s’élèvent alors au début du XIIe siècle, non loin d’un cimetière romain christianisé.


L’abbaye est occupée par des chanoines réguliers, disciples de Saint Jean, obéissant à la règle de Saint Augustin.

Soissons compte déjà plusieurs abbayes anciennes, mais Saint-Jean-des-Vignes s’inscrit dans le mouvement de réforme qui touche alors les ordres religieux en Occident.

Suivant la volonté du Pape, quatre-vingt dix religieux assistent l’évêque dans l’encadrement spirituel des populations, l’assistance aux malades et aux pauvres.

La présence dans l’abbaye romane de 90 religieux à la fin du XIIe siècle, explique la nécessité d’une reconstruction plus vaste qui se développe longuement dans le temps. 


Au XIIIe siècle, est entamée la reconstruction dans le style gothique, vers 1215-1230. Ce sera une église à trois vaisseaux, voûtes d’ogives, de 83 m de long, pourvue d’une nef de 7 travées (la première constituant la façade), d’un transept et d’un choeur à chevet plat.

Les trois portails de la façade ouest, très décorés, semblent avoir été achevés vers 1270-1280. 


En revanche, l’étage de la grande rose aujourd’hui béante, date du XIVe siècle.

Au-delà des remparts de la ville, Saint-Jean-des-Vignes est alors un vaste ensemble, clos en 1375 et entouré d’un fossé.


L’abbaye est entourée sous l’abbatiat de Jean Souvion (1361-1385) d’un mur d’enceinte de plus d’un km, avec porte fortifiée et trois tours, d’un effet plus dissuasif que réellement défensif. 
L’église ne fut dédicacée qu’en 1478 ; il semble que la Renaissance ait été vécue dans l’abbaye comme une période faste au cours de laquelle fut terminée la tour nord de la façade de l’église (vers 1520) et furent construits le petit cloître (vers 1550) et le nouveau logis abbatial. 

La nef de la chapelle est achevée à la même époque, au XIVe siècle, les deux tours de sa façade entre 1488 et 1520. De facture classique, celle-ci demeure debout aujourd’hui. Élevée sur trois portails, sous des gâbles à crochets, elle est percée en son centre d’une rosace précédée d’une claire-voie, que surmonte un pignon, triangulaire et dépourvu d’ornements. De part et d’autre, des baies géminées sont aménagées, coiffées de deux tours dissymétriques. 

Dédiée à saint Jean-Baptiste, l’abbaye Saint-Jean « du Mont » fut bientôt plus connue sous le nom évocateur de Saint-Jean « des Vignes », et se développe rapidement, faisant l’acquisition d’un domaine considérable, achetant de grandes fermes, régnant sur une quarantaine de paroisses et prieurés, puis consolidant sa puissance par de nombreux achats fonciers successifs. 



Abbaye Saint-jean des Vignes

Les deux tours, d’une façade très proche de celle des cathédrales du Nord de la France, magnifiques malgré les mutilations subies, sont dissymétriques.

Celle du sud, la plus ancienne, est terminée en 1495 et mesure 75 m, l’autre culminant à 80 m, est achevée en 1520 seulement. Assises sur un étage carré et un tambour octogonal cantonné de clochetons d’angle, leurs flèches ajourées relèvent du style flamboyant.


Décors sculptés de la face des flèches - Abbaye Saint-Jean-des-Vignes de Soissons Crédits : CRDP d'Amiens

Un décor sculpté abondant (statues d’apôtres et de bienfaiteurs, scénes de l’Enfance et de la Passion du Christ), anime les faces des flèches, répondant aux sculptures prolifiques des baies, pinacles et gâbles des portails et des ouvertures des bâtiments monastiques encore debout.


Cloître de l’abbaye - Abbaye Saint-Jean-des-Vignes de Soissons Crédits : CRDP d'Amiens


Ceux-ci s’ordonnaient au sud de l’église autour du grand cloître gothique (XIIIe siècle), en partie détruit vers 1830, dont il reste deux galeries de 30 m de côté, ornées d’animaux fantastiques.


Cloître de l’abbaye - Abbaye Saint-Jean-des-Vignes de Soissons Crédits : CRDP d'Amiens

A l’origine, le cloître est un carré de trente mètres de côté, lieu de prière et de déambulation pour les chanoines. Ses arcades sont fort abîmées, les remplages étant brisés. 


Réfectoire de l’abbaye - Abbaye Saint-Jean-des-Vignes de Soissons Crédits : CRDP d'Amiens

Subsiste aussi le réfectoire du XIIIe siècle séparé en deux vaisseaux par une élégante file de colonnes, au-dessus d’un vaste cellier et de souterrains.


Rosace de l’abbaye - Abbaye Saint-Jean-des-Vignes de Soissons Crédits : CRDP d'Amiens

Restauré au XVIIe siècle, le monastère subit une seconde occupation militaire à partir de 1792, ses chanoines sont définitivement chassés. Au début du XIXe siècle, les pierres du monument sont vendues comme matériau de construction. 


Partie tardive de l’abbaye - Abbaye Saint-Jean-des-Vignes de Soissons Crédits : CRDP d'Amiens


Le reste des bâtiments, logis abbatial, logement des hôtes, cuisine... plus tardifs (XVIe, XVIIe siècles), abrite aujourd’hui le centre archéologique de Soissons et un laboratoire d’étude des peintures murales.

Des désastres à la mise en valeur


Lors des Guerres de religion, l’abbaye de Saint-Jean-des-Vignes souffre des dégâts causés par les troupes du prince de Condé, qui occupent en 1567 la ville de Soissons.
 Les Protestants mettent la ville de Soissons en coupe réglée.

La Révolution de 1789 marque la fin de Saint-Jean-des-Vignes qui fut systématiquement démolie à partir de 1805. Certains bâtiments furent cependant dévolus à l’Armée, qui ne lâcha prise qu’au début du XXe siècle. D’autres avaient été portés sur la liste des Monuments historiques dès 1840, mais les guerres de 1870 et de 1914-1918 ne pouvaient manquer de faire des hautes flèches de l’abbaye une cible pour les tirs d’artillerie, après qu’elles eurent plus paisiblement servi de repères aux ingénieurs cartographes travaillant pour Cassini au XVIIIe siècle.

Cette imposante façade gothique, ce mur de pierres sculptées s’élèvent aujourd’hui dans le vide. Seuls subsistent quelques vestiges de la grandeur passée. L’ensemble est classé monument historique depuis 1875. 


Pourtant, même en ruines, Saint-Jean-des-Vignes suscite toujours l’intérêt des archéologues. Et ceux-ci viennent de très loin, en particulier des États-Unis, pour en étudier la construction, et l’évolution au cours des siècles.

L’abbaye picarde est un élément du projet « MonArch », pour Monastic Archeology Project, des universités américaines, ce qui en fait une des seules abbayes étudiée et fouillée de manière systématique en Europe. Ce travail scientifique doit à terme, nourrir la mise en valeur du site abbatial par la municipalité de Soissons.

Ses ruines et ses amples pelouses, non loin du centre-ville, font l’objet d’un aménagement touristique.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Désiré Emmanuel (CRDP d’Amiens) ; Plouvier, Martine

Vos commentaires

  • Le 4 octobre 2015 à 15:55, par Meresse En réponse à : Abbaye Saint-Jean-des-Vignes de Soissons

    pourquoi les 2 tours sont-elles dissymétriques ?

    Répondre à ce message

  • Le 29 octobre 2015 à 13:14, par BERTAU En réponse à : Abbaye Saint-Jean-des-Vignes de Soissons

    A Nadine LAVAL,

    Ayant lu l’article sur l’Abbaye Saint Jean des Vignes, j’ai pensé que ....

    Bonjour,
    dans le cadre de mes recherches généalogiques, j’ai acquis un document datant de 1806
    relatif à l’ordre de destruction de l’église Saint Jean des Vignes. Il sagit de 2 fois 4 pages, dont un courrier du bureau des Beaux-Arts au ministère de l’intérieur, mentionnant la décision de l’Empereur de démanteler ladite église au profit des réparations de la cathédrale, les matériaux récupérés devant être réutilisés à cette fin.
    On y trouve une seconde lettre dans laquelle figure des montants estimés nécessaires pour ces réparations de la cathédrale et les chiffres attestant de l’impossibilité pour la ville de Soissons d’arriver à cette somme.
    Etes-vous intéressée par une copie des documents ?

    Denis Bertau

    Répondre à ce message

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom

Vous pouvez aussi laisser un commentaire sur cet article

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.