1918, Amiens, libérée, mais ravagée.

1918 : la bataille d’Amiens est gagnée. Les amiénois reviennent. la ville est en ruine, et a subi vols et pillages...

 

1914. Le 26 août, saint Quentin est prise, le 31 août, l’armée allemande entre ‘tranquillement’ dans Amiens, les gradés de l’armée française ayant décidé de ne pas défendre la ville et de replier les troupes.

1918. « Les Allemands n’auront pas Amiens. Nous défendrons Amiens comme nous défendrons Paris. Le sort d’Amiens c’est celui de la capitale » déclare Poincaré en mars 1918. Sa promesse sera tenue.


Artillerie française traversant Amiens en 1918 Crédits : Gallica, BNF

La bataille d’Amiens est gagnée.

 
Début 1917, les forces franco-britanniques concrétisent leur avantage en faisant reculer les allemands ; en mars, le département est libéré, et Amiens n’est plus exposée aux bombardements… Un an plus tard, la situation se renverse encore une fois : en mars 1918, les allemands lancent leur offensive, et les anglais reculent. De nouveau, des réfugiés affluent. Depuis février 1916, les allemands procèdent à des bombardements aériens nocturnes, dont l’effet psychologique est dévastateur. Les amiénois apprennent à se protéger : rideaux occultants, aménagement des caves… Amiens est bombardée dans la nuit du 26 mars 1918, et le maire donne l’ordre d’évacuer la ville : ceux des amiénois qui ne sont pas encore partis prennent la route de la Normandie, ou du littoral picard ; hôpitaux et hospices sont évacués dans le désordre le plus total ; c’est ainsi que les cinq cent malades de Dury se retrouvent à … Lourdes. Ne reste dans la ville qu’environ 10 % des habitants. La ‘bataille d’Amiens’ est gagnée, les allemands reculent, le front se stabilise. Mais le bilan est lourd. En près de cinq mois (fin mars jusque mi août 1918), Amiens a reçu près de 900 bombes ou torpilles et onze mille cent trente obus, qui ont fait 629 victimes, dont 78 civils. Huit mille maisons ont été touchées, deux mille cinq cent sont entièrement détruites. Moreuil, Montdidier, Roye et Péronne sont reprises, puis Noyon. Foch a gagné, l’armée allemande est défaite dans la Somme, puis dans l’Oise, l’issue du conflit ne fait plus guère de doute.

 

La guerre est finie, mais…

Les Amiénois reviennent. Leur ville est en ruines, les pillages ont été nombreux : ce qui n’a pas été détruit a été volé. L’eau, l’électricité font défaut : les amiénois n’y auront accès qu’en février 1919. Difficultés économiques –de nombreuses entreprises ont été détruites, ou endommagées-, gros problèmes de transport de matières premières et de marchandises, inflation : le retour à la paix n’est pas simple, après l’euphorie de l’armistice.

Amiens a été occupée, puis est devenue une des bases arrière du front. Les habitudes ont changé. Le stationnement des troupes, les allées et venues des permissionnaires, qui souhaitaient plus que tout ‘profiter de l’instant’, le ‘brassage des populations’ ont suscité de nouveaux goûts, de nouveaux besoins et de nouveaux commerces : marchands de fleurs, de bijoux, d’habillement. Le commerce profita par ailleurs d’un renouveau, lié aux évolutions techniques : début des ventes de machines à laver le linge, de vélos, de machines agricoles… La reconstruction amène également des créations d’emplois dans le secteur du bâtiment. Toute médaille a son revers, et l’après-guerre fut fatale à un certain nombre de petits commerces dans les quartiers, et aux métiers traditionnels, couturières, modistes, blanchisseuses… La Ville par ailleurs se dépeuple. Ce n’est qu’en 1936 qu’Amiens retrouvera une population égale à celle de 1911 !

 

La période de reconstruction, enfin, fige les différences socio-professionnelles entre les quartiers. Aux cadres supérieurs, aux professions libérales, aux industriels et aux rentiers, les maisons bourgeoises et les artères aérées du quartier Henriville et du mail Albert 1er ; aux cheminots, l’est de la ville, le long des voies ferrées ; au nord, pas trop loin des usines textiles, les ouvriers…

 

Il reste que les Picards, les Amiénois, ont le sentiment qu’ils ont subi « un fléau inconnu jusqu’à ce jour » (Klotz, Conseil général de la Somme, séance du 19 août 1918).
Et puis «  Il y a, au pays où la guerre a passé, des choses qui ne seront jamais remplacées, et qui constituent toute la valeur de la maison familiale : le mobilier pauvre ou luxueux, qui a gardé l’empreinte des vieux parents disparus, les mille objets de la maison acquis au cours des années et dont chacun représente un lambeau de l’existence vécue en commun. En un mot, tous les souvenirs si chers de la famille et qui donnent tant de charme au foyer. » (Rapport du préfet, 1922).

 

 

 

 

Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine

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