1914-1918, chronologie picarde

Contexte picard de la première guerre mondiale

Brève chronologie des étapes marquantes de la première guerre mondiale en Picardie.


La grande guerre Crédits : Princip ; Gallica ; British Government photographer Royal Engineers No 1 Printing Company ; Duhjeroen.

Après l’assassinat de l’archiduc d’Autriche, le 28 juin 1914 à Sarajevo, les déclarations de guerre s’enchaînent : l’échiquier de la Grande Guerre est en place, tous les belligérants -ou presque- sont face à face. Des combattants du monde entier (une quarantaine de nationalités) affluent en Picardie, qui sera le théâtre de terribles combats.

L’armée allemande arrive très vite en Picardie. Le 27 août, c’est le début des combats dans le nord de l’Aisne, avec une victoire française à Guise. Le 31 août 1914, l’armée allemande entre à Amiens, qu’elle n’occupera que pendant 8 jours, l’ordre de retraite ayant été donné par le commandement allemand après la première bataille de la Marne.

A partir d’octobre, le front se stabilise sur près de 800 kilomètres, de la Belgique à la frontière suisse.

1915, la guerre des mines.

En 1915, l’année des grandes offensives, la Picardie ne subit pas d’offensive majeure, mais est le théâtre de ’raids’, comme à Quennevières dans l’Oise, et de la ’guerre des mines’.


Trous de mines Crédits : Imperial war museum

La pose de mines et la destruction des lignes adverses sont considérées comme un atout majeur dans la rupture de la ligne de front.
Les sapeurs français et les pionniers allemands vont s’affronter dans une course de vitesse où le premier qui détruira la ligne adverse obtiendra un plus ou moins gros avantage en fonction les dégâts occasionnés.
Certains lieux ont étés secoués pendant 4 longues années et certains villages se sont retrouvés définitivement rayés de la carte ….Lorsque la guerre de mouvement reprend, celle des mines cesse, en laissant des marques béantes dans le paysage, parfois encore visibles de nos jours…


Lochnagar Crater - Ovilliers-la Boisselle, Somme Crédits : Canopé-CRDP Amiens

1916, la bataille de la Somme.

L’événement marquant de 1916 en Picardie est, bien entendu, la bataille de la Somme, qui se déroule sur une large zone du département, de Beaumont-Hamel et Bapaume au nord, jusqu’au sud de Chaulnes, les Français tenant le sud du front, et les Britanniques, le nord. Français, Allemands, Britanniques, c’est une concentration de près d’un million d’hommes et de 200 000 chevaux qui se retrouve à l’aube de la bataille de la Somme.


Carte du front pendant la bataille de la Somme

Le 1er juillet, à 7H30, quelques minutes après l’explosion simultanée de plusieurs « fourneaux de mines » (à Beaumont-Hamel, à la Boisselle, à Fricourt,...), l’infanterie française et britannique attaque. Du côté français, les objectifs sont atteints, ou presque, le soir-même, mais, côté britannique, c’est catastrophique : de jeunes divisions inexpérimentées se fracassent sur les collines de Thiepval... Le 2 juillet, 58 000 hommes sont hors combat, dont 20 000 sont morts ; 32 bataillons -dont l’effectif moyen est de 800 hommes - ont perdu au moins 500 combattants. 700 soldats terre-neuviens tombent en 30 minutes.

Fin juillet, les alliés sont seulement à 2 kilomètres de Péronne, mais ne peuvent y entrer : impossible de franchir la Somme.
Une nouvelle offensive générale est lancée en septembre ; les Britanniques utilisent des chars pour la première fois, et s’emparent enfin de Thiepval... L’avance allemande est bloquée, mais les forces alliées progressent peu. Des pluies abondantes et torrentielles transforment le champ de bataille en « une immonde bouillie brune où tout s’enfonce » écrit Pierre Loti. « Par degrés, nous pénétrons dans ces zones inimaginables à force de tristesse et de hideur que l’on a récemment quailifiées de lunaires. Mais, sur la lune, au moins, il ne pleut pas. », écrit encore Pierre Loti.


Tranchée anglaise pendant la bataille de la Somme Crédits : Imperial War Museum

Le bilan de la bataille de la Somme est lourd, et coûteux, pour un gain de terrain fort minime... Les Britanniques ont progressé de 12 kilomètres, les Français, moins nombreux, de 7 à 8...Durant ces quatre mois et demi, 120 000 hommes, sur 300 000, ont été mis hors combat. Et si les troupes alliées reprennent Péronne et Chaulnes en mars 1917, c’est grâce à un repli stratégique de l’armée allemande.

1917, le Chemin des Dames.

De 1917, la mémoire collective retient le ’Chemin des Dames’ comme le lieu emblématique d’assauts meurtriers et inutiles. Du 19 avril au 24 octobre, les soldats vont se battre sur deux fronts, les français sur une ligne Soissons-Reims, et les anglais sur une ligne Soissons-Vimy.


Site du Chemin des dames sous la neige Crédits : Carte postale ancienne, collection personnelle

D’avril à juin, l’offensive Nivelle est un échec cruel pour les armées françaises : alors que Nivelle pensait que l’avancée serait foudroyante, et Laon atteinte en fin de journée, le front allemand est à peine entamé. Pendant de nombreux mois, de juin à octobre, les armées allemande et française se disputent le plateau... Le bilan est peu aisé à établir, environ 200 000 hommes ont perdu la vie sur le « chemin des dames ». Et sur 16 500 tirailleurs sénégalais, 7000 meurent dans les premiers jours de l’offensive : peu entrainés, qui plus est dans le sud de la France, mal équipés, ils tombent autant par le froid que par les balles : le 16 avril 1917, il neige !


Des soldats sénégalais au camp de Mailly Crédits : Félix Vallotton. US copyright Office

« Si tu voyais ce pays, ces trous à hommes, partout, partout ! On en a la nausée, les boyaux, les trous d’obus, les débris de projectiles et les cimetières », écrit Guillaume Apollinaire, blessé sur le Chemin des dames.

1917, en Picardie, comme sur toute la ligne de front, les mutineries se multiplient. Le coût humain de l’offensive Nivelle sur le Chemin des Dames, les conditions de vie effroyables dans les tranchées, le froid, la boue, les bombardements d’artillerie, la rareté des permissions, tous ces facteurs provoquent une montée de la protestation... Cette guerre, qui devait être courte, avait assez duré, et Nivelle avait promis sa fin imminente, si toutefois l’offensive était un succès...

L’ordre de reprendre l’offensive, après l’échec de Nivelle, est vécu comme une trahison par les hommes, et face à la volonté de l’état-major de poursuivre le combat à outrance, des mutineries éclatent et gagnent progressivement toutes les armées le long du front pendant 8 semaines. Elles touchent jusqu’à 68 divisions sur les 110 qui composent l’armée française.
Les tribunaux militaires prononcèrent 3 427 condamnations dont 554 à mort. Par le jeu des recours en grâce, 49 soldats seront exécutés.

Le Chemin des Dames tombe enfin aux mains des Français à la fin du mois d’octobre, après la bataille de la Malmaison.


Sucrerie de Crisolles, détruite en 1917 Crédits : Photo de Jean Tournassoud, fond CDRP Picardie

1918, l’armistice.

Les Russes ont signé, après de longues négociations, de décembre 1917 à mars 1918, un accord de paix séparé avec l’empire allemand à Brest-Litovsk, ce qui permet à l’armée allemande de renforcer ses lignes sur le front ouest. Mais les américains entrent en guerre, après le torpillage d’un navire civil, le Lusitania, par un sous-marin allemand. Ce transatlantique avait à son bord de nombreux citoyens américains. Auparavant hostile à la guerre, l’opinion publique américaine évolue peu à peu en faveur d’un engagement aux côtés de l’Entente. C’est vraisemblablement la décision allemande de janvier 1917 de déclencher un blocus des États-Unis, en décrétant la guerre sous-marine totale contre tous les navires, même neutres, qui commerceraient avec les nations alliées, qui a probablement vraiment lancé les États-Unis dans la guerre. Et en février, des éléments de la 26e division américaine sont au Chemin des Dames.

En mars, une première offensive allemande vise Amiens, et la séparation des armées française et anglaise.
En mars également, un obus, tiré par un canon situé dans le bois du Montoir, à Crépy-en-Laonnois, tombe sur Paris. C’est le premier des trois cents tirs de la « Grosse Bertha » qui feront plus de 250 morts, et près de 700 blessés, dans la capitale.
D’avril à octobre, offensives allemandes et contre-offensives alliées vont se succéder, seconde bataille du Chemin des Dames, seconde bataille de la Marne... Les alliés, fortement appuyés par les troupes américaines, percent enfin définitivement la ligne Hindenburg, et l’armistice est signée à Rethondes, le 11 novembre 1918.


Sortie du train de l’armistice - Le maréchal Foch est au premier plan, second à partir de la droite. Il est entouré de deux amiraux britanniques, Hope et Rosslyn Wemys. Crédits : Wiki commons

Quelques précisions d’un lecteur, Yvon Debuire :

On peut distinguer deux situations durant une guerre, la guerre de mouvement, et la guerre de position. Durant la Première Guerre mondiale, en 1914 l’armée allemande lance son offensive, l’armée française adverse recule. La ligne de front est par conséquent en constant déplacement, c’est la guerre de mouvement (août/septembre 1914).
Ensuite il y a la période 1915-1917 de la Première Guerre mondiale, où deux armées sont (à l’exception d’accrochages locaux) campées sur leurs positions, souvent fortifiées, dans des tranchées, les terrains séparant les deux forces combattantes sont parfois minés. Le front est donc statique, c’est la guerre de position.

’’La bataille de Guise" (appelée aussi bataille de Saint-Quentin pour les Allemands) oppose la 5e Armée française aux Ire et IIe Armées allemandes près de Guise, dans l’Aisne, le 29 août 1914 au début de la Première Guerre mondiale. Elle est considérée avoir joué un grand rôle dans la réussite de la bataille de la Marne. Cette bataille d’arrêt permet en effet aux troupes alliées de ralentir la progression des deux armées allemandes et de continuer leur retraite de façon cohérente.

’’La bataille des Frontières" désigne l’une des premières phases de combats de la Première Guerre mondiale sur le front Ouest en août 1914, juste après la mobilisation des différents belligérants. Comme il s’agit d’une expression française, le terme désigne la série d’affrontements entre les troupes allemandes et franco-britanniques le long des frontières franco-belge et franco-allemande, sur une période allant du 7au 23 août 1914.
Elle comprend plusieurs zones de combats : d’une part en Haute-Alsace (batailles de Mulhouse et de Dornach), dans les Vosges(bataille du Donon, etc.) et sur le plateau lorrain (batailles de Morhangeet de Sarrebourg) où les Allemands repoussent les offensives françaises, d’autre part dans l’Ardenne belge (bataille des Ardennes) et le sillon Sambre-et-Meuse (batailles de Charleroi et de Mons) où les Français, les Belges et les Britanniques sont enfoncés par l’offensive allemande.
Les victoires allemandes, notamment en Belgique, entrainent à partir du 23 août la retraite de l’aile gauche française et de la petite armée britannique jusqu’en Champagne : c’est la Grande Retraite, qui se termine par la bataille de la Marne en début septembre. En Lorraine, le front se stabilise sur la même période.
J’ajouterai que le 1er septembre 1914 les Allemands ont subi à Néry leur première défaite de la guerre. Ils ont été mis sur le reculoir. La 4e division de cavalerie du général von Garnier, avant-garde de la puissante 1re armée du général von Kluck a été forcée de fuir le champ de bataille et de se cacher dans les bois pendant 36 heures. Elle fut donc empêchée de remplir sa mission de surveillance et les Allemands n’ont pas été informés que le général Maunoury rassemblait sa 6e armée. Après Guise, Néry a permis aux Alliés d’entamer leur contre-attaque victorieuse dans de bonnes conditions.

Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine

Vos commentaires

  • Le 23 novembre 2014 à 10:12, par quere En réponse à : 1914-1918, chronologie picarde

    oncle tué le 24 octobre 1917 désire connaître parcours et circonstances de 1914 à son décès au jour du 24 oct.1917 :4e mixte de ZOUAVES et tirailleurs : classe 1914 matricule 23366 au corps matricule 2750 au recrutement deBREST

    Répondre à ce message

  • Le 15 juin 2015 à 11:42, par Yvon Debuire En réponse à : 1914-1918, chronologie picarde

    Bonjour,

    L’armée allemande arrive très vite en Picardie. Le 27 août, c’est le début des combats dans le nord de l’Aisne, avec une victoire française à Guise. Le 31 août 1914, l’armée allemande entre à Amiens, qu’elle n’occupera que pendant 8 jours, l’ordre de retraite ayant été donné par le commandement allemand après la première bataille de la Marne. A partir d’octobre, le front se stabilise sur près de 800 kilomètres, de la Belgique à la frontière suisse.

    Permettez-moi de compléter ce que vous écrivez et que l’on trouve ci-dessus ?

    « On peut distinguer deux situations durant une guerre, la guerre de mouvement, et la guerre de position. Durant la Première Guerre mondiale, en 1914 l’armée allemande lance son offensive, l’armée française adverse recule. La ligne de front est par conséquent en constant déplacement, c’est la guerre de mouvement (août/septembre 1914).
    Ensuite il y a la période 1915-1917 de la Première Guerre mondiale, où deux armées sont (à l’exception d’accrochages locaux) campées sur leurs positions, souvent fortifiées, dans des tranchées, les terrains séparant les deux forces combattantes sont parfois minés. Le front est donc statique, c’est la guerre de position » Wikipedia

    ’’La bataille de Guise (appelée aussi bataille de Saint-Quentin pour les Allemands) oppose la 5e Armée française aux Ire et IIe Armées allemandes près de Guise, dans l’Aisne, le 29 août 1914 au début de la Première Guerre mondiale. Elle est considérée avoir joué un grand rôle dans la réussite de la bataille de la Marne. Cette bataille d’arrêt permet en effet aux troupes alliées de ralentir la progression des deux armées allemandes et de continuer leur retraite de façon cohérente.’’ Wikipedia

    ’’La bataille des Frontières désigne l’une des premières phases de combats de la Première Guerre mondiale sur le front Ouest en août 1914, juste après la mobilisation des différents belligérants. Comme il s’agit d’une expression française, le terme désigne la série d’affrontements entre les troupes allemandes et franco-britanniques le long des frontières franco-belge et franco-allemande, sur une période allant du 7au 23 août 1914.
    Elle comprend plusieurs zones de combats : d’une part en Haute-Alsace (batailles de Mulhouse et de Dornach), dans les Vosges(bataille du Donon, etc.) et sur le plateau lorrain (batailles de Morhangeet de Sarrebourg) où les Allemands repoussent les offensives françaises, d’autre part dans l’Ardenne belge (bataille des Ardennes) et le sillon Sambre-et-Meuse (batailles de Charleroi et de Mons) où les Français, les Belges et les Britanniques sont enfoncés par l’offensive allemande.
    Les victoires allemandes, notamment en Belgique, entrainent à partir du 23 août la retraite de l’aile gauche française et de la petite armée britannique jusqu’en Champagne : c’est la Grande Retraite, qui se termine par la bataille de la Marne en début septembre. En Lorraine, le front se stabilise sur la même période.’’ Wikipedia
    J’ajouterai que le 1er septembre 1914 les Allemands ont subi à Néry leur première défaite de la guerre. Ils ont été mis sur le reculoir. La 4e division de cavalerie du général von Garnier, avant-garde de la puissante 1re armée du général von Kluck a été forcée de fuir le champ de bataille et de se cacher dans les bois pendant 36 heures. Elle fut donc empêchée de remplir sa mission de surveillance et les Allemands n’ont pas été informés que le général Maunoury rassemblait sa 6e armée. Après Guise, Néry a permis aux Alliés d’entamer leur contre-attaque victorieuse dans de bonnes conditions.
    On pourra lire le petit article que j’ai écrit sur la bataille de Néry dans le numéro de décembre 2014, janvier, février 2015 du magazine Histoire et Batailles. Mes sources principales (en anglais) sont les livres de Jerry Murland et Patrick Takle, Retreat and Rearguard 1914, sur la Retraite de Mons et The Affair at Néry ; 1 september 1914 sur la bataille de Néry.
    Cordialement
    Yvon Debuire

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